Rompre avec la rupture

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La question de la célébration face au peuple est longuement abordée par Mgr Nicolas Bux, liturgiste, consulteur au Bureau des célébrations liturgiques du Souverain Pontife et auprès de divers congrégations romaines, dans son dernier livre qui vient de paraître aux éditions Artège sous le titre : La foi au risque des liturgies (voir ICI). Il est intéressant de noter qu’il en parle dans un chapitre qui s’intitule « Dans quel état est la messe ? » et dans une sous-partie qui porte sur la réforme de la réforme : « Comment commencer la réforme ? ».

Et que dit Mgr Bux ?

Tout d’abord que :

L’orientation « face au peuple » qui a grandement favorisé la fermeture de la communauté sur elle-même, n’appartient pas aux traditions catholiques mais au monde protestant. Elle ne peut se prévaloir d’aucune antériorité historique. On ne la trouve dans aucune liturgie aussi bien occidentale qu’orientale. Elle n’est pas un retour aux origines.

Plus loin le liturgiste pose la question de savoir :

Quel intérêt peut-il y avoir à se regarder réciproquement alors que le peuple de Dieu se trouve dans sa totalité en chemin vers le Seigneur qui vient nous visiter d’en haut ? (…) La célébration « face au peuple » donne au prêtre une place centrale. Elle réintroduit la différence – séparation entre les clercs et le peuple – et la prétendue insistance sur la centralité du culte dû au corps du Christ est contredite par l’évacuation du tabernacle dans lequel le Christ est sacramentellement présent de manière permanente.

Mgr Bux distingue également les demandes de la constitution conciliaire sur la liturgie des instructions suivantes :

La constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium ne parle pas de célébration « face au peuple ».

Il met ce texte conciliaire en lien avec l’instruction Inter œcumenici du 26 avril 1964 qui prévoit la construction de nouveaux autels permettant la célébration face au peuple. Mgr Bux ajoute cependant :

L’abandon de l’orientation n’a pas été approuvé par l’assemblée conciliaire mais introduit par des instructions ultérieures qui le considéraient comme possible mais non pas obligatoire.

Ce qu’il évite d’étudier ici – et ce qui empêchera certainement le mouvement de la réforme de la réforme d’aller jusqu’au bout si l’on n’y prend garde – c’est que la même autorité a promulgué les textes du concile qui n’a pas approuvé la célébration face au peuple et les instructions suivantes qui l’ ont permise. Si la réforme de la réforme peut commencer par la base et par le mode de l’exemple, il conviendrait pour la rendre effective que l’autorité réinstaure ce que la même autorité a laissé détruire.

Certes, Mgr Bux nous demande de  :

Laisser de coté les discussions subtiles que la récente publication de la Présentation générale du missel romain a suscitées ainsi que nombre d’interprétations de la Congrégation pour le culte divin qui fait dire au texte le contraire de ce qu’il prévoit [Bel aveu, ndC.STPlacide]. La tradition chrétienne, aussi bien en Orient qu’en Occident, veut que les fidèles et le clergé prient dans la même direction. La célébration « face au peuple » est une rupture.

Il faut donc rompre avec la rupture. Précisons : l’autorité doit rompre avec la rupture.

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