Un article de Roberto De Mattei

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Le professeur Roberto De Mattei

J’ai évoqué rapidement hier le nouveau livre du professeur Roberto De Mattei sur le concile Vatican II. Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta fait déjà débat en Italie. Le professeur De Mattei n’est pas resté sans voix dans la controverse. On trouve sur le site de la Fondation Lépante la traduction en français d’un article qu’il a écrit pour le quotidien italien Libero et publié le 12 décembre dernier. En voici un extrait que je livre à titre d’information. On ira lire l’intégralité sur le site en question.

Si le Concile a l’autorité que le Pape qui le convoque et le dirige veut lui donner, tous les discours de Jean XXIII et de Paul VI, avant, durant et après le Concile Vatican II, en soulignent la dimension, non pas dogmatique, mais pastorale. Ce même but pastoral, étranger à toute définition dogmatique, est attribué aux documents conciliaires par Benoît XVI, dont l’« herméneutique de la continuité » est très mal interprétée par beaucoup de catholiques, tant progressistes que conservateurs. L’affirmation même selon laquelle le Concile Vatican II doit être considéré comme en continuité avec le Magistère de l’Eglise présuppose évidemment l’existence dans les documents conciliaires de passages douteux ou ambigus, ayant besoin d’une interprétation. Pour Benoît XVI, le critère d’interprétation de ces passages ne peut qu’être la Tradition de l’Eglise, comme il l’a maintes fois affirmé lui-même. Si, par contre, comme l’estiment les promoteurs du site web « Vive le Concile », on admettait que le Concile Vatican II était le critère herméneutique pour relire la Tradition, il faudrait donner, paradoxalement, une force interprétative à ce qui a besoin d’être interprété. Interpréter la Tradition à la lumière du Concile Vatican II, et non pas l’inverse, ne serait possible que si l’on acceptait la position d’Alberigo (auteur d’une œuvre monumentale Storia del Vaticano II, en 5 volumes), qui donne une valeur interprétative non pas aux textes, mais à l’esprit du Concile. Mais ceci, bien entendu, n’est pas la position de Benoît XVI, qui critique l’herméneutique de la discontinuité, justement pour la suprématie qu’elle accorde à l’esprit sur les textes. Mgr Gherardini, professeur émérite d’ecclésiologie à l’Université du Latran, dans son livre Le Concile Oecuménique Vatican II, un débat à ouvrir (2009), a bien développé le bon critère de l’herméneutique théologique. Soit l’on estime, comme Gherardini, que les propositions du Concile Vatican II, non liées à des définitions précédentes, ne sont ni infaillibles ni irréformables et donc même pas contraignantes, soit l’on accorde au Concile une autorité telle qu’elle éclipse les vingt autres assises précédentes de l’Eglise, les abrogeant ou les remplaçant. Sur ce dernier point, il paraît qu’il n’y a pas de différence entre les historiens de l’école de Bologne, comme le prof. Alberto Melloni, et les sociologues, comme Massimo Introvigne, qui semblent donner une valeur d’infaillibilité au Concile Vatican II.

Il y a pourtant un deuxième problème qui va au-delà de la discussion sur la continuité/discontinuité des textes conciliaires et ne concerne pas le domaine théologique, mais le domaine historique. C’est le sujet auquel j’ai voulu apporter une contribution dans mon récent livre, Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta, publié par les éditions Lindau en décembre 2010. Dans cet ouvrage, je ne propose pas une lecture théologique des textes, au sens d’en évaluer la continuité ou la discontinuité avec la Tradition de l’Eglise, mais une reconstruction historique de ce qui se passa à Rome entre le 11 octobre 1962 et le 8 décembre 1965. Il s’agit d’un travail complémentaire à l’approche théologique et qui ne devrait donner du souci à personne. On ne comprend pas en effet les réactions préoccupées de ceux qui craignent que cette histoire puisse apporter de l’eau au moulin de l’herméneutique de la discontinuité. Faudrait-il alors renoncer à écrire l’histoire du Concile Vatican II ?

Ou faudrait-il admettre que seule l’école de Bologne a le droit de l’écrire, elle qui a offert des contributions certes remarquables, mais idéologiquement tendancieuses ? Et si des éléments de discontinuité devaient émerger, sur le plan historique, pourquoi craindre leur divulgation ? Comment nier une discontinuité, non pas dans les contenus, mais dans le nouveau langage du Concile Vatican II ? Un langage fait non seulement de déclarations, mais aussi de gestes, de silences et d’omissions, qui peuvent révéler les tendances profondes d’un événement encore plus que le contenu des textes. L’histoire de l’inexplicable silence sur le communisme, par exemple, de la part d’un Concile qui aurait dû s’occuper des faits du monde, ne peut pas être ignorée.

6 comments

  1. Francesco Romano

    La démonstration de Roberto De Mattei est très convaincante quant au caractère non dogmatique de Vatican II et quant au travail historique qu’il a mené sur la discontinuité de fait de l’événement conciliaire. En quoi, il rejoint d’ailleurs, l’école de Bologne, lui pour regretter la discontinuité, elle pour s’en réjouir.
    En revanche son appel à “l’herméneutique de continuité” de Benoît XVI est tout à fait compréhensible diplomatiquement, mais il est inopérant sur le fond, dans la mesure où Benoît XVI donne un exemple concret de cette “herméneutique de continuité” concernant la liberté religieuse : l’interprétation de la liberté religieuse qu’il avance est certes “modérée” (c’est grosso modo celle des lubaciens au Concile), mais elle n’est nullement en continuité avec le magistère de Pie XII.
    Il me semble que le grand intérêt du discours de Benoît XVI en décembre 2005 est surtout d’affirmer que le Concile reste toujours à interpréter. D’où une “libération de la parole”, dont a profité Mgr Gherardini et dont profite avec maestria aujourd’hui le Professeur De Mattei.

  2. Vincent MORLIER

    Bjr à tous dans le Christ.
    On ne peut pas ne pas remarquer que le raisonnement de Roberto De Mattei s’appuie sur une base radicalement fausse, dès le départ, prolégoménique, qui bien entendu, dévie toute sa thèse et surtout sa conclusion. Cette base fausse est bien exprimée par le premier membre de sa toute première phrase, justement, sur laquelle tout le reste s’appuie, à savoir : “Si le Concile a l’autorité que le Pape qui le convoque et le dirige veut lui donner, etc”.
    Or, théologiquement, rien de plus faux : le pape ne fixe pas la note d’un concile par sa volonté propre, fût-elle celle du docteur universel et non celle du docteur privé, cette note découle extrinsèquement de la constitution divine de l’Eglise, et, comme tout le monde, le pape la reçoit telle quelle, sans pouvoir rien y changer, sous peine de remettre en cause les assises divines de l’Eglise. Ainsi, il est totalement faux et erroné, voire hérétique, de dire, pour rentrer dans le concret, qu’un concile est pastoral, avec la connotation voulue de non-infaillible, ou bien au contraire dogmatique, par la volonté du pape qui réunit ledit concile. Ce sont les actes conciliaires posés eux-mêmes, de la manière dont ils sont posés, tant sur le contenu que sur le contenant (la forme canonique des actes magistériels posés), qui SIGNIFIENT, au sens fort, la note attachée à un concile, et à chaque document d’icelui.
    Le raisonnement de base de De Mattei est donc théologiquement faux.
    Pour rentrer dans les travaux pratiques, Vatican II, concile universel sous la présidence du pape et réuni dans la liberté de l’Eglise, rentre IPSO-FACTO dans le cadre de l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel dès lors qu’il promulgue dûment des actes doctrinaux sur tel ou tel point. On ne saurait sortir de là sans remettre en cause la constitution divine même de l’Eglise.
    Certes, le professeur De Mattei a raison lorsqu’il dit qu’avant, pendant et après, les papes n’ont cessé de dire que ce concile fut “pastoral”.
    Mais ceci n’est pas contradictoire avec la notation d’infaillibilité de Vatican II qui je le répète découle ipso-facto de la réunion d’un concile sous présidence pontificale. Car en effet, on a voulu à toutes forces donner le sens de “non-infaillible” au qualificatif “pastoral”, mais c’est sans aucun fondement… simplement logique avant même d’être théologique : ce que les papes ont seulement voulu dire c’est que la MOTIVATION de Vatican II était pastorale, ce qui ne revient nullement à dire que le concile, ainsi rassemblé par motif pastoral, est un concile non-dogmatique. Un concile dogmatique peut très bien (et c’est même tout le temps le cas !), avoir une motivation pastorale. Prenons l’exemple du Concile de Trente : la cause première de sa réunion est pastorale, à savoir de panser dans les âmes la plaie affreuse qu’avait causée à l’Eglise la fracture protestante : serions-nous fondés à déduire que parce que Trente a cette motivation pastorale, ce n’est pas un concile doctrinal et encore moins dogmatique ? Et donc, qu’il n’est doté dans aucune de ses parties, de la note d’infaillibilité ? Bien sûr que non. Idem pour Vatican II : sa motivation pastorale d’aller miséricordieusement vers l’homme moderne n’a aucune incidence de soi sur le fait, ou bien non, que certains de ses documents peuvent, ou bien non, être parfaitement bien revêtus de la note d’infaillibilité.
    Pour former notre jugement sur ce point capital, il n’est pas indifférent de prendre bonne note que certains documents de Vatican II, et non des moindres, ont dans leur titre même le qualificatif DOGMATIQUE (= Lumen Gentium & Dei Verbum) ? Allons, allons, réfléchissons, comment pouvons-nous imaginer seulement deux secondes qu’une constitution dogmatique puisse être… seulement pastorale, c’est-à-dire comme on veut l’entendre à toutes forces : non-dotée de l’infaillibilité ? Autant parler d’un jour nocturne ou d’une nuit diurne, n’est-ce pas ? Pour nous remettre dans les bonnes idées, lisons plutôt ce qu’en disait feu le cardinal Garrone, un des acteurs de Vatican II : ”Comme tous les autres, ce concile était dans l’ordre de l’autorité doctrinale un sommet et une valeur suprême. (…) Certains ont estimé qu’en se déclarant ”pastoral“, le Concile signifiait qu’il ne voulait pas être doctrinal. C’est là une ABSURDITÉ” (in ”50 ans de vie d’Église“, DDB, 1983)“. C’est sûr : on ne saurait mieux dire.
    Vatican II, un concile non-infaillible parce que simplement… pastoral ? L’analyse de la fameuse phrase de Paul VI, qu’on a voulu prendre comme base de cette thèse, loin cependant de la servir… dit très-exactement son contraire, et cautionne le raisonnement que je tiens dans ce commentaire. Comme chacun sait, elle fut prononcée dans une Audience du mercredi en janvier 1966, un mois à peine après la clôture du concile, et il n’est pas mauvais d’en rappeler ici les termes exacts : ”Étant donné le caractère pastoral du Concile, celui-ci a évité de proclamer selon le mode extraordinaire des dogmes dotés de la note d’infaillibilité. CEPENDANT, le Concile a attribué à ses enseignements l’autorité du magistère suprême ordinaire, lequel est si manifestement authentique qu’il doit être accueilli par tous les fidèles selon les normes qu’a assignées le Concile, compte-tenu de la nature et du but de chaque document“.
    Lisons bien le ”cependant” qui déboute complètement la thèse “pastoral=non-infaillible” : ”Cependant : conjonction qui exprime une OPPOSITION, une restriction” (Petit Robert). La phrase de Paul VI, bien lue, signifie donc très-clairement ceci : ”En opposition au fait que, par motivation de pastoralité, le concile n’emploie pas l’infaillibilité du Magistère extraordinaire infaillible, ledit concile a bien l’INTENTION d’employer l’infaillibilité du Magistère ordinaire… infaillible”… Notons bien au passage comme Paul VI dans la seconde partie de sa phrase suppose l’emploi du Magistère ordinaire et universel dans un concile oecuménique, lequel Magistère donc, ne saurait être réservé aux évêques dispersés seuls comme le croient certains.
    Sur ce, voici mon commentaire dans l’un de mes livres : ”Si l’on résume l’intention réelle de Paul VI manifestée par la phrase non-tronquée, lue toute en entier, elle est la suivante : ”Ce concile étant pastoral, on n’y a pas fait de définition par le mode extraordinaire de l’infaillibilité, mais on y a fait un enseignement doctrinal du mode ordinaire qui, bien entendu, est infaillible, comme il l’est en tout temps, de par sa nature même, et doit être reçu comme tel par tous les fidèles“. Malgré l’intellectualisme affecté et, il faut bien le reconnaître, quelque peu abscons de la dernière partie de la phrase de Paul VI malhonnêtement escamotée par les partisans tendancieux de la thèse “pastoral=non-infaillible”, la pensée du pape est claire : tout ce qui, dans Vatican II, a trait au Magistère ordinaire d’enseignement, ne subit aucun changement quant à l’obligation stricte et formelle pour les fidèles d’y adhérer, tout bonnement parce que ledit Magistère est doté de l’infaillibilité. Ici encore, comme l’on voit, on est donc loin, très, très loin, de l’interpolation mensongère, du contre sens qu’on fait et qu’on peut résumer ainsi : ”Paul VI a dit que le concile était pastoral : il voulait dire par-là qu’il n’avait l’intention d’engager l’infaillibilité à Vatican II… d’aucune manière“. Or, si on lit ce qu’a dit Paul VI, il dit en fait TRÈS-EXACTEMENT LE CONTRAIRE de ce que lui font dire les partisans de ladite thèse “pastoral=non-infaillible” !!!
    Paul VI ira même beaucoup plus loin, pour ce qui est de l’obligation stricte de suivre l’enseignement ordinaire de Vatican II parce qu’il est de soi doté de l’infaillibilité, il dira dans le ”Discours de clôture” du concile lui même, qu’apparemment le professeur De Mattei n’a pas lu : ” … Mais il est bon de noter ici une chose : le magistère de l’Église, bien qu’il n’ait pas voulu se prononcer sous forme de sentences dogmatiques extraordinaires, A ÉTENDU son enseignement AUTORISÉ à une quantité de questions qui engagent aujourd’hui la conscience et l’activité de l’homme [= l’enseignement autorisé du magistère de l’Église en Concile universel approuvé par le pape est ipso-facto doté de l’infaillibilité quand il a trait à des questions de Foi ; or, bien loin de restreindre ce Magistère infaillible, le pape dit au contraire, qu’il l’a… “étendu” ! Il suffit de lire !!] ; il en est venu, pour ainsi dire, à dialoguer avec lui ; ET TOUT EN CONSERVANT TOUJOURS L’AUTORITÉ ET LA FORCE QUI LUI SONT PROPRES, il a pris la voix familière et amie de la charité pastorale“. Dans cette dernière phrase de Paul VI, très-importante pour notre sujet, l’on voit bien que la place de la pastoralité est donc, par le pape Paul VI lui-même, fort soigneusement située dès Vatican II comme étant SOUMISE à l’Autorité qui est celle du Magistère infaillible inhérent à tout concile universel dès lors qu’il y a enseignement doctrinal ordinaire (comme par exemple, pour appuyer là où ça fait mal, dans… le décret sur la Liberté religieuse). On ne saurait donc mettre la “pastoralité” au-dessus et annihilant l’Autorité du Magistère ordinaire et universel. Un tel raisonnement est tout simplement inepte, ”absurde” pour employer le terme très-exact du cardinal Garrone…
    Soulignons bien que Paul VI, un mois après le concile, ne fera donc que répéter ce qu’il disait dans le ”Discours de clôture“, moins clairement c’est hélas parfaitement vrai, dans la fameuse phrase qui est en cause où il parle de pastoralité, preuve de sa volonté bien arrêtée sur ce point, le pape y précisant que les enseignements doctrinaux conciliaires sont ceux du magistère ordinaire infaillible.
    Mais plus fort encore : non seulement il le dira dans le Concile lui-même, non seulement il répètera cela un mois après le Concile, mais dix ans après, il redira encore la même chose dans le fameux Consistoire du 24 mai 1976 où il condamnait la ”révolte” de Mgr Lefebvre, à savoir cette obligation stricte pour tous les fidèles de suivre ”les enseignements du Concile lui-même, son application et les réformes qui en dérivent, son application graduelle mise en œuvre par le Siège Apostolique et les Conférences épiscopales, sous Notre autorité, voulue par le Christ” (sic). Nulle trace, là, faut-il le faire remarquer, de laxiste ”pastoralité“…
    Paul VI a donc bel et bien voulu que les Actes conciliaires d’enseignement ordinaire soient revêtus de l’infaillible Autorité du Christ (contrairement à ce que soutient De Mattei, il ne pouvait d’ailleurs théologiquement pas vouloir le contraire sans renverser la Constitution même de l’Église, car lorsque le pape et les évêques réunis en concile, confectionnant donc ipso-facto l’Église Universelle, parle Foi ou Mœurs à l’universalité des fidèles, c’est AUTOMATIQUEMENT doté de l’infaillibilité… que cela plaise ou bien non, c’est ainsi que le Christ a constitué son Eglise), il l’a dit, il l’a ainsi voulu, ET CE, DÈS LE CONCILE (il ne fait que réinsister sur cela un mois après la clôture du concile, puis dix ans après, en 1976), nos adeptes de la ”pastoralité de Vatican II” n’ont pas assez médité cela…
    Par ailleurs, il me semble bon de préciser que la théologie de l’acte doté de l’infaillibilité n’a rien à voir avec celle de l’acte sacramentel, les deux sont théologiquement très-différemment construits. S’il faut certes l’intention du prêtre pour valider l’acte sacramentel, il ne la faut nullement pour valider l’acte ecclésial doté de l’infaillibilité. Alors, même si le pape Paul VI avait vraiment voulu qualifier un acte de soi doté de l’infaillibilité de ”pastoral” en ce sens précis de ”non-infaillible” (ce qui, je viens de le démontrer, est totalement faux, mais supposons par hypothèse que le pape l’aurait ainsi noté), cela n’aurait de toutes façons strictement aucune incidence sur la notation d’infaillibilité du document en question. Car en effet, l’acte doté de l’infaillibilité l’est DE SOI à partir du moment où il est dûment posé dans la liberté de l’Église par ceux qui en ont pouvoir & mandat dans l’Église (ce qui est le cas de la Liberté religieuse). Pourquoi ? Tout simplement parce que dans l’acte infaillible les membres enseignants sont simples suppôts passifs et que c’est Dieu qui est actif pour & dans tout l’acte (contrairement à l’acte sacramentel où le prêtre est suppôt actif, en ce sens que Dieu passe par la volonté de l’Épouse que représente le prêtre, et donc son intention est constitutive de la validité de l’acte sacramentel). Une fois que l’acte ecclésial a été dûment posé de droit dans l’infaillibilité, IL L’EST. L’analogie avec l’écrivain sacré dont l’écrit révèle infailliblement la Parole de Dieu dans la Bible, pourrait être évoquée : à supposer, ex absurdo, qu’Isaïe ait vécu jusqu’à l’époque où l’Église a défini la canonicité des Livres bibliques et qu’il déclarerait alors qu’il n’avait eu l’intention d’écrire dans son Livre que des métaphores mais pas la Parole de Dieu, son intention serait parfaitement nulle contre le caractère divin infaillible de ses Prophéties. Pour la raison très-simple qu’il n’était que suppôt entièrement passif du Saint-Esprit quand il a rédigé ses Livres, tels les Pères conciliaires posant un acte de droit infaillible, et que donc son intention ne compterait pas plus que pour ces derniers.
    Le jésuite Perrone, dans sa Théologie dogmatique, t. V, pp. 642-643, confirme et conforte singulièrement l’argumentation théologique concernant l’acte infaillible, que je soutiens ici. Voici ce qu’il dit : ”Pour éclaircir cela [= la place de l’humain dans un acte de droit divin] par un exemple familier, il arrive par l’institution divine que le pain est changé par la consécration au corps de Jésus-Christ ; il dépend cependant de la volonté du prêtre de prononcer les paroles de la consécration sur un pain plutôt que sur un autre. Mais s’il a une fois consacré un pain, il n’est au pouvoir de personne d’enlever la consécration à ce pain, et c’est avec vérité qu’on dirait que c’est de droit divin, ou par l’institution du Christ, que ce pain est devenu le corps de Jésus-Christ, bien que ce soit par un fait purement humain, c’est-à-dire par la volonté d’un prêtre, qu’il s’est fait que ce pain a été changé par la consécration au corps du Christ“. Et, à l’appui de son propos, de citer le cardinal Gerdil, qui professe ainsi dans son Commentarium a Justino Febronio in suam retractationem editum animadversiones, édit. cit. de ses œuvres, tome XIII, posit. 9, p. 241 : ”(…) Il y a beaucoup de choses qui, pour être et exister, requièrent préalablement un fait humain ; mais dès qu’elles ont été produites par un fait humain, elles reçoivent IMMÉDIATEMENT la consécration du droit divin“. Et de conclure : ”Il ne faut donc pas confondre le fait avec le droit, lequel se produit par l’institution divine DÈS QUE LE FAIT A ÉTÉ POSÉ ; il s’interpose effectivement un fait, et un fait humain ; mais ce fait une fois posé, et l’institution du Christ précédant, le droit divin se dégage et se développe”.
    Ainsi donc, c’est par trop bien assis sur les fondements théologiques, un acte doté de droit de l’infaillibilité, c’est-à-dire fondé sur l’institution divine comme disent ces auteurs que je cite, est tel DE SOI, une fois qu’il est dûment posé par le fait humain. DÈS LORS, IL NE DÉPEND PLUS EN QUELQUE MANIÈRE QUE CE SOIT DE L’HUMAIN PAR LEQUEL CEPENDANT IL A ÉTÉ POSÉ, IL APPARTIENT IMMÉDIATEMENT ET FORMELLEMENT À DIEU. Quand bien même l’intention humaine y serait a-posteriori explicitement contraire ou qu’on voudrait la rectifier dans le cadre insensé d’une prétendue “herméneutique de la continuité”, ce qui d’ailleurs supposerait de la folie chez ceux qui poseraient ainsi un tel acte. L’acte doté de l’infaillibilité est un acte DIVIN qui n’appartient plus à ses suppôts passifs une fois qu’il a été dûment posé par eux selon toutes les règles pour qu’il le soit (ce qui est le cas du document sur la Liberté religieuse), précisément parce que, dans cet acte DIVIN, ils n’étaient que les suppôts, les organes passifs de Dieu.
    Donc, tâchons de conclure : non seulement l’intention de Paul VI est bel et bien, à Vatican II, d’engager l’infaillibilité du Magistère simple d’enseignement, comme on vient de le voir ensemble, un Magistère ordinaire hélas illustré excellemment par le document matériellement hérétique sur la Liberté religieuse, mais, de plus, l’intention de ne pas poser un acte infaillible quand on en pose un réellement, par prétendue note de “pastoralité”, ne saurait… en rien, théologiquement, dédouaner de la note d’infaillibilité ledit acte ! C’est pourquoi, dans une missive envoyée il y a plus de dix ans à Mgr Fellay, j’employais l’image suivante, certes un peu profane, parabole qui l’avait cependant moult frappée… mais hélas sans du tout le convertir : ”Supposons que je tienne en mains un revolver. Si, le braquant sur vous (à Dieu ne plaise !), je ne cesse de dénier par la parole d’avoir l’intention de vous tuer, mais que mon doigt appuie sur la gâchette, que va-t-il se passer ? Est-ce que c’est parce que je vous ai dit : ”Je ne veux absolument pas vous tuer” en tirant, que vous ne mourrez pas ? L’âme a beau avoir une intention exprimée par la parole, c’est le geste du corps qui manifestera l’acte formel posé par la personne humaine… et c’est celui-là qui vous tuera si, avant de tirer, j’ai visé en plein cœur. Pan. De même, très-exactement de même, le pape Paul VI uni à tous les évêques de l’orbe catholique, formant avec eux cette unanimité morale réalisant l’universalité ecclésiale confectionnant IPSO-FACTO l’infaillibilité du Magistère ordinaire, EST l’Église Enseignante (ils EXISTENT, ils ne sont pas des… fantômes ectoplasmiques !). Ils sont donc, à Vatican II, en puissance d’actes dotés de l’infaillibilité quand bien même, en posant délibérément des actes qui sont formellement confectionnés dans le charisme d’infaillibilité, ils se récrieraient d’en poser. Ils ”tirent“, et… le coup part. Infailliblement. C’est bien le cas de le dire ! Qu’y puis-je ? L’Église n’est ni une girouette, ni un asile d’aliénés, encore moins une ”pétaudière” où les fous du roi agiteraient leurs grelots pendant qu’un comparse jongle (… avec les mots) : c’est la sainte Épouse du Christ dont tous les actes manifestent la Sagesse divine et éternelle, actes graves et surtout pleinement RESPONSABLES”.
    Espérant que mon propos à propos pourra intéresser les âmes fortes et vraies, je souhaite bon et saint Noël à tout le monde. Vincent Morlier
    vmorlier@club-internet.fr
    http://www.fatima.be/fr/editions/avm/index.php

  3. Kris Vancauwenberghe

    Vincent, si quelqu’un a le courage de vous lire, tant mieux, mais je me demande ce qui vous passe par la tête quand vous écrivez: “Vatican II, concile universel sous la présidence du pape et réuni dans la liberté de l’Eglise, rentre IPSO-FACTO dans le cadre de l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel dès lors qu’il promulgue dûment des actes doctrinaux sur tel ou tel point. On ne saurait sortir de là sans remettre en cause la constitution divine même de l’Eglise.”

    Vatican II a refusé a priori de dogmatiser (en positif pour définir des dogmes, en négatif pour formuler des anathèmes). Si le pape ou un concile oecuménique ne veut pas exercer le pouvoir dogmatique, il ne l’exerce pas. Pour définir des doctrines de foi, il faut le vouloir. C’est aussi simple que cela.

    Ce que vous soulignez par contraste, c’est l’anomalie d’un concile oecuménique qui aurait dû, en tant que tel, définir (au sens dogmatique) et qui ne l’a pas fait. Merci d’avoir fait cette démonstration ab absurdo.

  4. Vincent MORLIER

    Kris Vancauwenberghe,
    A vous lire hélas, on se rend compte que ce qui est « aussi simple que cela », comme vous dites, c’est que vous n’avez rien compris à rien de ce que vous croyez… comprendre.
    La question n’est pas du tout là où vous la placez, et vous vous trompez sur deux points fondamentaux, pas moins.
    1/ Comme je l’expliquai dans mon précédent post, que vous n’avez probablement pas lu en entier vous-même, n’en ayant pas eu le courage (… allons, avouez que c’est vous que vous visiez en écrivant cette phrase !), et c’est dommage parce que vous y auriez lu la réfutation de votre sophisme pseudo-théologique, la notation formelle d’infaillibilité pour des Actes magistériaux NE dépend ABSOLUMENT PAS de la volonté des grands-clercs, DES LORS QU’ILS ONT POSE DES ACTES MAGISTERIAUX DE SOI DOTES DE L’INFAILLIBILITE. Avant de les poser, évidemment, cela dépend de leur volonté de les poser, MAIS PLUS UNE FOIS QU’ILS SONT POSES, PLUS APRES : dans ce dernier cas, ils ne peuvent pas revenir sur un acte qu’ils ont posé dans le cadre de l’infaillibilité, le voulussent-ils, et vous n’avez pas l’air de comprendre cela. Même si les Pères de l’Eglise qui viennent de poser un acte magistériel de soi infaillible, se récrieraient d’en poser un après l’avoir posé, leur vouloir serait nul et non avenu. Ma note précédente est peut-être savante, mais elle explique fort bien la théologie de l’acte doté de l’infaillibilité. Veuillez la relire crayon en main, svp, car il est par trop évident que vous n’avez pas intégré les notions de base du vrai problème.
    Pour bien vous faire comprendre la chose, je vais prendre un exemple très profane, pardon, mais qui aura l’avantage d’être percutant. Imaginez deux adolescents fille et garçon, qui sortent du cinéma, et qui, après avoir vu ensemble un film très sentimental, sans trop savoir ce qu’ils font, se laissent aller à faire l’amour ensemble… et une grossesse s’ensuit. Ils ont beau vouloir dire a-posteriori : « Mais quand on a fait l’amour ensemble, on n’avait pas l’intention, le vouloir, d’avoir un enfant ! », ça ne sert de rien, leur vouloir n’a aucune incidence, ce qui compte c’est l’acte lui-même qui a été posé. De même, exactement de même pour les Pères de VAtican II : ils ont « fait l’amour » avec l’infaillibilité ecclésiale dans des actes formels de Vatican II. Ils ont beau chanter maintenant sur tous les tons (non-grégoriens) qu’ils ont fait l’amour… pastoralement, les actes magistériaux posés par eux à Vatican II sont DE SOI dotés de l’infaillibilité (pour certains décrets), et il n’y a rien à faire pour sortir de là sans intégrer les petites maisons de fou à Charenton, avec ou sans camisole de force, rien à faire contre cela sans attenter à la constitution divine de l’Eglise…
    2/ 2ème point où vous foirez complètement : la question n’est pas à Vatican II d’actes magistériaux sous le mode extraordinaire, mais seulement ordinaire. Or, si à Vatican II, il n’y a pas été fait, du vouloir même du pape Paul IV, de déclaration dogmatique, ça ne veut nullement dire pour autant que l’infaillibilité n’est pas formellement engagée à Vatican II sous le mode simple, à savoir celui ordinaire & universel ! Ce sont deux modes différents, et le non-emploi de l’un ne suppose pas, faut-il le dire hélas oui pour vous, que l’autre n’est pas employé ! Or, précisément, sous le rapport du mode ordinaire & universel, il y a des décrets de Vatican II qui en sont formellement l’expression. C’est justement ce qui « me passait par la tête » comme vous dites, quand j’écrivais la phrase que vous avez citée dans votre réponse, n’y comprenant goutte apparemment, puisque vous répondez à cette phrase qui parle du Magistère ordinaire par une dénégation de l’utilisation à Vatican II du Magistère… extraordinaire ! Sautant ainsi du coq à l’âne, oui, à l’âne hélas ! Votre réponse est complètement hors-sujet.
    Non, je vous le redis : lisez mon précédent post crayon en main pour bien intégrer les notions fondamentales du problème posé par Vatican II, notions que vous ne possédez pas (avez-vous par exemple, bien compris que la phrase fameuse de Paul VI où il parle de pastoralité, est tournée complètement à l’envers, quand on lui faire dire que l’infaillibilité n’est pas employée à Vatican II ? En fait, Paul VI y disait qu’il employait à Vatican II l’infaillibilité du Mode ordinaire !).
    Bien à vous in Christo Rege.
    Vincent Morlier

  5. Kris Vancauwenberghe

    C’est très bien, Vincent. Je crois que vous avez convaincu tout le monde. On viendra à vos conférences et même à votre soutenance de thèse. Merci.

  6. Vincent MORLIER

    A Kris Vancauwenberghe,
    J’aime beaucoup Léon Bloy. Au genre de fuite à toutes jambes que manifeste votre honteuse réponse, Kris, il aurait répondu crûment : “J’aime les gens qui ont quelque chose dans le fond du pantalon”.
    Voilà un argument théologique que vous allez comprendre, Kris !
    Vincent Morlier

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