FSSPX : pas de rupture

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Contrairement à ce qui a été rapporté par un blog américain, qui reprenait (certes avec prudence) les propos d’un journaliste espagnol, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) n’a pas fait état publiquement, en lecture officielle dans les prieurés et les églises desservis par elle, de son refus de poursuivre le dialogue avec Rome. Bien au contraire, dans l’entretien que Mgr Fellay a accordé à DICI, celui-ci déclare :

Ce n’est pas nous qui romprons avec Rome, la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Pour autant il serait irréaliste de nier l’influence moderniste et libérale qui s’exerce dans l’Église depuis le concile Vatican II et les réformes qui en sont issues. En un mot, nous gardons la foi dans la primauté du Pontife romain et dans l’Église fondée sur Pierre, mais nous refusons tout ce qui contribue à l’“autodestruction de l’Église”, reconnue par Paul VI lui-même, dès 1968.

Il a réaffirmé également qu’il n’était pas question de constituer une Église parallèle : « Loin de nous l’idée de constituer une Église parallèle, exerçant un magistère parallèle! »

De son côté, Jean-Marie Guénois, chroniqueur religieux du Figaro, et qui connaît bien le sujet, relève trois difficultés à régler :

1°) l’unité interne de la FSSPX :

Le premier tient aux fidèles de la Fraternité. Ils sont divisés quant à l’opportunité d’un retour à Rome. Le cas le plus emblématique est celui de Mgr Richard Williamson et ses thèses négationnistes. Il a été exclu du chapitre mais pas de la Fraternité. «Nous nous séparons avec force de tous ceux qui ont voulu profiter de la situation pour semer la zizanie, en opposant les membres de la Fraternité les uns aux autres. Cet esprit-là ne vient pas de Dieu», a commenté, lundi, Mgr Fellay.

Dans le même registre interne, le supérieur a assuré que ce chapitre fut l’occasion de mettre les choses au point. «Toutes les ambiguïtés ont été levées chez nous», estime-t-il: «Au sujet de Rome, nous sommes vraiment allés au fond des choses, et tous les capitulants(les participants à cette réunion, NDLR) ont pu prendre connaissance du dossier complet. Rien n’a été mis de côté, il n’y a pas de tabou entre nous. Je me devais d’exposer précisément l’ensemble des documents échangés avec le Vatican, ce qui avait été rendu difficile par le climat délétère de ces derniers mois. Cet exposé a permis une discussion franche qui a éclairé les doutes et dissipé les incompréhensions. Cela a favorisé la paix et l’unité des cœurs.

2°) Deuxième difficulté : le cas de Mgr Muller, nouveau préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.

Ici, la FSSPX exprime, en fait, davantage que son propre avis. Son inquiétude est partagée par la mouvance Ecclesia Dei, et même plus largement, par des franges du catholicisme dit « conservateur » (notamment aux Etats-Unis) :

3°) la vocation de la FSSPX et, sous-entendu, sa place dans l’Église :

S’inscrivant dans la filiation de Mgr Lefebvre, fondateur, Mgr Fellay affirme: «Nous ne pouvons garder le silence devant la perte de la foi généralisée, ni devant la chute vertigineuse des vocations et de la pratique religieuse. Nous ne pouvons nous taire devant l’“apostasie silencieuse” et ses causes. Car le mutisme doctrinal n’est pas la réponse à cette “apostasie silencieuse” que même Jean-Paul II constatait, en 2003.

Il y a un point que ne soulève pas Jean-Marie Guénois, qui n’est pas une difficulté, mais la partie principale de la nouvelle donne : Mgr Di Noia. C’est sur lui que repose principalement maintenant la reprise des discussions, en espérant que l’on passe vraiment à des négociations qui impliquent des réunions préparatoires, informelles, mais réellement efficaces, pour éviter de se retrouver, encore et toujours, le 14 septembre 2011.

5 comments

  1. c

    Le journaliste espagnol en question José Manuel Vidal, est un ancien prêtre catholique, particulièrement progressiste et dont le portail “religiondigital” vaut uniquement le déplacement pour comprendre ce qu’est la propagande et la désinformation. Ce n’est pas nouveau. Il est dommage que des journalistes pour “faire des scoops” plus que pour faire du journalisme reprennent ses écrits, même avec prudence.
    Mais cela fait vendre du papier ou lire les blogs. D’ailleurs le responsable de la fraternité pour l’Espagne et le Portugal n’a pas apprécié du tout l’article de Vidal, qui commence d’ailleurs à prendre de plus en plus un coup de vieux par rapport aux théories qu’il défend.

  2. Vatapa

    Bonjour,
    Je trouve le titre de votre article pour le moins étonnant- disons ambigu : lorsque je l’ai trouvé en faisant une recherche Google, je me suis réjouie… à tort. Si ce titre est justifié par votre premier paragraphe, on peut penser qu’il sera malheureusement contredit dans un proche avenir, pour les raisons que vous développez d’ailleurs par la suite- même s’il ne faut préjuger de rien. “Ce n’est pas nous qui romprons avec Rome”… est-ce à dire que “nous laisserons Rome prendre la responsabilité d’une rupture”?
    Avez-vous lu l’éditorial de l’Abbé Régis de Caqueray publié à la suite de l’entretien avec Mgr. Fellay sur le site La Porte Latine? http://www.laportelatine.org/publications/presse/2012/fideliter208/cacqueray_208_nouvelles_sanctions.php
    J’imagine qu’il est courant de la réponse donnée au Saint-Siège, et cet éditorial ne présage rien de bon…
    En résumé j’intitulerais plutôt votre article (amicalement, permettez-moi) “pas de rupture consommée”… “pour l’instant”…
    C’est bien triste tout ça 🙁
    Merci pour ce site très intéressant!

  3. BenoitXVI a tant parlé des racines chrétiennes de l’Europe, de la France nécessaires à son avenir que l’affadisation de la religion ne rassure pas ; tant de villages sans messe le dimanche!!

  4. criton1963

    Bonjour,
    l’Abbé de Cacqueray s’est exprimé la dessus;
    son article dans Fideliter de Juillet/Aout est paru 3 semaines avant l’interview de Mgr Fellay et avant le Chapitre Général de la FSSPX et ne prétend donc pas lui répondre.
    Les capitulants sont, il me semble tenus par le secret jusqu’à la réponse envoyée à Rome cet Eté.

    Le problème pour la FSSPX : Peut-elle légitimement faire confiance à un Pape qui entend concilier la Tradition avec les “nouveautés du Concile Vatican II”.
    La Royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ sur les nations est elle reconnue par l’église conciliaire ? (Mgr Lefèbvre le souhaitait comme préalable à un accord définitif).
    La division est une action du démon, mais qui donc a changé de direction ? Les encycliques sur le libéralisme et le modernisme de Pie IX, Grégoire XVI, Saint Pie X et Pie XI sont toujours d’actualité et Rome agit même sous Benoît XVI en sens opposé.
    La récente nomination de Mgr Muller
    (évêque ayant nié au sens catholique du terme dans ses écrits :
    la transsubstantiation et la virginité de la sainte vierge) en est le triste révélateur.
    Celui qui est aujourd’hui chargé de défendre le dogme de la Foi est lourdement suspect d’hérésie,

    Prions pour l’unité de l’Eglise dans la Vérité.

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