Le petit jeu de Golias

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Golias vient de se jeter sur les déclarations du pauvre abbé de Cacqueray comme un volatile de mauvaise vie sur une proie qui servira de leurre pour en
piéger une autre. Dans un texte publié ce samedi 6 mars, Golias attire l’attention de ses lecteurs sur le communiqué de
l’abbé de Cacqueray concernant l’attitude de certains évêques français. Sur un long communiqué, Golias n’en retient qu’une partie, mais la plus utile à sa cause, à laquelle collabore
bien involontairement (on ose au moins l’espérer) la Fraternité Saint-Pie X. Ce passage le voici 
:  « L’actualité récente s’avère
particulièrement inquiétante. Délaissant leur rôle de « surveillant », de gardien de la Foi, de successeur des Apôtres et des martyrs, un grand nombre d’évêques de France s’attache à
constituer une forme d’ambassade du fait religieux en général. Noyant le catholicisme dans une cohabitation avec les autres religions qui laissent les âmes dans l’ignorance de l’amour du Christ,
ils se fondent eux-mêmes dans un syndicat de défense des cultes. Ils n’hésitent plus à voler au secours de la burqa et semblent plus soucieux de fêter « un bon Ramadan » aux dignitaires de
l’Islam que de faire connaître et observer le Carême à leurs ouailles ».

Très habilement, Golias évite bien d’entrer dans le fond de la discussion, c’est-à-dire – nous en sommes bien d’accords – sur le scandale que représente le
choix de certains évêques de favoriser la présence de religions non chrétiennes. Mais ce sujet, qui est un vrai sujet, n’intéresse pas Golias. Sur ce thème, sa religion, si je puis dire,
est faite. Dans la plus pure tradition moderniste – il suffit de relire Pascendi (on trouve le texte de l’encyclique sur le site du
Vatican) – le mauvais canard de la presse catholique salue souvent l’expérience religieuse des membres des autres religions ainsi que la part de vérité qui se trouve exprimée ainsi. Mais encore
une fois, très habillement, Golias évite de se porter sur ce terrain – trop visible et déjà bien balisé.

Ce qui l’intéresse, c’est d’empêcher la réconciliation entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X. Comment empêcher cette réconciliation ? En agissant non
pas directement sur Rome qui restera sourd à cette prose mais, bien au contraire, sur les évêques de France en notant une fois encore qu’ils seront bien agacés par un tel communiqué :

« En tout, le rabibochage avec la Fraternité St Pie X, voulu par Benoît XVI, devrait donner des nuits blanches à nos évêques de France…Le moins que l’on
puisse dire est que la Fraternité, y compris ses éléments les moins durs – auxquels appartiendrait l’abbé de Cacqueray – n’entend rien concéder mais tout obtenir
. »

Les évêques ne devraient cependant pas se faire d’illusion. Pour Golias, ils ne représentent qu’un levier, le seul encore capable d’agir sur Rome, en
répercutant la voix de la gauche progressiste.

On pourrait se demander pourquoi une telle insistance de la part de Golias, une telle volonté d’empêcher ce qui devrait arriver, à savoir l’accord
Rome-Ecône.

 

1°) Le point positif de cette affaire, c’est que la Fraternité Saint-Pie X représente aux yeux de Golias « quelque chose » comme on dit de
manière familière. Ecône a un poids, un poids certain et important, qui pourrait être décisif en cas de basculement de la Fraternité vers Rome. Grâce à son correspondant romain, Golias
sait que le motu proprio a déjà eu des effets importants. Il n’a pas simplement libéré la messe, il a délié les langues, et plus encore, les esprits. À Rome, des prélats non seulement célèbrent
la messe selon le rite traditionnel – premier effet – mais commencent aussi à s’interroger publiquement, voire à remettre publiquement en cause tel ou tel aspect du concile. On imagine très bien
le bénéfice que l’Église pourra retirer de la réconciliation Rome/Ecône, même si celle-ci se fait par étapes.

En tous les cas, Golias et certains sites sédévacantistes le savent, eux. Et ils se retrouvent dans une étrange alliance pour faire capoter le processus,
les uns en agissant sur les membres de la Fraternité, les autres sur l’aile gauche de l’épiscopat français.

Une preuve ? Le 3 mars dernier, Golias a répercuté les propos d’un abbé philippin,
ancien d’Ecône, et qui dénonce le rapprochement avec Rome. Au regard de ses positions, Golias devrait être scandalisé par les propos d’un prêtre niant que Joseph Ratzinger est pape et ce
en raison de son attachement à Vatican II. Mais non ! le vilain canard de la presse catholique souligne au contraire :

 « Il faut bien reconnaître que d’une certaine manière cet étrange abbé
philippin est soucieux de la cohérence logique de sa position. En tout cas beaucoup plus que ses ex-amis de la Fraternité Saint Pie X exaltant d’un côté l’autorité du Pape pour en mieux contester
cependant les décisions les plus autorisées. 
»

Cette étrange alliance de Golias et des sédévacantistes souligne combien les uns et les autres craignent ce rapprochement : que Rome et partant toute
l’Église subissent une véritable influence traditionnelle par le retour de la Fraternité Saint-Pie X. Quand on sait ce que fut le poids d’un homme – certes il s’agissait de dom Guéranger –
dans le rétablissement de la liturgie romaine en France, on imagine le poids d’une institution comme la Fraternité.

2°) Mais il y a cependant un revers à tout cela. Le point négatif, c’est que Golias sait qu’il peut encore toucher certains évêques français, en les
influençant via leurs prêtres dont certains ne sont pas insensibles aux sirènes progressistes. Dans le bras de fer qui est engagé, on aurait tort de croire que celui-ci se déroule entre Rome et
Ecône. C’est bien entre la Fraternité et l’aile gauche de l’épiscopat qu’il a lieu. Golias appuie de tous son poids à gauche ; Rome, plus prudente, aimerait appuyer de tout son
poids à droite. Malheureusement, la Fraternité, finalement peu sûre d’elle, vacille, un coup à droite, un coup à gauche.

Un exemple ? L’abbé du Chalard a tout fait – même au détriment du bien commun – pour récupérer la diffusion du livre de Mgr Gherardini sur le Concile Vatican II, livre intelligemment critique. La Fraternité a suivi… un temps. Le temps de s’apercevoir que
l’ouvrage ne lui convenait pas entièrement. D’où une marche en arrière qui se manifeste par une mise en garde contre l’ouvrage et son enterrement de première classe. Au total, comme je l’ai
annoncé ici – et j’aurais aimé me tromper – le livre qui n’avait rien à apporter au public de la Fraternité mais aurait pu être très utile au-delà est définitivement enterré. Si on peut dire que
l’abbé du Chalard a mal joué, li faut aussi mettre en cause les Franciscains de l’Immaculée (les éditeurs du livre) qui n’ont pas été très clairs dans cette affaire.

Reste qu’avec une politique de balancier, la Fraternité va finir par manquer la chance historique qui se présente à elle quand sonnera l’heure d’un véritable retour
de la Tradition.