Commission romaine : le Père Karl Josef Becker

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Encore moins connu du grand public, mais non du monde des théologiens, le Père Karl Josef Becker est l’un des membres de la commission romaine pour les discussions
doctrinales avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

Né en 1928, cet allemand, membre de la Compagnie de Jésus, est consulteur à la Congrégation pour la Doctrine de la foi depuis le 15 septembre 1977. On le dit très
proche du pape Benoît XVI. Il a enseigné à l’Université Grégorienne de Rome, notamment la théologie sacramentaire.

Il se dit couramment aussi qu’il a participé à des enquêtes théologiques concernant des théologiens déviants, par exemple au sujet de la théologie du pluralisme
religieux de son confrère jésuite belge, le père Jacques Dupuis.

Mais ce n’est pas ce profil, en un certain sens rassurant pour les membres de la Fraternité Saint-Pie X, qui l’a désigné directement pour participer aux
fameuses « discussions ».

Le Père Karl Josef Becker a, en effet, mis depuis un certain temps en pratique la fameuse « herméneutique de la continuité » chère à Benoît XVI,
principalement en ce qui concerne un point très controversé de la constitution dogmatique Lumen gentium. Le 5 décembre 2006 paraissait, en effet, un article du Père Becker dans
l’Osservatore romano dans lequel il défendait l’idée que la notion de « subsistit in » (n.8 de Lumen gentium) équivalait à l’affirmation traditionnelle selon laquelle
l’Église catholique est l’Église du Christ. Le Père Becker estime que l’auteur de cette formule, le jésuite néerlandais, Sebastian Tromp, proche de Pie XII (il a participé à la rédaction de
Mystici Corporis) et du cardinal Ottaviani (il a travaillé avec lui sur les schémas préparatoires du concile, rejetés ensuite par la putsch allemand et français), ne voulait pas énoncer
une nouveauté, mais renforcer l’affirmation traditionnelle (cf. Alexandra von Teuffenbach Konzilstagebuch Sebastian Tromp mit Erläuterungen SJ et Akten aus der Arbeit der Theologischen
Kommission
, 2006, Editrice Pontificia Università Gregoriana).

Dans un article écrit sur le sujet (Osservatore romano, édition américaine, 14 décembre 2005), le Père Becker écrivait en forme de première
conclusion :

1. Les évêques (pères conciliaires, ndlr) n’ont jamais contesté l’expression « Ecclesia Christi Ecclesia est Catolica » ; en d’autres termes, ils croyaient fermement que l’Église du Christ est identifié avec l’Eglise catholique.

2. Les tentatives d’expliquer ou de traduire le terme « subsistit in »qui ne tiennent pas compte de cette affirmation de foi ne peuvent être justifiées à partir des
Actes (du Concile, ndlr).

3. Dès le début, S. Tromp a défendu l’identité complète de l’Église du Christ avec l’Eglise catholique, maintenant et renforçant cette conviction dans les schémas
conciliaires. Il est impensable que, au dernier moment, il ait changé d’état d’esprit.

4. Mgr Philips , secrétaire adjoint à la Commission, a écrit dans son livre : «… là (c’est à dire dans l’Église catholique), se trouve l’Eglise
du Christ dans toute sa plénitude et sa vigueur
…».

Dans la conclusion finale, de cet article, il reprend certains points en affirmant :

« L’expression “subsistit in” est destinée non seulement à réaffirmer le sens du terme “est”, c’est-à-dire l’identité de l’Église du Christ avec l’Eglise
catholique, mais elle réaffirme que l’Eglise du Christ, revêtue de la plénitude de tous les moyens institués par le Christ, perdure (continue, encore) à jamais dans l’Eglise catholique.

Malheureusement, dans les 40 années qui ont suivi le Concile un grand nombre de livres et d’articles ont proposé une interprétation de l’expression “subsistit in”
qui ne correspond pas à la doctrine du Concile. Parmi les nombreuses raisons qui pourraient être mises en avant pour expliquer cette situation, il semblerait que la plus pertinente est un
problème que le Concile a laissé ouvert et qui se concentre sur deux affirmations faites par le Concile avec la même clarté:

1. L’Eglise du Christ dans toute sa plénitude est et reste pour toujours l’Église catholique. Avant, pendant et après le Concile, ce fut, est et restera la doctrine
de l’Eglise catholique.

2. Il y a dans d’autres communautés chrétiennes des éléments ecclésiaux de vérité et de sanctification qui sont propres à l’Église catholique et qui poussent vers
l’unité avec elle. »

Pour le 75ème anniversaire du Père Becker, un livre avait été présenté à l’Université Grégorienne, le 14 novembre 2003. Titre de ce livre
d’hommage : Think with the Church (Penser avec l’Église). À cette occasion, le Père Becker a prononcé un discours devant le cardinal Ratzinger et son adjoint à la Congrégation pour
la Doctrine de la foi, Mgr Angelo Amato. Dans ce discours, le Père Becker a relevé six défis pour la théologie :

1°) Premièrement, la théologie catholique doit reprendre les grands thèmes du Concile Vatican II (1962-65), notamment la relation entre le pape et le Concile, entre
le sacerdoce et les laïcs, entre l’Eglise universelle et les Eglises particulières, ainsi que les degrés d’autorité dont jouissent les divers documents de l’Église.

2°) Deuxièmement, la théologie doit réfléchir sur l’universalité et l’exclusivité de la révélation, et sur le rôle de l’Esprit Saint.

3°) Troisièmement, la théologie doit se développer comme une science pluridisciplinaire, en s’appuyant sur l’exégèse, la patristique, l’histoire et la
philosophie.

4°) Quatrièmement, la théologie doit passer d’une approche multidisciplinaire à une approche interdisciplinaire. Dans le même temps, l’autonomie de la théologie
doit être préservée.

5°) Cinquièmement, unité de la théologie catholique. De même que la foi catholique a un centre, qui est l’incarnation, la mort et la résurrection du Fils de Dieu,
de même, la théologie se doit de l’expliquer au monde.

6°) La théologie académique doit être basée sur les exigences de la théologie, et non sur celles des structures elles-mêmes.

 

 

Documents :

 

A] Le point contesté de Lumen
gentium
(n.8) :

« Telle est l’unique Eglise du Christ que, dans le Symbole, nous reconnaissons comme une, sainte, catholique et apostolique (12), que notre Sauveur, après sa
résurrection remit à Pierre pour qu’il la paisse (Jn 21, 17). C’est elle que le même Pierre et les autres Apôtres furent chargés par lui de répandre et de guider (cf. MI. 28, 18
ss), elle enfin qu’il établit pour toujours “colonne et soutien de la vérité” (I Tim. 3, 15). Cette Eglise, constituée et organisée en ce monde comme une communauté, subsiste dans
l’Eglise catholique
, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui (13), encore que, hors de cet ensemble, on trouve plusieurs éléments de sanctification et de
vérité qui, en tant que dons propres à l’Eglise du Christ, invitent à l’unité catholique. »

B] Le complèment apporté par la déclaration Dominus Jesus (6 août 2000) :

« Les fidèles sont tenus de
professer
qu’il existe une continuité historique — fondée sur la succession apostolique53 — entre l’Église instituée par le Christ et l’Église catholique: « C’est là l’unique
Église du Christ […] que notre sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur (cf. Jn 21,17), qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la
répandre et la diriger (cf. Mt 28,18ss.), et dont il a fait pour toujours la “colonne et le fondement de la vérité” (1 Tm 3,15). Cette Église comme société constituée et
organisée en ce monde, c’est dans l’Église catholique qu’elle se trouve [subsistit in], gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques qui sont en communion avec lui
».54 Par l’expression subsistit in, le Concile Vatican II a voulu proclamer deux affirmations doctrinales
: d’une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l’Église
du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Église catholique; d’autre part, « que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures
»,55 c’est
àdire dans les Églises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Église catholique.56 Mais il faut affirmer de ces dernières que
leur « force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique ».

Précisons, par rapport à notre présentation de Mgr
Fernando Ocáriz
, qu’il a participé à la présentation à la presse de Dominus Jesus, ce qui laisse entendre qu’il a participé à sa rédaction.