Mgr Pascal Gollnisch critique SOS Chrétiens d’Orient

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Devant les évêques de France réunis à Lourdes, mercredi 8 novembre, Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient et vicaire général de l’ordinariat pour les Orientaux vivant en France, frère du député FN au Parlement européen Bruno Gollnisch, a vigoureusement critiqué l’association française SOS Chrétiens d’Orient, suite à une question de Mgr Jacques Blaquart, évêque d’Orléans.

Mgr Gollnisch a dit son « malaise » devant cette association qui fait prendre des « risques inconsidérés » à des jeunes volontaires « très méritants » envoyés en Syrie et en Irak. « On n’envoie pas un jeune Français six mois en Irak ou en Syrie alors qu’il y a des cellules dormantes de Daech dans le pays ». Il a dénoncé la proximité des fondateurs de l’association avec le Front national, et notamment les « réseaux de Marine Le Pen », « ce qui est leur droit », mais aussi leur complaisance vis-à-vis de Bachar Al Assad en Syrie.

« On doit éviter que la question des chrétiens d’Orient soit liée de manière partisane. Nous devons parler aux élus, aux cabinets ministériels, mais ne pas se lier à un parti. »

Le directeur général de l’Œuvre d’Orient a regretté une grille de lecture du conflit au Proche-Orient portée par SOS Chrétiens d’Orient consistant à opposer chrétiens et musulmans. Enfin, il a évoqué une gestion peu claire et un budget de communication « semblant excessif ». Devant les évêques, il a affirmé que l’association n’avait pas publié ses comptes depuis 2 ans, ce qui est erroné  (voir ici) et manifeste le manque de sérieux de ses accusations.

« Avec 30 à 40 % de frais généraux, ils sont bien au-delà de ce que font les autres associations, qui dépensent plutôt 15 à 20 % de leur budget pour cela. Cela les amène à une pression vis-à-vis des donateurs. »

Les comptes de SOS Chrétiens d’Orient pour l’année 2015, publiés au Journal officiel, montrent que les frais de recherche de fond et frais de fonctionnement représentent 37% des ressources collectées auprès du public. Mais c’est peut-être la critique principale de Mgr Gollnisch : n’y aurait-il pas derrière sa charge, une guerre des dons ? L’oeuvre d’Orient aurait-elle vu ses ressources baisser ? Et combien de volontaires a-t-elle envoyé sur place ? Se contente-t-elle uniquement d’envoyer de l’argent dans ces pays ?…

Le président de SOS Chrétiens d’Orient, Charles de Meyer, assistant parlementaire d’un député de La Ligue du Sud (en froid avec Marine Le Pen), met en avant les 1 000 volontaires envoyés « sans aucun problème » en 4 ans en Syrie, Irak, Liban et Jordanie, pour récuser les risques encourus.

« Ces volontaires sont assurés par des entreprises qui ne font pas ça par philanthropie, et après audit ».

Il réfute également avoir une lecture confessionnelle du conflit au Proche-Orient, soulignant la présence des volontaires dans des régions majoritairement sunnites.

« Il est évident que quand on rentre en Syrie, on a un rapport avec les autorités syriennes. Mais au Liban, nous travaillons avec des personnes qui sont considérées comme adversaires du pouvoir en place à Damas. Notre but est d’aider les chrétiens d’Orient à rester sur place, pas d’être les agents de qui que ce soit. »

L’association a su se signaler sur le terrain par une multitude d’actions à forte visibilité : distributions de cadeaux à Noël et de nourriture, aide à la construction d’écoles et de logements pour les réfugiés, avec publication en temps réel de compte rendu sur les réseaux sociaux. Elle a participé à la venue en Syrie, avec à la clé des rencontres avec Bachar-Al-Assad, de plusieurs députés français de diverses tendances (mais aucun FN…), comme Jean-Frédéric Poisson (PCD), Nicolas Dhuicq (LR), Jean Lassalle (alors MODEM), Bapt (PS) Thierry Mariani (LR) et Valérie Boyer (LR). Mgr Dominique Rey, évêque de Toulon, s’est également rendu en Syrie avec cette association en 2015.

Charlotte d’Ornellas, journaliste et nièce de l’archevêque de Rennes, a répondu sur Facebook aux accusations de Mgr Gollnisch :

Il est assez triste de voir Mgr Gollnish dépenser autant d’énergie à critiquer une association non pas concurrente mais complémentaire sur le terrain.  Les chrétiens d’Orient ont besoin de tout le monde, et 10 associations de plus n’y suffiraient pas encore.

Mais puisque des accusations sont formulées, il convient aussi de chercher à démêler le vrai du faux.

— Mgr Gollnish reproche régulièrement à une association qui a envoyé plus de 1000 volontaires extrêmement différents (ce que j’ai vu de mes yeux des dizaines de fois) la proximité des deux fondateurs avec le Front National, ce qui est parfaitement injuste pour les dit volontaires, leurs responsables et les fondateurs qui n’auraient pas le droit d’être charitables pour cette raison.

Il affirme qu’ « on doit éviter que la question des chrétiens d’Orient soit liée de manière partisane. » On ne peut qu’être d’accord avec cette dernière phrase.  Sauf que voilà : je n’ai jamais entendu aucune association d’aide aux chrétiens d’Orient défendre ou combattre un seul parti politique en France. C’est lui, et lui seul, qui ramène systématiquement le sujet politicien dans le débat. Et Mgr Gollnish d’ajouter : « nous devons parler aux élus, aux cabinets ministériels, mais ne pas se lier à un parti. »  Là encore, nous sommes d’accord. C’est en l’occurrence ce qu’a fait l’association incriminée en travaillant à plusieurs reprises avec des élus LR (Dhuicq, Mariani, Boyer), PCD (Poisson), PS (Bapt), Centre (Lassale)…

— Sur les « risques inconsidérés » que ferait prendre l’association à ses volontaires. Les risques existent, ils sont connus, évalués et pris sciemment par l’association comme par les volontaires. Ce que font d’ailleurs d’autres associations sans s’attirer les foudres de quiconque. Je crois qu’il est possible de se réjouir, au contraire, qu’une telle cause pousse des jeunes Français à accepter de prendre des risques. Des risques considérés, justement.

— L’accusation de complaisance à l’égard de Bachar el Assad est à son tour d’une mauvaise fois inutile… L’association entretient des relations courtoises avec le gouvernement syrien puisqu’elle agit dans le pays. Sur son discours, elle laisse la parole (sans la tronquer ni l’adapter à ce que voudrait entendre le public français) aux locaux. Il est difficile de lui en faire le reproche et Mgr Gollnish a d’ailleurs lui-même exprimé de grandes réserves à l’égard de l’opposition syrienne. Marc Fromager, de l’AED également. Rien de bien étonnant, c’est le discours unanime des prélats syriens… Mais comment répéter cette accusation inlassablement alors que cette même association travaille, dans le Liban voisin, avec des ennemis historiques du gouvernement syrien ? Cela ne tient pas : l’association travaille en bonne intelligence avec les acteurs locaux, religieux, civils ou politiques, afin d’accomplir son oeuvre et de défendre – puisque c’est son ambition – les intérêts des personnes qu’elle aide. Point barre.

— Sur le discours qui opposerait chrétiens et musulmans au Proche-Orient : où, quand, comment ?

— Sur les histoires de gros sous enfin, reprocher à une association des frais de communication “excessifs” sur son budget de première année est tout simplement de la mauvaise foi (particulièrement sale qui plus est).

Sur le terrain, les gens rencontrés saluent unanimement le travail des volontaires de SOS Chrétiens d’Orient dont ils apprécient tout particulièrement la présence. Comme ils expriment leur reconnaissance pour l’aide apportée par l’Oeuvre d’Orient ou l’Aide à l’Eglise en Détresse. Bref, quel gâchis que ce temps perdu à critiquer l’association d’à côté alors que la cause partagée mérite les efforts et la mobilisation de tous.

10 comments

  1. Abrassart

    Mgr Gollnish ferait mieux de se taire! Depuis ses critiques à l’égard de SOS Chrétiens d’Orient j’ai stoppé mes dons à l’oeuvre d’Orient!

  2. J.EFF

    Et les frais de fonctionnement de l’OE eux se montent à combien ?

    En réalité c’est l’efficacité de Mr Blanchard qu’il critique, rien de moins. C’est le modèle SOS C.C. qui leur fait perdre les pédales. trop politique ces évêques, plus assez priants.

    Qu’en aux ressources financières il est certainement bon de rappeler que les fonds ou du moins la majorité des fonds arrivant à l’oeuvre d’orient transitent ensuite par les caisses de ” Rome “, avant que d’arriver aux destinataires finaux. Si l’ont prend les frais de fonctionnements propres à l’OE et que l’ont y ajoute les frais de fonctionnement de Rome, l’on dépasse sans nul doute les 37 %. A minima 30% + 30% = 60 % !!! Si ce n’est pas plus ……….

    Qu’en a l’évêque ultra-progressiste d’Orléans, prétendant au siège de Paris, qu’il s’occupe de l’évangélisation de son diocèse !!! Compte tenu du travail non accompli, il reste beaucoup à faire ………. Ce n’est pas son ami sébastien qui me contredira !!

  3. karr

    On nous dit que les chrétiens,particulièrement les catholiques romains,représentent le premier groupe humain persécuté à travers le monde,mais les responsables religieux catholiques se comportent comme des enfants dans une cour d’école,bravo!
    Toute la hiérarchie catholique doit reconsidérer la mission que Dieu lui confie,Saint Augustin a admirablement définit la chose :”Pour vous je suis évêque,avec vous je suis chrétien”!
    Si le Seigneur ne m’avait accordé le don de la foi il me semble que je ne m’orienterai pas vers l’Eglise Romaine ,le pape Jean-Paul II a parlé de rechristianiser les pays d’ancienne chrétienté,François parle des périphéries de l’Eglise,imaginons l’effet que cela produit sur des non chrétiens et des personnes en recherche!
    Staline demandait:”Le Vatican combien de divisions?”,nous pouvons sérieusement nous demander :”l’Eglise combien de fidèles et combien de vocations?”

    • à M. Karr
      Monsieur, ne pas oublier que ce sont les hommes qui parlent et vous savez qu’ils ne sont pas parfaits… et “ne pas juger pour ne pas l’être”. Jésus a dit : “demandez et vous recevrez, frappez et l’on vous ouvrira” et c’est le principal. La foi se cherche et se cultive tous les jours, tant mieux si pour certains elle est innée mais c’est loin d’être toujours le cas. Lire l’évangile est d’un grand réconfort car tout y est amour du prochain. Bonne recherche…

  4. fg

    Le diocèse de Paris a menacé d’interdire un colloque parce que SOS Chrétiens d’Orient devait y participer.
    Au moins, ça a le mérite de la clarté: on sait qui commande.

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