Le match Basile/Gherardini

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Il fallait s’en douter : le Père Basile Valuet, de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, n’est pas d’accord avec Mgr Gherardini, et plus précisément avec les thèses développées dans le livre de ce dernier, Le Concile Œcuménique Vatican II. Un débat à ouvrir. C’est dans La Nef, à la demande de son directeur, que le théologien du Barroux, répond au théologien romain, le dernier survivant de la grande école de théologie romaine qui connut ses dernières heures sous le Pape Pie XII.

Que le Père Basile Valuet dise son opposition avec Mgr Gherardini n’a rien d’anormal, ni d’indécent. Mgr Gherardini agit comme théologien privé et le Père Basile lui répond dans le même registre. Mgr Gherardini voulait un débat et le Père Basile (et avec lui La Nef) entre dans le débat.

Pourquoi ce sentiment de malaise, alors ? Parce qu’il s’agit de Mgr Gherardini, ou à l’inverse, parce qu’il s’agit du Père Basile ?

En fait, le sentiment de malaise semble provenir de deux éléments.

– La première est qu’effectivement le Père Basile se comporte comme un vrai « moderne », sans cet esprit de respect qui doit exister, jusque dans la controverse. Il traite Mgr Gherardini comme l’un de ses élèves. Il distribue les bons et les mauvais points, et surtout ces derniers. Dans le fond, peut-être que le Père Basile a raison. Mais il ressort de son texte qu’il veut clouer absolument le bec à Mgr Gherardini et qu’il ne s’y prend pas de la manière la plus respectueuse.

– En théologie, l’argument d’autorité est effectivement le plus fort. Mais invoquer une autorité critiquée par argumenter contre la critique, risque de ne pas faire vraiment avancer le problème. Quand le Père Basile invoque, par exemple, le Pape Jean-Paul II contre Mgr Gherardini sous prétexte que celui-ci s’oppose à la validité de l’anaphore approuvée par le défunt pape, il ne règle pas le problème. Il en montre seulement l’étendue. Il n’apporte rien. Il montre juste qu’il y a un problème. Certes, ce problème « risque d’ébranler » « la confiance des fidèles ». Mais c’est justement tout le point soulevé par Mgr Gherardini qui estime qu’il y a problème à cet endroit même et qui demande (et il n’est pas le seul à Rome, loin de là) que le Magistère se prononce clairement. Le Père Basile estime que c’est le cas. Il est bien le seul. Car nous laïcs, ce ne sont pas les propos de Mgr Gherardini qui nous font nous interroger sur la fidélité à avoir envers le magistère. Qu’il se rassure, ce n’est pas non plus le Père Basile… La crise qui touche l’Église depuis le Concile, les propos de certains évêques, les prises de positions de certains théologiens, les silences complices, etc. entraînent une plus grande interrogation vis-à-vis de la bonne compréhension du magistère.

Or, ce que ne dit pas le Père Basile, c’est que sa thèse sur ce qu’est le magistère ordinaire et son exercice est certes une thèse à prendre à considération, mais elle est discutée largement par les théologiens qui sont au même rang que le Père Basile. Ce dernier est un théologien digne d’attention, mais ce n’est qu’un théologien parmi d’autres. Libre à La Nef, bien sûr, d’en faire « son » théologien, comme d’autres font leur Mgr Gherardini. Mais il ne semble pas à avoir démontré encore à l’ensemble des théologiens la validité de sa thèse. De ce fait, il n’est pas sûr que son article serve à grand chose au final. Mais, c’est aux lecteurs d’en juger, bien sûr.

6 comments

  1. Jean Lemaire

    Dom Basile est un kollabo et ce n’est pas nouveau. Déjà en 2000, il signait un lamentable article intitulé “Le cardinal Medina dit le droit”, à propos des fameux “documents Medina” déclarant abolie la messe traditionnelle. Article publié, lui aussi, dans La Nef. La nef, peut-être, mais laquelle? Pas l’arche du salut, en tout cas. A compter sur ces gens-là, nous serions déjà tous coulés.

  2. Henry

    Une des critiques les plus invraisemblables faites par le P. Basile est celle-ci:
    “Mgr Gherardini refuse que le Dieu des chrétiens soit la même réalité que le Dieu des Juifs ou des musulmans, ce qui est une donnée traditionnelle (de saint Justin à nos jours, en passant par Suarez…)”

    Comme si saint Justin Martyr qui écrivait vers 140 avait pu parler du Dieu des musulmans! Saint Justin démontre au juif Tryphon (dans son dialogue de ce nom) que le Dieu de l’Ancien Testament, qui avait parlé par les prophètes, est le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ. Tous les fidèles le récitent dans le Credo mais cela n’a rien à voir avec la question du Dieu des musulmans!

    La formule “le Dieu des chrétiens est la même réalité que le Dieu des Juifs” est par ailleurs au minimum très maladroite: le Dieu des chrétiens est LE MÊME que celui des Juifs.

    On aimerait savoir où le P. Basile a fait ses études de théologie.

  3. gérard fauche

    Je vois que les deux premiers commentaires n’apportent rien au débat théologique soulevé et qu’ils manquent manifestement et d’humilité et de charité. Qui sont ces deux personnes qui osent juger un authentique “docteur en théologie” sans apporter aucune objection théologiquement fondée ?
    Si un lecteur veut se donner la peine de relire les “documents Medina” il verra que ce Cardinal n’a absolument pas déclaré abolie la célébration de la messe traditionnelle… C’est ridicule.
    Ensuite qui connaît vraiment le Père Basile sait très bien qu’il s’agit d’un moine bénédictin authentique (comme tous ses frères de l’abbaye Ste Madeleine) et que cette “espèce de moine” se signale précisément, conformément à la règle de St Benoit, par leur humilité…
    Mais laissons cela de côté car la polémique n’a pas beaucoup d’intérêt.

    Je reviens donc sur l’article de monsieur Saint-Placide.
    Comment un pape peut-il, avec l’assistance du St-Esprit promise par Notre-Seigneur, reconnaître comme valide une liturgie sans qu’elle le soit de fait ? Tout vrai théologien connaît le lien qui existe entre la foi et la liturgie, et l’interaction réciproque entre les deux (lex orandi- lex credendi). Le Père Basile ne dit pas que le rite en question est l’expression liturgique la plus achevée de ce qu’est la messe dans l’Eglise catholique. Il ne dit pas non plus que ce rite n’est pas critiquable (auprès des personnes compétentes du Saint-Siège). Il a le mérite en revanche de rappeler que le pape Jean-Paul II l’a reconnu et donc qu’il est acceptable parce que jugé par l’autorité compétente comme valide. A moins que l’on se place au dessus du pape en matière de liturgie et que l’on veuille déclarer inacceptable ce que le pape a accepté. Ce serait là une autre affaire…
    Ensuite, deuxième élément : le Père Basile n’a pas une thèse propre sur le Magistère ordinaire. Il ne fait que reprendre la doctrine du vénérable Pie XII dans “Humani generis” sur l’autorité de ce degré du magistère. Je vous y renvoie. Ayez l’humilité de recevoir cet enseignement du magistère ordinaire d’un pape.
    Sur ce point, j’invite (humblement, fraternellement et non sans une pointe d’humour) monsieur Saint-Placide à se demander s’il ne fait pas subir au Père Basile ce qu’il lui reproche (prétendument) de faire à l’égard de Mgr Gherardini. Monsieur Saint-Placide ne réagit-il pas “comme un vrai « moderne », sans cet esprit de respect qui doit exister, jusque dans la controverse. Il traite [le Père Basile] comme l’un de ses élèves. Il distribue les bons et les mauvais points, et surtout ces derniers”…
    Mais je veux finir mon intervention en soulignant l’humilité de monsieur Saint-Placide qui écrit : “Dans le fond, peut-être que le Père Basile a raison”.
    C’est clairvoyant !

  4. senex

    Que reste-il de la résistance du Barroux aux temps héroIques si pleine d’espoir pour ceux qui ont vécu,comme ma génération, le Concile comme la catastrophe,au sens d’événement irréversible, ouvrant des gouffres de confusion et de souffrance,dont seul un miracle divin pourrait maintenant nous sortir.Le ralliement ne permet toutes les railleries.Notre déception est immense.Si on voulait écouter les laîcs et les consoler,c’est à dire faire vivre leur espérance..Plutôt que de “descendre en flammes” un authentique pasteur d’âmes…!Merci à tous.

  5. fauche gérard

    une réponse à “Henry” :
    le Père Basile est un vrai Docteur en théologie et je pense que ni vous ni moi ne lui arrivons à la cheville mais ne lui faites pas dire ce qu’il n’a pas dit.
    Il n’a pas dit que St Justin précédait les musulmans.
    “Mgr Gherardini refuse que le Dieu des chrétiens soit la même réalité que le Dieu des Juifs ou des musulmans”. Il y a “ou” et pas “et” ! St Justin parlait des juifs…
    Henry écrit aussi : “La formule « le Dieu des chrétiens est la même réalité que le Dieu des Juifs » est par ailleurs au minimum très maladroite: le Dieu des chrétiens est LE MÊME que celui des Juifs.”
    Si vous entendez “le même” par le Dieu qui est unique et donc qui est objectivement le même ou la même réalité : je suis d’accord avec vous mais si vous voulez dire que nous avons le même Dieu parce que nous croyons la même chose de Lui ou à son sujet alors vous avez tort.
    je préfère largement la formualtion du Père Basile qui dit (pourquoi avoir coupé sa citation ?) : “Mgr Gherardini refuse que le Dieu des chrétiens soit la même réalité que le Dieu des Juifs ou des musulmans, ce qui est une donnée traditionnelle (de St Justin à nos jours, en passant par Suarez…), même si, bien évidemment, ce qu’on dit (sans parler du culte) de cette réalité qu’est le Dieu créateur est fort différent, sur des points d’importance capitale, comme la Trinité, l’Amour de Dieu et envers Dieu etc…”
    Il y a Dieu comme réalité objective parce qu’Il est unique et donc le même chez les Juifs, chez les musulmans et chez les chrétiens et il y a ce qu’on dit et croit de Dieu qui n’est pas identique chez les uns et chez les autres et qui n’est pas également vrai chez les uns et chez les autres.
    Autant le Père Basile n’est pas ambigü autant “Henry” l’est davantage bien que dans le fond il ait raison.
    Mais encore faut-il voir qu’il est d’accord avec le Père Basile !

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