Le Barroux et les Missionnaires serviteurs des Pauvres du Tiers-Monde

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Je me permets de reproduire ci-dessous l’éditorial de la dernière Lettre aux amis du monastère Sainte-Madeleine du Barroux, signé par le père abbé dom Louis-Marie (voir ICI). Il évoque la belle œuvre des Missionnaires serviteurs des Pauvres du Tiers-Monde. Cette jeune famille religieuse qui œuvre principalement au Pérou mais aussi en Europe de l’Est a son séminaire en Espagne. Les prêtres célèbrent les deux formes du rite et leur théologie est traditionnelle. L’abbaye Notre-Dame de Fontgombault assure en France le secrétariat des Missionnaires, ce qui consiste à recevoir les dons, toujours bienvenus, mais aussi à envoyer le bulletin qui donne les dernières nouvelles des activités de cette famille religieuse qui regroupe des prêtres, des frères, des sœurs et des laïcs.

Le frère Jean-Cassien et moi revenons de Cuzco, ancienne capitale des Incas, au Pérou, siège de la maison mère des Missionnaires Serviteurs des Pauvres du Tiers Monde, fondés par le Père Giovanni Salerno. Nous avons répondu à l’invitation du Père pour entourer Soeur Bénédicte, grande soeur de Frère Jean-Cassien, à l’occasion de son don total et définitif à Dieu parmi les Missionnaires (voir photos sur notre site). Les oeuvres du Père Salerno sont très encourageantes : 80 soeurs, presque toutes d’origine péruvienne ; des frères, qui viennent de fonder un petit séminaire déjà plein ; des contemplatifs et des familles missionnaires, qui se consacrent pour toujours aux enfants les plus pauvres. Nous avons visité le très beau couvent des soeurs, dont une partie est réservée aux enfants orphelins ou abandonnés (soit à cause d’un handicap, soit du fait de la trop grande pauvreté des parents). Tous échappent ainsi à la mort ou à une vie d’esclave. Dans ces hauts plateaux des Andes, nous avons contemplé le Christ qui continue à souffrir dans ces enfants handicapés et à ressusciter dans les bras des soeurs au dévouement inlassable. Nous y avons rencontré l’amour préférentiel pour les plus pauvres d’entre les pauvres. Nous y avons reconnu que l’amour peut être plus fort que la mort. Les Missionnaires ont fondé deux collèges, un pour les garçons et un pour les filles. Ils leur assurent un repas, des vêtements, un enseignement scolaire et une formation manuelle en vue d’un métier. Car la plus grande pauvreté est l’ignorance. Et parce que tout être humain est fait pour Dieu, la première mission que le Mouvement s’est donnée est de transmettre la foi et l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ. Les enfants apprennent le catéchisme et prient souvent. Ainsi les élèves et les professeurs assurent à tour de rôle une adoration perpétuelle. Les Missionnaires nous ont emmenés dans une de leurs missions, à Cusibamba, à 2 heures de piste de Cuzco : voyage irréel qui nous a fait traverser la décharge monstrueuse de la ville et le spectacle magnifique de la cordillère des Andes. Nous avons pu toucher du doigt l’extrême misère des Péruviens de la sierra qui vivent dans des cabanes en adobé, mélange de terre et de paille, avec des toits de chaume tout percés, sans fenêtre aucune, sans cheminée et souvent sans lit. Parents et enfants s’entassent avec les cochons d’Inde et les poules. J’ai célébré la messe dans l’église : l’une des plus belles de ma vie de prêtre. Soeur Natalia, responsable de la mission, a traversé le village avec une grosse cloche pour inviter les habitants à la messe : tous ne sont pas venus, mais l’église était pleine. Et c’est Victoriano, un petit Péruvien de 7 ans, sale de la tête aux pieds, qui a servi la messe sous l’oeil attentif de Frère Jean-Cassien, avec un recueillement digne d’un ange. Ces enfants pauvres sont souvent tristes, mais dès que l’on s’occupe d’eux c’est une explosion de joie. De retour en France, il m’a paru évident que, si nos enfants sont pourris-gâtés matériellement, ils sont menacés par les mêmes fléaux que tous les enfants du monde : impureté, alcool (de plus en plus jeunes), drogue, violence… Tout cela véhiculé par une culture de mort qui a chassé Dieu de son horizon. Aussi devons-nous, au Pérou et en France, aider et développer les écoles vraiment catholiques. Il est tellement facile de passer à côté de l’essentiel. Je finis par une anecdote : en passant à travers un petit village, nous avons croisé un garçon de 10 ans en train de piocher pour consolider un mur en adobé. Mon premier réflexe fut de lui prendre la pioche pour l’aider, ce qui l’a beaucoup étonné. Le premier réflexe de Soeur Bénédicte fut de lui offrir un chapelet et de dire avec lui un « Je vous salue Marie ». En une minute elle lui a donné beaucoup plus que moi. Celui qui éduque travaille pour l’éternité. Le monde a cruellement besoin de missionnaires et d’éducateurs pour porter Dieu aux âmes. Il a besoin aussi de ces témoins discrets qui ne vivent que pour Dieu derrière les murs silencieux de leur cloître. Je suis revenu à l’abbaye plus persuadé que jamais de la beauté et de l’importance de notre vocation monastique.

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