Madiran : le doute augmente

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Nous avons déjà fait allusion au doute soulevé par Jean Madiran dans un article du quotidien Présent concernant l’absence d’évocation du problème de la messe dans la correspondance Journet/Maritain, en son volume six et dernier. Dans Présent
de demain vendredi 30 octobre, Jean Madiran revient sur le sujet et l’on voit que le doute, effectivement, ne diminue pas. Extrait de cet article à lire dans Présent dans son intégralité
:

« L’annexe 14, qui est la dernière pièce du volume VI, est encore plus suspecte que nous ne l’avions pensé d’abord (Présent du 16 octobre). Dans
le propos attribué à Journet figure en effet ce passage :

« Dans le psaume que je lisais ce matin dans le train, Dieu dit : Pourquoi, quand vous avez un agneau aveugle, me l’offrez-vous en sacrifice ?
Est-ce que vous donneriez un agneau aveugle au chef de la tribu ? Et vous osez me le présenter ! à Moi qui suis Dieu ! »

Un lecteur plus attentif (ça existe) et en tout cas plus savant que moi me signale que, fût-il « lu ce matin », « il n’y a aucun verset de psaume
qui ressemble à cela, de près ou de loin ».
C’est en réalité une citation approximative de Malachie (1,8) :

« Si vous offrez une bête aveugle pour le sacrifice, n’est-ce pas mal ? Et si vous offrez une bête boiteuse et malade, n’est-ce pas mal ?
Offre-la à ton patron, en sera-t-il content, seras-tu bien reçu, dit le Seigneur des armées. »

Mon correspondant observe avec sagacité :

« Le cardinal Journet lisait le bréviaire depuis des décennies. Il ne pouvait donc pas confondre un verset du psautier qu’il disait chaque semaine avec un
verset de Malachie ne figurant nulle part dans la liturgie. D’autres avant moi ont sûrement remarqué cette anomalie, mais ils n’ont rien dit. »

Le propos du cardinal Journet était d’indiquer qu’il convenait de faire le sacrifice de la messe traditionnelle bien qu’elle fût excellente. Il l’avait tenu,
paraît-il, à ses élèves du Centre universitaire catholique de Genève, le 29 novembre 1969, parce que le lendemain, il allait se rallier « par obéissance » à la messe nouvelle de
Paul VI. Ce propos avait fait l’objet d’une publication posthume, en 1977, par celui qui avait pris la succession de Journet à la direction de sa revue Nova et Vetera :

Georges Cottier, depuis lors créé cardinal (de la même veine, semble-t-il, que le cardinal Congar et le cardinal de Lubac). Cette publication avait alors une
intention explicitement polémique : contre Mgr Lefebvre. Elle a disparu de l’annexe 14, signée par le même Cottier, devenu cardinal. Cette fois l’intention explicitement polémique
est dirigée contre le cardinal Ottaviani, par la reprise d’une misérable calomnie qui ne peut plus couvrir de honte que lui-même.

Le mystère du tome VI, c’est l’absence, accidentelle ou artificielle, du moindre échange sur la messe entre Maritain et Journet à partir de 1969. Ce mystère
est aggravé par un doute grave sur l’exactitude – voire sur l’authenticité – du texte posthume de Journet reproduit par l’annexe 14.

L’hypothèse vraisemblable est que l’on nous cache les considérations sans doute sévères et désolées que Maritain et Journet n’ont pas pu ne pas s’exprimer
l’un  à l’autre sur la nouvelle messe ; considérations probablement plus raides encore chez Maritain que chez Journet.

Tout de même, dans le propos posthume de Journet, il y a au moins une phrase qui plaide en faveur de l’authenticité :

« Tout le monde n’a pas le goût de la laideur, de la platitude ou de la vulgarité ! »

Le contexte est impitoyable. Il indique, sans hésitation possible, que cette phrase concerne la messe de Paul VI. »