Comment aller à la messe sans perdre la foi ?

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Les éditions Artège viennent de publier un nouveau livre de Mgr Nicolas Bux sous le titre « La foi au risque des liturgies ». Il s’agit d’une belle atténuation du titre original de l’édition italienne parue l’an dernier en Italie : « Come Andare a Mesa et non perdere la fede ».

Dans ce livre, l’auteur consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, professeur de liturgie et de théologie sacramentaire et consulteur au Bureau des Célébrations liturgiques du Souverain Pontife, s’attache à défendre le projet de réforme de la réforme initiée par le cardinal Ratzinger devenu le pape Benoît XVI. Voulant absoudre le Saint-Père de tout désir de revenir sur Vatican II, Mgr Bux développe l’analyse habituelle d’un concile trahi par des excès liturgiques qu’il s’emploie à dénoncer avec vigueur et précision.

C’est du moins ainsi que l’éditeur présente ce livre. En réalité, Mgr Bux utilise un langage moins religieusement correct comme le prouve à lui seul le titre italien de son ouvrage. Certes, il cherche à exonérer le Concile, mais il ne cache pas la responsabilité des textes d’application – petit pas assez nouveau dans la dialectique écclésiale. Dès le premier chapitre, il s’interroge :

Tout ceci est-il imputable au concile Vatican II ? Il n’est juste de l’affirmer, mais il est vrai que nombre d’instructions promulguées à sa suite, souvent contradictoires, ont contribué de manière dramatique à faire de la liturgie immuable et sacrée un objet entre les mains de tous, soumis à l’arbitraire et au changement.

Sans en avoir l’air, cette phrase contient beaucoup. L’auteur, en effet, distingue Sacrosanctum concilium des instructions promulguées à sa suite. Faut-il entendre par là la réforme liturgique de Bugnigni/Paul VI ? Mgr Bux ne le dit pas explicitement, mais rien n’empêche de le comprendre ainsi. Il s’agit bien, sinon de la première (que l’on pense aux différentes réformes entre la publication du texte conciliaire et l’arrivée du novus ordo), du moins de la plus importante de ces instructions qui allaient « faire de la liturgie immuable et sacrée un objet entre les mains de tous ».

Ce texte de Mgr Bux révèle aussi que pour la première fois on estime publiquement du côté des responsables romains que ce ne sont pas seulement les prêtres et les laïcs qui sur le terrain ont appliqué la réforme liturgique, qui sont les seuls et uniques responsables. Bien au contraire, la responsabilité est portée par des « instructions promulguées » par les autorités compétentes.

Dans le chapitre 7, « Participer à la messe », Mgr Bux évoque la question de la participation des fidèles. Sauf une citation de Jean-Paul II postulant que la réforme liturgique a donné beaucoup de fruits, notamment par la participation active des fidèles, l’auteur fait précéder sa critique sur « La disparition des gestes d’adoration, la fin du silence, la mise en avant des acteurs (qui) a (sic) fini par ramener les fidèles au rôle de simples spectateurs de la liturgie qui est devenue une mise en scène dans laquelle s’exhibent prêtres et ministres » de cette citation terrible de Paul VI, marque d’un esprit de rupture manifeste :

« Il ne faut pas croire que l’assistance sera silencieuse et inerte comme elle a pu l’être. Non, la nouvelle manière d’agir doit être différente. Elle doit engager les fidèles présents à la messe, et les sortir de leur passivité. Là où suffisait la présence, il faudra mettre l’attention et l’action. Certains avaient l’habitude de somnoler ou de parler, il faut écouter et prier. Nous espérons que les fidèles et les clercs recevront bientôt de nouveaux livres liturgiques et que ceux-ci seront revêtus de la même dignité que les précédents ». (Audience générale du 17 mars 1965).

Très adroitement, l’auteur place son commentaire, sans référence directe à ce texte, beaucoup plus loin :

« La différence est notable avec ce qui existait précédemment puisque, s’il était auparavant possible de contempler le mystère en silence, aujourd’hui c’est le divertissement qui prévaut. »

Tout est dit, ou presque. Nous reviendrons donc sur ce livre décidément très intéressant.

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