Dialogue avec un cardinal

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La dernière lettre de Paix liturgique vient de paraître et propose un dialogue virtuel (hélas !) avec le cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris,
président de la Conférence des évêques de France et farouche opposant – de la ligne « immobilité totale » – à l’application du Motu Proprio. Explication de Paix
liturgique :

« nous avons souhaité comprendre les raisons de la persistance de ce blocage, surtout après la « bavure » survenue dans l’église de l’Immaculée Conception : le
pasteur du principal diocèse de France ayant traité des ouailles catholiques en préférant la force policière (voir lettre 215) au dialogue chrétien, nous sommes allés chercher dans ses propres
écrits ou propos les raisons qui pouvaient bien expliquer sa pastorale de fait anti-Benoît XVI. Nous nous sommes aperçus que, depuis la parution du Motu Proprio, ces déclarations, souvent
embarrassées, n’expliquaient pas le refus de dialogue du cardinal. Il y a un hiatus entre les dires et le faire (le refus de faire). Mais au total, sa ligne de défense contre les inconvénients
que lui procure le Motu Proprio s’est ainsi précisée : il y a les « bons » demandeurs, qui sont déjà satisfaits et les « mauvais » qui ne sont que des perturbateurs méprisables.

PL : Maintenant que le Motu Proprio a été publié, qu’allez vous faire concrètement à Paris ?

Cardinal Vingt-Trois : « Je n’ouvrirai pas de paroisses personnelles dans le diocèse de Paris car j’estime que des fidèles qui demandent la célébration selon le
Missel de 1962, ne sont pas des paroissiens « à part ». Mais cette volonté de ne pas les marginaliser suppose que nous soyons capables de répondre raisonnablement aux demandes qui seront faites.
J’ai toute confiance dans votre jugement pastoral et votre capacité pour gérer cette situation avec justice et charité. »

Lettre de Mgr Vingt-Trois à ses prêtres, le 6 juillet 2007

 Le Figaro : On « reproche aux évêques de France de traîner les pieds pour appliquer le motu proprio » ?

Cardinal Vingt-Trois : « Je ne crois pas… ».

“talk” du Figaro – 10 sep. 2008

Le Figaro : « Une réforme de la réforme liturgique est-elle nécessaire à vos yeux ? »

Cardinal Vingt-Trois : « Je crois que ce qui est surtout nécessaire c’est la réforme des cœurs, c’est-à-dire qu’on ne va pas à la messe comme on va au spectacle. On
va à la messe pour participer au sacrifice du Christ et pour s’unir au sacrifice du Christ. Si je vais à la messe pour voir représenter ce que je pense, je ne crois pas que je sois dans les
bonnes dispositions. J’essaie, quand je célèbre l’eucharistie, de me mettre dans une disposition d’accueil et de disponibilité ».

“talk” du Figaro – 10 sep. 2008

PL : Quel sens donnez vous aux propos du Saint Père à Lourdes relatifs à son Motu Proprio de juillet 2007 ?

Cardinal Vingt-Trois : Il s’agit « d’accueillir ceux qui honnêtement cherchent à exprimer leur sensibilité liturgique différente non pour accentuer la séparation,
et les différences », mais avec « une capacité à vivre ensemble nos différences sous la responsabilité des évêques ». « Il nous confie cette tâche ».

Discours à Lourdes et réflexions du cardinal Vingt-Trois – septembre 2008

PL : Comment réagissez vous si des demandes d’application du motu proprio se font jour dans votre diocèse ?

Cardinal Vingt-Trois : « S’il ne s’agit que de petits groupes isolés à ramener au bercail, il faut les traiter avec respect, (…). Mais s’ils cherchent à faire du
prosélytisme au détriment du rite de Paul VI, c’est différent. »…  « L’attitude de ces groupes relève d’un relativisme moderne : ils choisissent l’autorité à laquelle ils se soumettent, se
réclamant du pape, qui est loin, au détriment des évêques, qui sont proches ».

La Croix, le 20 janvier 2010

PL : Le Pape à Lourdes, le 14 septembre 2008, vous avait dit: « J’ai été amené à préciser, dans le Motu proprio Summorum Pontificum, les conditions d’exercice de
cette charge [d’unité], en ce qui concerne la possibilité d’utiliser aussi bien le missel du bienheureux Jean XXIII (1962) que celui du Pape Paul VI (1970). […] Nul n’est de trop dans l’Église.
Chacun, sans exception, doit pouvoir s’y sentir chez lui, et jamais rejeté ».

 « Les rapports du pape avec les évêques ne sont pas des rapports de patron à employés. Il n’est pas un PDG d’une multinationale qui vient visiter une
succursale » : entre les évêques de France et le Pape il n’y a pas de « rapports de subordination servile ».

Conférence de presse du 14 septembre 2008

PL : Vous avez rencontré le Saint Père avec deux autres membres de la Conférence épiscopale de France, que lui avez-vous dit ?

Cardinal Vingt-Trois : « On lui a parlé de beaucoup de choses un peu à bâtons rompus parce qu’on est très libres dans nos relations, on a évidemment évoqué aussi la
pratique du Motu proprio sur l’application de la forme extraordinaire du rite liturgique et les manœuvres diverses qui essayent d’utiliser internet pour développer une campagne de délation à
l’égard des évêques. Il a été très touché et nous a redit avec beaucoup de force sa confiance. »

Interview du Cardinal Vingt Trois en date du 25 janvier 2010 »

On lira les commentaires de l’association ICI.