Traductions liturgiques : le combat continue

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Comme ne l’ignorent pas les lecteurs attentifs d’americatho, les
évêques américains, lors de leur assemblée plénière de novembre dernier, ont adopté à une
écrasante majorité (194 votes contre 20) les nouvelles traductions liturgiques – fruits de six années de labeur – plus conformes au latin de l’édition typique du Missale Romanum,
désavouant le petit parti épiscopal mené par l’évêque d’Erie (Pennsylvanie) Donald Trautman (voir ici), qui voulait s’en tenir aux traductions fautives et mauvaises pour
la foi des fidèles.
Ce petit parti, reste essoufflé et agonisant de “l’aile marchante”, aujourd’hui claudicante, de l’épiscopat américain des années 1970, ne s’estime pour autant pas vaincu et “fait donner” les
bataillons décimés des laïcs progros et modernichons. Ces derniers, avec le soutien habituel du toujours progressiste National Catholic Register et celui “ineffable”
d’America, l’hebdomadaire des jésuites américains 1, viennent de lancer une pétition exigeant un “moratoire” sur l’application des nouvelles traductions de la liturgie
eucharistique. Une pétition intitulée « What If We Just Said Wait ? » (et si on disait simplement : attendons ?), prétend que leur application aura un « effet négatif sur la prière des
fidèles et provoquera de graves divisions dans nos communautés. »
Cette pétition a réuni moins de 12 000 signatures en un mois et pour tous les pays anglophones, ce qui est tout sauf un
succès.
Toutefois, il ne faudrait pas traiter une telle initiative par-dessous la jambe, car en attendant la « réforme de la réforme », c’est une exigence minimum que les traductions liturgiques en
vernaculaire pour la forme ordinaire soient conformes, autant que faire se peut, à l’editio typica – une préoccupation, faut-il le rappeler ?, dont on fait l’économie avec la forme
extraordinaire…
Un jeune prêtre américain du Montana – je n’en dirai pas plus ici, non pas qu’il ne souhaite pas qu’on cite son nom, mais il préfère qu’on se concentre sur son initiative – vient de lancer une
“contre-pétition” dont le titre répond à la précédente : « We’ve Waited Long Enough » (nous n’avons que trop attendu).
En voici le texte :

« Nous estimons que la traduction en anglais, qui vient d’être approuvée, du Missale Romanum, doit être appliquée le plus rapidement possible.
Nous estimons que l’Église, dans les nations de langue anglaise, a attendu beaucoup trop longtemps pour disposer d’une traduction précise et fidèle à l’original latin.
Nous estimons que l’actuelle traduction, utilisée présentement dans les nations de langue anglaise, aurait dû depuis longtemps être remplacée parce qu’elle a été faite en utilisant la méthode de
la traduction dynamique, une méthode rejetée par le Vatican dans le document
Liturgiam Authenthicam 2.
Nous sommes en union avec les conférences épiscopales de langue anglaise, dans leur approbation de la nouvelle traduction.
Nous nous opposons à toute tentative de repousser cette nouvelle traduction. »

C’est une affaire de grand intérêt. Évidemment, comme Français (ou francophones), cette dernière pétition, que je ne peux que soutenir moralement, n’a pas à être signée par nous. Mais s’il se
trouve des Français (ou des francophones) résidant habituellement dans des pays francophones – notamment aux États-Unis où se trouvent de nombreux lecteurs d’americatho – et pratiquant dans des paroisses de langue anglaise, je les invite à
signer cette pétition. C’est ici.

1. Voyez ici. L’hebdomadaire préconise qu’on attende pour appliquer les nouvelles
traductions non pas que les fidèles y soient préparés, mais que les traductions soient adaptées aux fidèles… Ce qui est un désaveu du long travail d’adaptation de l’International Commission on
English in the Liturgy
(ICEL) et un déni de la décision de l’épiscopat américain. La fidélité – perinde ac cadaver – des jésuites au Magistère n’est décidément plus ce qu’elle
a été…
2. Instruction de la Congrégation pour le culte divin du 7 mai 2001. Voir ici.