Islam : pour qui le prix de la naïveté épiscopale ?

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Joachim Véliocas vient de publier L’Eglise face à l’islam, entre naïveté et lucidité, et explique dans le quotidien Présent :

On est souvent heurtés par l’islamophilie ambiante dans l’Eglise, mais vous montrez qu’elle a ses racines dans Vatican II. Lesquelles, exactement ?

Dans les textes du concile, le soin a été de souligner les points communs avec l’islam (Dieu unique, références aux prophètes de la Bible, Marie…) tout en éludant ce qui pouvait nous différencier, jusqu’à reconnaître des éléments de sainteté dans les religions non chrétiennes. Aussi, des expressions des Pères de l’Eglise utilisées avant la naissance de Mahomet, telles que « rayons de vérités » et « semences de verbes » (saint Justin) et la notion de « préparation évangélique » (Eusèbe de Césarée) ont été associées à l’islam dans un anachronisme malencontreux. Beaucoup de prélats interprètent le passage « Le dessein du Salut enveloppe […] en tout premier lieu les musulmans » de Lumen Gentium comme une raison de penser que le Salut est équitablement accordé aux bons musulmans comme aux bons catholiques. A partir de là, on comprend que le délégué aux relations avec les musulmans du diocèse de Lyon, Christian Delorme, écrit dans un livre pourquoi il ne veut pas convertir les musulmans.

Le Concile Vatican II, non content d’avoir vidé les églises, contribuerait maintenant à remplir les mosquées : ce raccourci vous paraît-il brutal ?

Oui, je ne partage pas votre avis, ce qui a vidé les églises selon moi est l’appauvrissement liturgique, la désacralisation de l’atmosphère durant la messe, et la niaiserie des chants actuels. Quand les musulmans entrent dans une mosquée, ils s’agenouillent et ne conversent pas à voix haute comme dans les églises actuelles où on se croirait avant un spectacle. Un chrétien tiède ne peut plus ressentir le sacré de la Présence réelle, il délaisse l’obligation dominicale considérant que cela est plus adapté aux enfants. Par contraste, l’atmosphère des mosquées « fait plus sérieux » pour un esprit en recherche de Dieu.

On entend souvent les évêques vanter les « valeurs morales » de l’islam. Pourtant un examen rapide ou approfondi ne montre-t-il pas certaines différences fondamentales avec les nôtres ?

Le fait de répudier sa femme est tout à fait moral en islam, de même que de lui interdire de sortir non accompagnée. Les châtiments physiques sont moraux car ils seraient l’application de la justice divine : tuer les couples non mariés, tuer l’apostat, tuer celui qui ose dire que Mahomet est un méchant. Comme l’a écrit le cardinal Carlo Maria Martini (1927-2012) dans son texte important Nous et l’islam : « on peut se demander s’ils ont le même sens des droits de l’homme et de la notion de droit ».

La naïveté pourrait être corrigée par l’intelligence. Mais on est confondu par la méconnaissance profonde de l’islam des prêtres et des religieux qui sont chargés du « dialogue », qui va de pair avec leur ignorance du parcours de leurs interlocuteurs pourtant salafistes ou fréristes. Comment expliquez-vous que des prétendus spécialistes soient aussi peu préparés ?

La direction de la Conférence épiscopale française nomme le directeur du Service national des relations avec les musulmans (SNRM), sans autre critère que de choisir parmi les plus engagés dans le dialogue, et donc forcément, les plus engagés sont les plus islamophiles. Aucun prêtre n’est islamologue, donc ceux qui décident du jour au lendemain de prendre ces responsabilités vont prendre pour argent comptant toutes les déclarations de bonnes intentions des Frères Musulmans et autres salafistes. Quand le père Vincent Feroldi, actuel directeur du SNRM, est capable de dire qu’il est « inapproprié de parler de persécutions de chrétiens en juillet 2014 » au Proche et Moyen-Orient, en sa qualité d’« historien » , sans se faire reprendre au Collège des Bernardins (octobre 2017), on comprend que le degré de méconnaissance est très inquiétant. Aucun évêque n’ose « casser l’ambiance » en demandant de faire le ménage parmi les préposés du service diocésain, dont la sœur Colette Hamza à Marseille pour qui le Coran « est une Parole de Dieu, transmise par Muhammad, qui, habité d’un charisme prophétique, a vécu une expérience profonde de Dieu ». On ne sait pas bien si les délégués au dialogue ne seraient pas musulmans au plus profond d’eux-mêmes.

Nous ne passerons pas en revue les faits et prises de parole des évêques français – votre livre est là pour cela. Si vous deviez remettre le prix de la naïveté épiscopale, à qui irait-il ? Mgr Dubost ? Mgr Dagens ? Mgr Cattenoz ? Mgr Vingt-Trois ? Ou un autre, car il y a le choix…

Mgr Dubost pourrait détenir la palme, lui qui, abonné des congrès des Frères Musulmans de l’UOIF, écrit dans un livre (Catholiques, Musulmans, une fraternité critique, Médiapaul, 2014) « Je ne connais pas de musulmans qui traduisent le mot Jihâd par la guerre sainte. » Alors qu’une des stars des congrès de l’UOIF où il vient en ami, Hani Ramadan, a écrit : « Le monde musulman est en ébullition. Cette force peut et doit être orientée vers un Etat islamique, un Etat appliquant le Coran et la Sunna. (…) Les musulmans ne retrouveront jamais leur bonheur perdu s’ils ne reviennent pas au jihad et ne cherchent pas à établir un Etat Islamique. » (Hani Ramadan, Sermons du vendredi, rappels et exhortations, éditions Tawid, 2011, page 465.)

Les évêques préfèrent une mosquée plutôt qu’une fondation du Barroux (en Alsace en 1999), et toujours les musulmans au Rassemblement national, parti qui représenterait un « danger ». C’est la « haine de soi » appliquée au domaine religieux ?

Peut-être, il est vrai que l’ancien archevêque de Strasbourg, Mgr Joseph Doré (1997-2006), a rappelé dans un livre son rôle de facilitateur pour le projet de Grande Mosquée à Strasbourg, et son soutien à l’extension du concordat à l’islam (Pourquoi j’aime tant l’Alsace, éditions La Nuée Bleue, 2014) permettant des financements publics. Aussi, dans une homélie de juillet 1999, il a été capable dans la même minute de dire pourquoi il soutenait le projet de mosquée et pourquoi il refusait une fondation sœur du Barroux avec l’explication : « il était préférable, tant pour la concorde ecclésiale que pour le calme public, de ne pas donner suite ». L’ordre public ira-t-il en se calmant dans la ville avec la Grande Mosquée qui reçut le ministre des Affaires religieuses de l’Arabie Séoudite en novembre 2015, cousin du Mufti du royaume de la même tribu des Al Ash-Sheikh qui s’est prononcé pour la destruction des églises dans la Péninsule arabique ? Aussi, la Grande Mosquée de Strasbourg avait invité un cheikh syrien pour former ses cadres dont les écrits poussent au jihâd offensif (cheikh Al Bouti en 2018).

Vous donnez bien des exemples d’évêques courageux face à l’islam, mais hors de France (à part Mgr Lefebvre, mais il est mort en 1991). Comment expliquez-vous cette spécificité française ?

Les évêques français sont tétanisés par les éditorialistes médiatiques et les associations « droit-de-l’hommistes ». C’est la même disposition d’esprit anticipant les réactions du « camp du Bien » qui les a découragé à dénoncer audiblement la loi Veil, à descendre dans la rue avec la Manif Pour Tous. Passer pour des « racistes » est leur hantise. Etant donné que dans le logiciel de la bien-pensance, critiquer l’islamisation fait partie du registre raciste, ils ne veulent pas « faire le jeu du FN ».

L’islamophilie est toute-puissante chez les non moins puissantes éditions assomptionnistes Bayard, qui s’honorent d’avoir, avant tout le monde, publié un certain Tariq Ramadan. Quels autres titres caractéristiques retenez-vous de leur catalogue ?

Chaque année ils publient des Frères Musulmans ou leurs défenseurs. On a eu droit l’année dernière à un livre de Othmane Iquioussen, imâm UOIF d’Escaudain, fils de Hassan qui, lui, soutient la restauration du califat par les Frères Musulmans et nie le génocide arménien. Un Dictionnaire de l’islamophobie fut édité en 2013, écrit par Kamel Meziti, qui a souffert d’un refus de l’Education Nationale à être titularisé dû à son engagement. Ce dernier dénonce comme « islamophobes » Boualem Sansal et Kamel Daoud, et interroge dans son livre des Frères Musulmans comme l’imâm Larbi Kechat ou les animateurs du CCIF.

Egorgement du Père Hamel, attaques d’églises plus fréquentes qu’on ne l’imagine – sans parler des autres attentats qui visent les « Croisés » en général : voyez-vous venir un réveil des évêques français ou, au contraire, un entêtement dans le déni de réalité ?

Certains sont peut-être réveillés, mais jamais ils ne prendront la parole pour réclamer l’arrêt de l’immigration musulmane ou demander l’expulsion des imâms étrangers de l’UOIF et des salafistes. La LICRA avait poursuivi Mgr Lefebvre qui demandait de ne pas autoriser les constructions de mosquées, cela a servi d’exemple. Nos évêques, sur l’échelle du courage, sont au niveau de François Bayrou, qui en privé est aussi très conscient du défi de l’islamisation, si vous me permettez la comparaison.