Le Cardinal Vingt-Trois reparle du Motu Proprio

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Nous n’étions pas parmi les « quelques journalistes » que le cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris, a rencontré le jeudi 17 septembre dernier. Il faut
appartenir au sérail, être en odeur de sainteté à l’archevêché de Paris pour avoir cet honneur. Ce n’est pas notre cas. C’est, en revanche, celui d’Isabelle de Gaulmyn, ci-devant correspondante
du quotidien La Croix à Rome, aujourd’hui revenue dans les murs parisiens du quotidien officieux de l’épiscopat français.

Dans un article qu’elle a consacré au discours du cardinal Vingt-Trois,
dispensé seulement à « quelques journalistes », Isabelle de Gaulmyn rapporte certains propos du cardinal qui intéressent ce blog. Schématiquement, trois thèmes se dégagent :

1°) la libéralisation de la messe en rite ancien ;

2°) le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X ;

3°) Vatican II.

1°) La libéralisation de la messe en rite ancien

On laissera d’abord planer le doute sur l’origine de cette formulation. Est-elle du cardinal ou de la journaliste ? Toujours est-il qu’elle est fautive. En
liturgie catholique, il n’y a pas de rite ancien. Il y a aujourd’hui par la volonté du Pape lui-même une forme extraordinaire et une forme ordinaire du rite romain. On peut penser ce que l’on
veut de cette distinction, que l’on soit cardinal ou journaliste. Mais cela importe peu. Ce qui importe, c’est qu’un vocabulaire précis a été utilisé par le Pape, lequel,  qui plus est,
s’avère être un homme pour qui les mots ont un sens précis. Visiblement, ce n’est pas le cas de tout le monde.

Ensuite, le cardinal – car cette fois, il s’agit bien de lui – déclare : « il n’y a pas eu de “tsunami” de la pratique religieuse en France : çà et
là, des arrangements ont été trouvés, mais globalement la pratique des catholiques français n’a pas été profondément modifiée ».
Cette absence de tsunami
étonne l’archevêque de Paris. Mais, qui s’attendait à un tsunami ? Précisons : qui s’attendait
réellement à
un tsunami ? En fait, personne, pas même ceux qui ont feint de croire une montée de l’intégrisme, à un retour en force du traditionalisme, à la mise en cause des « acquis » – les
fameux « acquis » – conciliaires.

D’ailleurs, la question n’est pas dans le fait qu’il y ait tsunami ou pas. C’est, à la rigueur, – si l’on ne veut pas employer le terme de « polémique »
et de « dialectique » pour qualifier une telle affirmation –une vision proprement démocratique que de parler ainsi. C’est mettre en avant la loi du nombre avant celle de la justice et
de la vérité. C’est démocratique, mais pas forcément catholique.

La question n’est donc pas de savoir si le motu proprio Summorum pontificum a entraîné un « “tsunami” de la pratique
religieuse en France », mais bien de savoir s’il a réparé une injustice et rétabli la vérité.

Or, c’est le cas.

L’injustice majeure qui a été réparée – à défaut de toutes celles qui ne le seront pas comme ces injustices concrètes subies par des milliers de prêtres et de
fidèles pendant plusieurs décennies – concerne la situation de la messe selon la forme extraordinaire. Celle-ci n’a jamais été interdite en justice et en droit. Le Pape l’a clairement déclaré
dans le motu proprio : «  Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le bienheureux Jean XXIII en 1962 et jamais
abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église. 
» (article 1).

La vérité majeure qui a été rétablie concerne le fait que tout prêtre peut célébrer cette messe (« Aux Messes célébrées sans peuple, tout prêtre catholique
de rite latin, qu’il soit séculier ou religieux, peut utiliser le Missel romain publié en 1962 par le bienheureux Pape Jean XXIII »)
sans demander
d’autorisation et que cette messe exprime bien la «  “lex orandi” » de l’Église. Mieux :  ce missel doit 
« être honoré en raison de son usage vénérable
et antique. 
» Le moins que l’on puisse dire, concernant ce dernier point, c’est que ce ne fut pas le cas depuis 1969.

Après cela, qu’il y ait un « tsunami » de pratique religieuse, si cela avait été, qui pourrait réellement s’en
plaindre ? L’archevêque de Paris ? On n’ose l’imaginer ! Certainement, doit-il regretter au contraire que le conditionnement imposé aux catholiques du rang pendant des décennies
n’ait pas disparu en deux années d’application (sur lequel il y aurait beaucoup à dire concernant le rôle des évêques) du Motu proprio. Mais la question importante que la journaliste de La
Croix
n’a pas posé, semble-t-il, serait donc : que compte faire l’archevêque de Paris pour briser cet enfermement moral et
intellectuel ?

À demain pour évoquer le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X.