Réforme de la réforme ou nouveau mouvement liturgique ?

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Dans un entretien accordé le 24 décembre dernier à Il Giornale, le cardinal Canizares, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, évoque l’état de la liturgie catholique aujourd’hui et se prononce sur son avenir. Bien que l’homme soit courageux et conscient de la réalité, il ne peut s’empêcher d’emettre un jugement positif sur la réforme liturgique. Le préfet de la congrégation pour le Culte divin estime ainsi qu’il ne faut pas douter du renouvellement liturgique conciliaire, notamment parce qu’il aurait apporté une plus grande participation de la part des fidèles et renforcé la présence de la Sainte Écriture.

Que l’on me pardonne, mais il s’agit vraiment de tarte à la crème. Depuis l’arrivée du pape Benoît XVI, un effort était entrepris en haut lieu pour expliquer que la participation active des fidèles avait été dévoyée en une espèce d’auto-célébration. On nous répète maintenant qu’il s’agit d’un des acquis du Concile. L’anti-pédagogisme d’un lectionnaire découpé en trois années nous est présenté comme le renforcement de la présence de la Sainte Écriture alors que la messe traditionnelle est composée dans son seul Ordo d’un grand nombre d’extraits de la Bible et que sa pédagogie de la répétition renforce la connaissance et l’approfondissement des Saintes Écritures (et ne parlons pas du nouveau bréviaire où les psaumes ont été caviardés, ni de la qualité des hymnes).

Heureusement, le cardinal Canizares note aussi les ombres de cette réforme : déformation arbitraire, sécularisation, célébration de l’assemblée, créativité perpétuelle, perte du sens du sacré.

Face à ce constat, que préconise le cardinal ? Comme si les choses n’avaient pas avancé, on se retrouve au moment de la parution de L’Esprit de la liturgie, livre du cardinal Ratzinger, au début des années 2000. Les préconisations du cardinal Canizarès sont celles du cardinal Ratzinger à l’époque, comme si entre-temps ce dernier n’était pas devenu Pape. Il faut réorienter l’action liturgique, explique le cardinal préfet de la Congrégation pour le Culte divin, en mettant la croix au centre de l’autel. Il faut utiliser le chant grégorien, communier à genoux, créer un espace pour le silence et réintroduire la beauté dans l’art sacré, sans oublier de promouvoir l’adoration eucharistique.

Mais il s’agit d’un début pensera-t-on, l’aurore d’une réforme de la réforme ? Et, bien non, justement. À Rome, cette terminologie semble désormais bannie. La réforme ne semble pas à réformer, mais un nouveau mouvement liturgique doit commencer. C’est exactement ce que disait le cardinal Ratzinger lors de la parution de L’Esprit de la liturgie, époque où il avait abandonné le concept plus ancien de « réforme de la réforme » pour celui de « nouveaux mouvement liturgique ». On ne semble donc pas avoir beaucoup avancé.

Malgré tout, peut-on s’attendre à voir des décisions prises par la Congrégation pour le Culte divin pour lancer véritablement et pratiquement ce « nouveau mouvement liturgique », pour le faire passer dans les paroisses ? En un mot, exercer cette autorité dont la congrégation a la charge au nom du pape ?

Il ne semble pas ! La Congrégation entend ne pas geler l’état actuel de la réforme post-conciliaire, considérée comme une étape normale du développement organique de la liturgie. De ce fait, son action consiste à mieux former les prêtres, les séminaristes et les laïcs et accompagner la révision et l’actualisation des textes. Très clairement, le cardinal estime que la réforme de la réforme n’est pas au programme et que de ce fait, si on lit entre les lignes, il faudra accepter seulement quelques ajustements.

Ces ajustements, au regard de l’état de la liturgie et de ce que les fidèles peuvent accepter, sont déjà énormes. Réintroduire le silence, le grégorien et l’agenouillement vont contre les habitudes désormais ancrées dans nos paroisses. Remettre à l’honneur l’adoration eucharistique est essentiel aussi, n’en doutons pas, comme celui de donner une vraie formation liturgique.

Pour autant, si la Congrégation encourageait positivement la mise en application de la réforme de la réforme, en disant ou en envoyant un signal clair en faveur d’une célébration de la messe ordinaire utilisant l’offertoire traditionnel, le latin, la communion sur la langue, le canon romain, la célébration ad orientem et le chant grégorien, des évêques pourraient à leur tour envoyer ce type de signal. On passerait alors d’un simple nouveau mouvement liturgique à une vraie réforme de la réforme, tout en n’utilisant pas les décrets et les décisions autoritaires qui semblent si mal perçus jusqu’en haut lieu. À la pédagogie de la voie autoritaire, à laquelle on a renoncé à Rome, on est passé à celle de l’exemple, qui se limite surtout pour l’instant à celle du Pape donnant la communion. Pour franchir une étape, ne pourrait-on pas passer par un cumul des voies, associant le signal clair romain, du style « nihil obstat » (on encourage clairement sans rendre obligatoire) à l’exemple, permettant de passer ainsi à une pédagogie en cascade : Rome, certains évêques, certains prêtres ?

5 comments

  1. gérard fauche

    “A Rome on se hâte lentement” mais avouons que les choses vont dans le bon sens et sachons en rendre grâce à Dieu.
    Le vent a tourné. Il va aussi souffler sur la France.
    Nouveau mouvement liturgique en vue d’une réforme de la réforme.
    Il faut aussi qu’une génération d’évêques et de prêtres passent pour faciliter les choses. Car certains s’opposent clairement à Rome.
    En attendant, les fidèles souffrent.
    On se met tout de même à rêver de séminaristes français qui apprennent le latin au séminaire (conformément aux directives romaines), qui apprennent à célébrer dans les deux formes du rite (de leur rite liturgique), et qui apprennent le véritable esprit de la liturgie (à l’école des écrits du St-Père notamment).
    Encore bien des luttes en perspective alors que la nouvelle évangélisation est une urgence !
    L’art de perdre son temps…en temps de crise !

    Je trouve votre dernière idée très bonne : permettre des enrichissements “ad libitum” de la forme ordinaire par la forme extraordinaire. Ce serait souple et efficace.

  2. Melmiesse Gilberte

    pourquoi cet usage du français si décrié ;au 18e 19e siècle c’était la langue des élites; est-elle mal employée par de faux linguistes?Il faut resacraliser davantage la messe (qui était devenue avant la réforme un spectacle pour des fidèles qui y “assistaient”)et la modifier en douceur

  3. senex

    Si seulement le clergé traditionnaliste faisait l’effort de faire connaître les trésors qu’ils s’évertuent à cacher à leurs fidéles en ne leur donnant pas la traduction “ex auditu” des textes de la liturgie.Qui connait la splendeur toute actuelle du “rorate coeli”, ces larmes du peuple saint qui se lamente sur la “désolation de Sion”devenue déserte”, sur la “profanation de ces lieux saints” où nos pères Vous louérent” . Et la douceur du “consolamini”, “consolez vous voici que Je viens, mon peuple chéri entre tous,Mon peuple à Moi”. Ces textes entendus et compris par les oreilles qui sont le chemin du coeur tirent des larmes aux plus endurcis pourquoi les cacher ?La réforme passe aussi par l’effort de la “Tradition” qui ne doit pas changer dans son fond, mais avoir la miséricorde et la charité de se faire comprendre.Entendre veut dire aussi comprendre.Par pitié….ouvrez vos trésors….!Et “mus par le Saint Esprit, les apôtres se firent comprendre en toutes les langues”

  4. Kris Vancauwenberghe

    Ah, voilà, on commence à reconnaître qu’il y a des déficiences dans la lex orandi de Vatican II. Avec un petit effort, on voudra bien reconnaître qu’il y en a aussi dans la lex credendi correspondante. A ce moment-là, on pourra peut-être apercevoir le bout du tunnel nominaliste.

  5. IL FAUT REVENIR EN ARRIERE SUR TOUTE LA LIGNE!
    Avec la Messe catholique les fidèles prient sur du beau! Je n’ai aucune possibilité d’aller à la Messe et me refuse absolument à leurs simagrées conciliaires. Ma femme regarde leur cérémonie à la “télé”; j’en ai des échos! Quelle indigence en entendant leurs tristes mélopées qui suintent le manque total de beauté, les “sermons” qui sont indigestes et pauvres. Et il faut accepter cela,!! Non , non et encore non! Tous mes enfants (7) en ont souffert et mes petits enfants encore plus.

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