Il est nécessaire de faire confiance aux jeunes, mais pas de façon démagogique

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Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France en Martinique, David Macaire est le plus jeune évêque de France. Présent au synode, il répond à un entretien dans La Vie. Extrait :

Il reste une semaine avant la fin du synode, qu’est-ce qui émerge dans votre groupe comme point fort ?

L’importance de la communauté. Le désir d’une Église plus familiale et de familles plus ecclésiales. La nécessité de faire confiance aux jeunes, mais pas de façon démagogique. Certaines interventions comportaient des éléments un peu démagogiques, comme si écouter les jeunes voulait dire qu’ils avaient la science infuse sur tout ! Il est aussi beaucoup question de comment faire vivre l’échange entre générations pour permettre la transmission d’un héritage, la tradition de l’Église, qui est tout sauf figée. La tradition est quelque chose de vivant. Il s’agit donc de transmettre un héritage en le faisant évoluer pour qu’il en reste toujours la substantifique moelle. L’image de la pirogue a été évoquée : les jeunes rament, donne la vigueur, et l’ancien donne l’orientation ! Et puis émerge aussi l’exigence de qualité des jeunes. S’ils aiment autant les stars de foot c’est qu’ils recherchent l’excellence… Cette excellence, nous pouvons la proposer à travers des figures de saints ! La figure des prêtres est également importante pour eux. Ils réclament des prêtres disponibles, pas des managers qui administrent. Et aussi des prêtres exemplaires.

Vous évoquez l’importance de la communauté et des paroisses… Mais la réalité dans bon nombre de paroisses en France, ce sont des assemblées dominicales vieillissantes et des prêtres fatigués !

L’Église a le savoir faire. Elle sait créer du dynamisme aux JMJ, dans les petits groupes, dans les aumôneries, les patronages, dans les écoles chrétiennes, elle sait être dans des endroits où on a besoin d’elle. Pourquoi la paroisse ne sait-elle pas le faire ? Je pense que ça part du fameux cléricalisme dont parle le pape, et qui ne concerne pas que le prêtre. C’est toute l’Église qui est cléricalisée dans le mauvais sens du terme… On a fait reposer sur le prêtre tous les ministères. Aujourd’hui on lui demande d’être à la fois d’être le chef d’établissement, le gestionnaire, le professeur, l’accompagnateur. D’où le burn out, la vie impossible et l’isolement. Cela ne va pas. Il est temps de revenir à une Église où les prêtres sont des curés d’Ars ou des « Benjamin Bucquoy », comme le héros de Monsieur le curé fait sa crise de Jean Mercier. Qu’ils retrouvent l’essentiel de leur sacerdoce, ce pour quoi ils ont donné leur vie : accompagner des gens – en plus, c’est ce que les jeunes demandent ! –, visiter les pauvres, les familles, célébrer, prier, prêcher, enseigner, partir en pèlerinage avec les fidèles ! Et non pas s’épuiser en réunions. C’est pour cela que les prêtres donnent leur vie. Et ce n’est pas parce qu’on s’habille en civil qu’on sort du cléricalisme, mais quand on est au milieu d’une « communauté de disciples missionnaires », comme dit le pape François.

Sauf que, concrètement, le prêtre qui se retrouve face à une assemblée dominicale de quinze personnes de plus de 80 ans, comment fait-il pour créer une communauté de disciples de missionnaires ?

Je ne suis pas un spécialiste, mais il se trouve que j’ai vécu cette situation. J’étais vicaire dans une paroisse à Bordeaux où il y avait une quinzaine personnes à la messe. La plus jeune avait la cinquantaine et tous les autres plus de 70 ans. L’organiste avait 83 ans et la dame qui faisait chanter, 85. Cette communauté-là, à cause de sa réduction, avait réussi à être une vraie petite communauté. Les gens venaient à la messe tous ensemble, et le jeudi ils étaient là tous les quinze pour accueillir les pauvres du quartiers. Comme dans le Festin de Babette. On faisait un groupe biblique, on riait, c’était notre petit truc. Et moi je débarque, jeune vicaire, et ils étaient tellement accueillants et fraternels, que je n’avais aucun souci à inviter des jeunes, des couples, des migrants… Je n’avais pas honte d’inviter des gens ! C’étaient eux qui remplissaient l’Église. Car cette simplicité de l’amour est bouleversante. Voilà un message d’espoir immense pour les communautés françaises qui se sont appauvries. Il est inutile d’attendre d’être 300 pour se dire qu’on est une communauté. Parfois, les églises sont pleines, il y a 2000 enfants au caté, le curé est entouré d’équipes super efficaces, qui savent parfaitement organiser les choses, mais entre eux ils ne savent pas faire Église.

Très bien, mais comment construit-on des liens entre les personnes ?

De deux façons. On ne peut pas s’aimer dans une communauté de 800 personnes, car on ne se connaîtra pas. Trop nombreux, on est assis sur des bancs et on vient à la messe comme on va au supermarché. On se gare à la meilleure place, la plus proche de l’église, et on se fiche de la jeune famille qui arrive en retard avec ses enfants et qui doit marcher des kilomètres… On ne pourra pas accueillir les pauvres à 300, parce qu’on sera dans de l’industriel. Il faut des petites communautés : des communautés de quartier, des groupes à l’intérieur des paroisses, etc. Et il ne faut pas que ça dépasse 20-40 membres. Ensuite, il faut des gestes forts. L’eucharistie en est un, mais c’est un geste presque trop fort. Il faut des dîners dans les quartiers, entre paroissiens. Il faut que le prêtre visite ses paroissiens. Qu’il connaisse la réalité de leur vie. Il passe cinq minutes ou plus dans les maisons, où il débarque, comme Jésus. Un des moments de ma vie où j’ai basculé au service de l’Église, c’est le jour où papa m’a dit que le prêtre passerait le soir. J’avais 10 ans et demi et je voulais savoir si je pourrais servir la messe le dimanche. J’étais terrorisé à l’idée qu’il me dise non et bien sûr il a été trop content ! Mais il est venu chez moi et ça a tout changé. […]