Un apostolat original

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La petite communauté des Bénédictins de l’Immaculée s’est
lancée dans un apostolat original : l’enregistrement d’« audio-livres » catholiques, spirituels ou doctrinaux. C’est ainsi qu’ils proposent un enregistrement complet du
« grand catéchisme de saint Pie X ». La première leçon est téléchargeable gratuitement. Toutes les autres leçons peuvent être écoutées en ligne. Il y a en tout 96 fichiers
(ICI)



Les Bénédictins de l’Immaculée ont été fondés par
le Père Jehan de Belleville (photo), qui fut le premier à rejoindre dom Gérard Calvet lorsque celui-ci s’est installé, seul, à Bédoin. Ce premier novice fut à l’origine de la communauté du
Barroux. Des divergences importantes, portant notamment sur la concélébration et la liberté religieuse, ont conduit le Père Jehan a demandé l’autorisation de partir du Barroux. Entre-temps, il
avait fait la connaissance à Rome des Franciscains de l’Immaculée. Il y eut entre eux un bel échange : le père Jehan leur a fait connaître la messe romaine traditionnelle pendant que les
Franciscains de l’Immaculée lui ont imposé la médaille miraculeuse comme signe de consécration totale à la Vierge Marie. Le 10 mars 2008, après l’office de Sexte, le Père Manelli lui a remis la
médaille miraculeuse qu’il porte désormais, comme ses frères franciscains, visible sur son cœur. « Le Père Jehan nous a initié à la messe tridentine, a pu dire le fondateur ; nous,
nous lui remettons la médaille miraculeuse.
» Et le Père Jehan de conclure : « C’est sans aucun doute Marie qui a suscité la famille des Franciscains de
l’Immaculée
; eh bien, si c’est aussi la volonté de Dieu que naisse une nouvelle famille de Bénédictins, ils seront les Bénédictins de
l’Immaculée
».




Le Père Jehan fut ensuite accueilli officiellement par Mgr Oliveri, l’évêque d’Albenga-Imperia (cf. ci-dessous la lettre d’accueil de l’évêque).

Depuis, un autre moine du Barroux, le frère Toussaint Menut l’a rejoint (photo). Un frère francsicain de l’Immaculée a fait la même démarche et le frère Ansgar
Santogrossi, un bénédictin américain, connu en France pour ses écrits, devrait faire de même.

Cela fait maintenant un peu plus d’un an que les Bénédictins de l’Immaculée sont installés à Villatalla en Italie.

 

 

Documents :

 

1°) Lettre de l’évêque d’Albenga-Imperia au Père Jehan

 

 

L’évêque d’Albenga-Imperia

Mercredi des Cendres
Albenga, le 6 Février 2008

Révérend Père Dom Jehan de Belleville,

Les nombreuses rencontres que nous avons eues et les divers courriers que vous m’avez adressés depuis plusieurs mois m’ont fait clairement comprendre les raisons qui vous ont incité à rechercher
une nouvelle situation canonique et disciplinaire dans laquelle, avec une âme sereine et dans la pleine fidélité à votre consécration religieuse, vous puissiez vivre votre vie monastique en
cohérence avec les principes et les règles qui ont conduit le Saint Siège à approuver la fondation du monastère et donc de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux en France.

Ayant eu l’opportunité de rencontrer et d’écouter le Révérend Père abbé du Barroux, ayant été également en contact avec le secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, après avoir informé et écouté le Conseil Presbytéral de ce diocèse d’Albenga-Imperia, et après avoir réfléchi coram
Domino
et demandé avec insistance le secours de la grâce divine,
Je vous informe, Révérend Père Dom Jehan, que je suis disposé à vous accueillir sous ma paternité et ma responsabilité pastorale, pour vivre extra-claustra dans ce diocèse particulier d’Albenga-Imperia et, pour commencer, ad experimentum, durant une période d’un
an.

Si, durant cette première année, il est possible de parvenir à une organisation convenable et stable tant pour ce qui regarde le lieu que pour le futur projet de vie monastique, on pourra sans
doute poser les actes nécessaires pour votre incardination dans le diocèse d’Albenga-Imperia, dans la perspective d’une vie monastique bénédictine diocésaine. Autrement, on pourra proroger
l’extra-claustra pour tout le temps nécessaire.

Intense et déjà profonde est ma communion spirituelle avec vous, et elle grandira encore si elle est alimentée constamment par la prière et la contemplation de tout ce que Dieu nous révèle et
nous communique par et dans son Église et que le Père nous révèle et nous communique par et dans son Fils bien aimé.

Prions tout particulièrement afin qu’à travers votre présence, Révérend Père Jehan, grandissent, dans cette Église locale d’Albenga-Imperia, la recherche et l’amour des “choses divines”, de tout
ce que Dieu nous offre dans son infinie miséricorde.

Je vous bénis et vous demande d’implorer pour moi la Divine bénédiction.

Avec mes sentiments de profond et religieux respect, je me déclare votre très dévoué dans le Seigneur.

+ Mario Oliveri
Évêque d’Albenga-Imperia


2°) Lettre du Père Jehan à l’évêque d’Albenga-Imperia


À Son Excellence,
Monseigneur Mario OLIVERI
Évêque d’Albenga-Imperia

Excellence et Cher Monseigneur,

Merci de tout cœur de m’avoir appelé hier au téléphone et de m’avoir communiqué très simplement votre pensée sur le problème des concélébrations qui divise notre communauté. Notre conversation
m’a suggéré quelques réflexions dont j’aimerais m’ouvrir auprès de votre Excellence.
[…]
Si l’on s’en tient à la loi canonique, le canon 902 laisse entendre que la règle générale dans la sainte Église est la célébration individuelle de la messe et que la concélébration n’est que
permise (sacerdotes Eucharistiam concelebrare possunt), qu’elle est parfois même interdite et que, dans tous les cas, demeure la liberté pour chacun de
la célébrer individuellement. Il serait donc injuste de tenir grief à tout prêtre et à toute communauté de ne pas concélébrer.

Si notre communauté s’est construite autour du rite exclusivement traditionnel, c’était donc son droit et l’Église l’a d’ailleurs reconnue comme telle à travers ses Constitutions. Après lecture attentive de ces dernières, mon ancien professeur à la faculté de droit de l’Opus Dei, Monseigneur Stankiewicz, doyen actuel de la
Rote, m’en a donné en juin 2006 une pleine confirmation. La loi propre (lex propria) des divers Instituts n’est pas une loi territoriale, incitant à
penser par exemple que le rite traditionnel de la messe n’est obligatoire qu’à l’intérieur de l’abbaye. Le commentaire du Code par l’université de Salamanque explique au contraire, à propos du
Can. 13, que « certaines lois affectent directement leurs destinataires, non à cause de leur lien avec un territoire, mais pour un motif qui les touchent plus personnellement, si bien que ces
lois suivent les personnes qui leur sont assujetties partout où elles vont ». Notre loi propre nous oblige donc, même à l’extérieur du monastère.

Il est évident que ce choix communautaire, canonisé par l’Église, repose sur des convictions de foi, que la hiérarchie n’a pas toujours comprises et encore moins acceptées. Liés
“collégialement” à des institutions ecclésiales en crise, les évêques, trop souvent imprégnés de l’esprit du monde et de ses idéologies, n’ont fait que paralyser la vie surnaturelle dans les
âmes. Après quarante ans d’un tel régime, les conséquences dramatiques s’étalent tristement sous nos yeux. Et ceux qui parmi eux le reconnaissent et le déplorent, n’arrivent pas toujours à
réagir avec les moyens et la vigueur nécessaires.

Notre attachement au rite traditionnel est un mariage de foi et d’amour qui, à l’image de l’union conjugale, nous oblige à une fidélité exclusive. Il suppose et manifeste une théologie et une
pastorale qui ne peuvent pas s’accorder avec une liturgie qui tourne le dos à Dieu pour le dialogue et « l’être ensemble ».

« La réforme liturgique, confessait déjà le Cal Ratzinger, a produit des dommages extrêmement graves pour la foi » (La mia vita, éd. San Paolo, Roma,
1997). La dénonciation et la mise à bas par Benoît XVI lui-même du tabou du « conciliairement correct » ou de « l’esprit du concile » libère peu à peu les esprits, et de plus en plus de
Pasteurs et de théologiens finissent par reconnaître publiquement les carences et les ambiguïtés doctrinales du N.O.M. Or, comme le rappelait Jean-Paul II, « l’Eucharistie est un don trop grand
pour pouvoir supporter des ambiguïtés et des réductions » (Ecclesia de Eucharistia, n° 10).

Tel est le drame que vit la réaction traditionnelle : tout en voulant conserver l’union hiérarchique voulue par le Seigneur, elle refuse de se lier à un rite dans lequel, bien que valide et
légal, elle ne reconnaît pas le témoignage authentique d’une foi sans équivoque. Le Cal Ratzinger en avait pleinement conscience lorsqu’il écrivait dans son autobiographie : « Je suis convaincu
que la crise de l’Église que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie ». N’est-ce pas là la raison fondamentale pour laquelle le pape lui-même aspire à
réformer la réforme liturgique sur le modèle de la messe de toujours ?

Il est vrai que cette grave défaillance de la liturgie actuelle, même quand elle est célébrée avec la dignité requise, n’est pas toujours et facilement perceptible aux esprits théologiques car
le langage de la liturgie n’est pas celui de la doctrine. Celle-ci manie les concepts, celle-là les signes. L’une s’adresse à l’intelligence, l’autre à tout l’être humain, corps et âme. La
liturgie, disait Péguy, est de la théologie détendue. Si la liturgie est l’œuvre de la foi de nos Pères, elle en est par conséquent l’expression mais aussi la gardienne. Tout ce qui choque le
sens liturgique traditionnel est pour le moins douteux. À titre d’exemple, le contre-autel à l’envers blesse d’instinct la piété liturgique. Je ne connais qu’un seul évêque — honneur à vous
Monseigneur — à avoir demandé à ses prêtres d’ôter la table posée devant l’autel. L’orientation liturgique signifie en effet que le culte que nous rendons est d’abord pour l’honneur et la
gloire de Dieu et non une autocélébration de l’assemblée qui, dialogue oblige, nécessite de déplacer le crucifix sur le coté ; au centre, il serait trop gênant. Cette liturgie que nous avons
reçue de toute la tradition deux fois millénaire de l’Église est Opus Dei et non opus hominum, une liturgie qui
vient de Dieu et non une liturgie « fabriquée », comme l’écrivait le Cal Ratzinger.

La mentalité traditionnelle, tout en reconnaissant la validité et la légalité ecclésiale du N.O.M., ne retrouve pas en lui l’expression plénière de sa foi. Telle est la raison profonde de son
éloignement vis-à-vis de lui et de son refus instinctif de l’utiliser. La concélébration, qui n’est ni une obligation juridique ni même une nécessité théologique, ne la choquerait pas en tant
que telle. À notre époque, où l’on éprouve un besoin particulier de se sentir ensemble, elle exprime, il est vrai, un lien fraternel entre les prêtres qui est signe de communion ecclésiale. Ce
qui rebute la mentalité traditionnelle, c’est davantage le rite que la concélébration elle-même. À cette dernière cependant, elle préfère de beaucoup la manière plus ancienne, avec diacre,
sous-diacre, ministres inférieurs, qui manifeste une communion hiérarchique plus expressive d’une saine ecclésiologie qu’une communion égalitaire, influencée par la mentalité démocratique de la
société.

Dom Gérard, notre fondateur, habité comme un Dom Guéranger par l’idée liturgique, écrivait dans l’un de ses nombreux ouvrages sur ce sujet : « L’Église, Épouse et Corps mystique du Christ, est
la société la plus diversifiée, la plus structurée, la plus hiérarchisée qui existe : du sommet jusqu’à la base, tout porte en elle l’empreinte d’une hiérarchie sacrée émanée de son centre
vivifiant. Cette Église céleste composée d’anges et d’élus que nos peintres primitifs ont représentés les yeux grand ouverts, les mains jointes et rangés par ordre autour de l’Agneau, depuis
les grands Séraphins jusqu’aux âmes du Purgatoire qui montent prendre place parmi les chœurs innombrables, c’est elle qui est notre véritable patrie et c’est en la voyant s’ébaucher sous nos
yeux, que nous faisons l’apprentissage de l’éternité. » (La Sainte liturgie, éd. Sainte-Madeleine, p. 59-60, Le Barroux, 1982.)

Pardonnez, Monseigneur, la franchise de ces propos qui appellent certainement des nuances ; elle est avant tout l’expression d’une volonté de transparence à l’égard de votre Excellence.
J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de nos éventuelles et légitimes divergences, mais qu’au contraire vous me permettrez de collaborer à votre ministère sacré, en union avec le Pape et
tout le collège épiscopal, par le témoignage de l’obéissance filiale, de la prière et de l’exemple. Si pour l’instant il s’avérait difficile de trouver un lieu où je puis m’installer seul ou
avec un ou deux compagnons, pourriez-vous au moins me donner un accord de principe pour me recevoir dans votre diocèse ? Avec l’aide de plusieurs prêtres, qui m’ont manifesté leur grand désir
d’une présence monastique parmi eux, nous pourrions chercher alors ensemble une solution pratique. Je ne vous remercierai jamais assez de m’accorder la grâce de poursuivre ma vocation de fils
de saint Benoît dans la paix retrouvée.

Veuillez, Excellence et cher Monseigneur, me bénir et agréer, l’assurance de mon respectueux et religieux dévouement en Notre-Seigneur et Notre-Dame.

Fr. Jehan, O.S.B.