L’amour n’est pas d’abord un sentiment, une émotion

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Homélie de Mgr Michel Aupetit à Dublin lors de la messe « pour la Famille » à l’occasion du Festival International des Familles, devant les pèlerins français à Dublin, samedi 25 août :

Quelle est la différence entre les scribes, les pharisiens et Jésus ?

Cela paraît simple. Les scribes et des pharisiens transmettent la Parole de Dieu.
Jésus est, lui-même, la Parole de Dieu.

La Parole de Dieu est écoutée, entendue, elle éclaire l’intelligence et elle ouvre le cœur des auditeurs. Mais quand il s’agit des scribes et des pharisiens qui n’en vivent pas eux-mêmes, la Parole devient lointaine car elle ne produit pas ses effets.

La Parole de Jésus, la Parole qu’est Jésus, est effectrice, performative comme on dit aujourd’hui. Il dit et il fait. A l’aveugle il dit : « vois » et celui-ci retrouve la vue, au paralytique : « lève-toi » et ce dernier se met à marcher. Quand il dit aussi : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie », il va jusqu’au bout de l’amour en donnant sa vie sur la croix.

Car en Dieu, la pensée, la parole, et les actes sont inséparables. C’est ce qu’on appelle le Logos.

En nous, nous savons qu’il peut y avoir une discontinuité entre la pensée, la parole et les actes. Nous pouvons être incapables de dire ce que nous pensons ou simplement mentir. Nous pouvons également affirmer bien des choses en étant incapables de les réaliser, soit par faiblesse, par pusillanimité ou par présomption. C’est notre difficulté.

Nous savons que notre vocation est d’aimer. Comme l’a rappelé le Pape saint Jean Paul II dans son exhortation apostolique sur la famille, Familiaris Consortio : « en appelant l’homme à l’existence par amour, il l’a appelé en même temps à l’amour. L’amour est donc la vocation fondamentale et innée de tout être humain ».

Notre vocation, c’est d’aimer comme Dieu aime, d’aimer en engageant sa vie, toute sa vie. C’est le cœur même de l’enseignement de l’Église sur l’amour conjugal et la famille. Mais, nous voyons, hélas, beaucoup de chrétiens portés par une société individualiste où la sincérité remplace la vérité, la fluctuation des sentiments la solidité d’un engagement, les relations éphémères la solidité d’une parole donnée.
Jésus est la Parole de Dieu, la Parole incarnée, la Parole qui se donne sans retour dans un amour inimaginable.

Et notre parole à nous ? Que vaut-elle ?

L’amour n’est pas d’abord un sentiment, une émotion, la résultante de sécrétions hormonales incontrôlables. Non, l’amour est une décision. Une décision qui engage toute la personne.

La vérité d’une parole est la vérité de la personne.

La sincérité est seulement le reflet de mes émotions ou de mon impression à un moment particulier de ma vie. Il ne suffit pas d’être sincère dans les actes que l’on pose, sinon on donne raison aux terroristes qui s’affirment sincères, eux aussi. Il ne s’agit pas d’être authentique comme un vieux meuble. Il s’agit de bâtir sa vie sur le roc d’une Parole qui nous dépasse et qui nous précède. Une parole qui nous fait entrer dans la vérité, la vérité d’un Don qui découvre la vérité de l’amour. Notre parole devient alors une parole vraiment donnée.

+Michel AUPETIT, archevêque de Paris