Un évêque espagnol accusé de justifier le viol sur les femmes ayant avorté

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« Violez les femmes qui ont avorté, elles le méritent ! » Un archevêque espagnol « légitime le viol » ! L’internet francophone a trouvé une nouvelle tête de Turc, l’archevêque de Grenade, qui aurait affirmé cela lors de son homélie de Noël 2011.  « L’info » ne cesse d’enfler sur les blogs après avoir fait le tour du web hispanophone et d’autres, où je l’avais vue passer il y a quelques jours. Trouvant que le récit avait quelques lacunes suspectes j’étais allée vérifier. En fait, les paroles de Mgr Javier Martinez remontent à plus de deux ans, très précisément au 20 décembre 2009 et à l’homélie qu’il fit pour le dernier dimanche de l’avent de cette année-là. Je laissai tomber.

Mais comme me le signale un lecteur suisse de ce blog – que je salue bien amicalement ! – l’affaire commence à prendre une ampleur insupportable.

Et même doublement. En premier lieu pour souligner à quel point internet peut colporter des âneries, chacun se contentant de propager ce qu’on lui dit de répéter, dans une chaîne de rumeurs aux dimensions inédites. Toujours vérifier !

Et deuxièmement, pour vous proposer de nouveau le texte. Le vrai texte de Mgr Javier Martinez – ou en tous cas de larges extraits, traduits depuis la version originale qui est toujours en ligne ici sur le site officiel des évêques du sud de l’Espagne. Quand je dis « de nouveau »… Eh bien oui, j’avais traduit une partie de cette homélie qui dès janvier 2010 avait mobilisé plus de 10.000 opposants sur Facebook accusant le prélat « d’apologie publique de la violence de genre » : la page est toujours active.

Mon article de réplique remonte à exactement deux ans, puisque je l’avais publié le 8 janvier 2010 (j’en avais un souvenir brumeux). Il est toujours accessible ici.

On ne doit juger de cette affaire qu’en ayant lu ce que Mgr Martinez a réellement dit, et dans quel contexte, alors que la campagne de diffamation ne cesse d’absurdement enfler. J’ai apporté à la traduction que je publiai alors quelques corrections d’après la vidéo de l’intervention de Mgr Javier Martinez publiée le 10 janvier 2010 par HazteOir.

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Il est clair, surtout après avoir écouté le prélat, et entendu la manière dont il a prononcé les paroles qu’on lui reproche, le rythme de sa phrase, que même le site des évêques, Odisur, cité le 22 décembre 2010 par elcorreoweb.es, les a interprétées de manière inexacte. On pouvait y lire une mise au point qui disait ceci : « L’archevêque se référait au fait que si la mère est capable de tuer son propre enfant, alors l’homme a autorité absolue pour faire ce qu’il veut d’elle et de son corps. »

Voici les paroles de l’archevêque :

Combien de péchés existe-t-il dans l’histoire chrétienne, péchés bien visibles ! Tangibles ! Combien de crimes et d’assassinats… On ne cesse de nous les jeter à la figure, comme si nous en avions honte. Mais nous ne les cachons pas ! Ce qui surprend, ce n’est pas le péché ni le scandale. Ce n’est pas le fait que le monde soit monde qui nous surprend. Ce qui surprend, c’est la sainteté – et l’Eglise a toujours été emplie de sainteté, et elle continue de l’être aujourd’hui. Ce qui provoque la surprise, la stupeur, l’étonnement, et en même temps le désir de participer à sa lumière et sa grâce, c’est la sainteté.

Mais que produit un monde sans Dieu ? Ce que produit notre monde : désespérance, tristesse, une dévalorisation chaque jour plus radicale. Peu d’images de l’histoire sont plus tristes que celle qui nous a été offerte par nos parlementaires applaudissant ce qui a fni par se transformer en droit : tuer des enfants dans le sein de leur mère. Et on ose appeler cela un progrès ? On promulgue une loi qui va mettre des milliers de professionnels (médecins, infirmières…), surtout eux, dans des situations très voisines de celles que durent affronter les médecins ou les soldats sous le régime de Hitler ou de Staline, ou dans n’importe laquelle de ces dictatures qui existèrent au XXe siècle et qui ont réellement établi la légalité d’autres crimes, moins répugnants que le crime de l’avortement. Parce que c’est affaire de lâches que de tuer le faible. Il y eut au Moyen Age – ce magnifique Moyen Age que personne n’ose rappeler car cela non plus n’est pas politiquement correct – un ordre militaire chrétien dont les chevaliers faisaient serment de ne jamais combattre moins de deux ennemis à la fois, parce qu’il n’était pas digne d’un chevalier chrétien de se battre d’égal à égal avec un non chrétien.

J’appelle cela du courage. Le monde peut qualifier cela de stupidité… Mais tuer un enfant sans défense ! et que ce soit sa propre mère qui le fasse ! Cela donne à l’homme une licence absolue, sans limites, d’abuser du corps de la femme parce que la tragédie, c’est elle qui devra la porter, et elle la porte comme si c’était un droit : le droit de vivre toute sa vie accablée par un crime qui laisse toujours des blessures dans la conscience et auquel ni les psychologues, ni les psychiatres, ni aucune technique pour s’évader, ou pour faire son deuil, n’apportent le moindre remède. Il n’existe qu’un seul médicament pour ce crime : le pardon, médicament que nous chrétiens sommes seuls à connaître. Un médecin qui aurait pratiqué des centaines d’avortements – il y en a… – et qui un jour, tomberait à genoux, rempli de tristesse par sa propre mesquinerie humaine, serait embrassé par le Seigneur. Une adolescente trompée par le garçon qui aurait abusé d’elle, ou par ses parents, ou par l’image qu’elle a d’elle-même, trouvera toujours dans l’Eglise un foyer, une famille, et sa mère.

(…)

Chers frères, le monde est dans les ténèbres, et un tel monde est acculé à la violence et au péché, aux abus des hommes par d’autres hommes. Ce permis de tuer n’est qu’un premier pas vers la perte de la liberté dans notre société, le premier pas – gravissime – annonçant que nous sommes déjà dans une nouvelle et épouvantable dictature – épouvantable ! – et que la liberté est une parole creuse, puisque l’Etat a le pouvoir de décider pour quoi nous sommes libres et pour quoi non, de décider qui a le droit de vivre et qui non, ce qui doit se trouver dans nos conciences, comment il faut appeler les choses, comment doivent être nos relations humaines, y compris les plus intimes, ce qui est et ce qui n’est pas un mariage. Ce n’est pas une dictature, finalement, non, mais le genre d’autoritarisme tyrannique des sociétés primitives. Et nous laissons cela se mettre en place avec une effarante tranquillité, nous consentons sans nous émouvoir parce que le show must go on, parce que la consommation et la fête doivent se poursuivre? Aujourd’hui c’est la fête, personne ne sait pourquoi.

Car si l’on célébrait vraiment, si l’on avait réellement conscience de ce que signifie le fait que le Christ est né, il serait impossible de ne pas vivre ces fêtes avec un cœur dilaté et simple, où il n’y a quasiment besoin de rien dépenser, où il faut seulement de l’amitié et l’affection des uns pour les autres, des cadeaux aussi simples et qui n’ont pas de prix que le fait d’être proches ou de jouer davantage avec ses enfants. Que le Christ soit né signifie que toute vie est sacrée, non seulement depuis sa conception, mais de toute éternité. Nous avons été aimés et voulus par Dieu, avant ême la naissance de nos parents. L’homme n’est pas au dessus de Dieu. Il peut détruire son œuvre, comme nous pouvons détruire ce monde ou des millions de vies avec la bombe atomique, mais la blessure que cela laisse en nous, dans nos frères et dans la terre, la régression que cela signifie pour l’humanité en tant qu’humanité, en tant qu’êtres capables d’utiliser leur raison, la liberté et l’amour qui nous distinguent par rapport aux autres espèces animales, est énorme. C’est l’humanité qui régresse avec ce génocide silencieux auquel nous sommes conviés, et qu’aujourd’hui on promeut, un génocide imposé à certains professionnels comme s’il s’agissait d’une obligation – je le répète, le même type d’obligation que celle imposée aux officiers dans les camps de concentration d’Auschwitz et Buchenwald et contre laquelle ils ne pouvaient se rebeller parce que les ordres venaient d’en haut.

Nous n’avons besoin de nous battre avec personne, nous devons seulement bien célébrer Noël, l’Eucharistie. Nous devons seulement être ce que nous sommes, exprimer cette vérité : parce que le Christ est né, toute personne, depuis le vieillard dément et sénile le plus humble et pauvre jusqu’au garçon difforme, est l’image vivante de Dieu qui s’est livré pour nous pour nous sauver du péché et du désespoir.

Et voici mon interprétation, simple étude de texte qui se veut honnête :

Mgr Javier Martinez vient d’expliquer que l’avortement est devenu un droit en Espagne. Tuer son propre enfant est devenu un droit en Espagne. Et c’est cela qui « donne à l’homme une licence absolue » d’abuser du corps de la femme, c’est-à-dire de l’utiliser comme un objet, parce que la possibilité du recours à l’avortement l’exonère de toute responsabilité à l’égard de la femme, et de l’enfant qui pourra naître. Ce qui pour lui n’aura été qu’un passe-temps, c’est la femme et elle seulement qui en portera le poids. La femme sera acculée à se débarrasser de cet enfant parce qu’après tout c’est un « droit » et donc un « bien », et la femme seule, pas l’homme, qui devra vivre avec cette tragédie inscrite dans sa chair.

…En cherchant un peu plus loin je découvre à l’instant une mise au point de Mgr Javier Martinez lui-même, publiée le 12 janvier 2010 par HazteOir. Non sans dénoncer et récuser tous les « mauvais traitements, la violence physqiue, verbale ou psychologique contre les femmes et contre n’importe quel être humain », le prélat avait explicité, en reprenant le passage contesté de son homélie, qu’il reprochait à la loi d’avortement :

« Dans la même mesure où elle facilite l’élimination de l’enfant engendré mais pas encore né, elle facilite aussi l’irresponsabilité de l’homme et de la femme dans leurs relations, et – par extension – les abus sur la femme. »

C’est cette affaire claire et close qui enflamme aujourd’hui le web, avec deux ans de retard à l’allumage.

© leblogdejeannesmits.

1 comment

  1. e

    Ceux qui ont perdu les élections, même si la victoire du Parti Populaire (dit de droite!) en nombre de bulletins est loin d’être éclatante, ont repris de plus belle la guerre “culturelle” pour que les “nouveaux droits” qu’ils avaient imposés avec malheureusement souvent la passivité et l’indifférence, face aux militantismes d’un petit nombre, continuent à perdurer.
    La désormais opposition a tout à gagner sur ce terrain, puisque sur l’autre ils ont été désavoués. Cette calomnie n’a pas été faite par hasard.
    Les premiers chrétiens étaient accusés de manger leur dieu et de noyer leurs enfants nouveaux nés…Et tant de choses encore.
    Sans parler des bonnes soeurs qui en 1936 étaient accusées de distribuer des bombons empoisonnées! Ah si tous les évêques hors Espagne pouvaient parler aussi fort et vrai que ceux d’Espagne et dans ce cas particulier de Mgr Martínez! Mais cette affaire fait que les paroles de l’archevêque de Grenade vont pouvoir être redites haut et fort, c’est donc peut-être finalement une bonne chose que cette calomnie-là, même si elle apparaît sur les circuits francophones peu de temps avant la marche pour la vie de Paris. Le hasard n’existe pas!

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