Le suivisme constitue une caractéristique fondamentale du comportement de bien des pasteurs catholiques

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Nous avons des lecteurs inspirés en ce moment… Voici une autre réflexion :

Voici une tentative de mise en avant d’un autre regard susceptible de faire comprendre, le moins mal possible, l’ampleur et la portée de la “crise de l’Eglise”.

A. Il existe en effet une manière, qui n’est pas mauvaise, de faire comprendre l’ampleur et la portée de cette crise, et qui consiste à prendre le “contre-pied” de telle perception habituelle, plus ou moins répandue dans l’Eglise, sur un ensemble et une succession d’événements importants.

B. Ainsi, ce qui est très révélateur sur la nature et la profondeur de la crise que le catholicisme inflige à lui-même, notamment depuis que quelques philosophes et quelques théologiens catholiques, porteurs d’un complexe d’infériorité intellectuelle ad extra, ONT DECIDE de ne pas laisser le bénéfice de la philosophie allemande aux philosophes allemands et le bénéfice de la théologie protestante libérale aux théologiens protestants libéraux,

– ne figure pas uniquement dans la publication des lettres encycliques de Pie XII, Mediator dei et Humani generis, qui ont été publiées, respectivement, en 1947, puis en 1950,

mais

– réside également dans le fait qu’il y ait eu aussi peu de réception docile, féconde, fidèle, loyale de ces lettres encycliques, dès la fin des années 1940, et jusqu’à la fin des années 1950.

C. De même, ce n’est pas uniquement le fait que nous ayons eu droit, à l’automne 1964 puis à l’automne 1965, à la troisième puis à la quatrième session du Concile, telles qu’elles se sont déroulées, mais c’est aussi le fait que nous ayons eu droit à aussi peu de vigilance et de résistance catholiques, orthodoxes et réalistes, au contact et au moment de ces deux sessions, qui en dit assez long sur l’ampleur et la portée de la crise.

D. De même encore, ce n’est pas uniquement le fait que nous ayons eu droit, respectivement et successivement, à “l’esprit du Concile”, à partir de 1965, puis à “l’esprit d’Assise”, à partir de 1986, puis à “l’esprit de l’Evangile”, à partir de 2013, mais c’est également le fait qu’il y ait eu aussi peu de critique, argumentée et documentée, explicite et spécifique, de chacun de ces trois “esprits”, depuis l’intérieur de l’Eglise catholique, respectivement à partir du milieu des années 1960, puis à partir du milieu des années 1980, puis à partir du début des années 2010, qui en dit assez long sur la toile de fond intellectuelle et psychologique qui contribue pleinement à l’ampleur et à la portée de la crise que subit et traverse l’Eglise.

E. De même, et enfin, ce qui est très préoccupant et révélateur, sur l’ampleur et la portée de cette crise de l’Eglise, n’est pas uniquement que nous ayons eu droit à la publication de l’exhortation apostolique Amoris laetitia, en 2016, mais est également que nous ayons eu droit au courage, à la franchise, à la fidélité et à l’intégrité d’un aussi petit nombre de cardinaux, notamment face au chapitre VIII de cette exhortation apostolique du pape François, le “qui ne dit mot consent” de presque tous les autres cardinaux étant aussi inquiétant que l’exhortation “A L”, en tant que telle.

F. Mais après tout, près de vingt ans auparavant, en 1986, quand “l’esprit d’Assise” a commencé à se manifester, sous l’impulsion de Jean-Paul II, combien de cardinaux, combien d’évêques ont eu la capacité, orthodoxe et réaliste, de réactiver, en eux, et de rappeler, autour d’eux, le contenu de la lettre encyclique de Pie XI, Mortalium animos, publiée en 1928, et qui a condamné “l’esprit d’Assise” près de soixante ans à l’avance ?

G. A partir de là, comment ne pas finir par penser que, au sein de l’Eglise, cela fait déjà plusieurs décennies et, en tout état de cause, plus d’un demi-siècle, que le suivisme constitue une caractéristique fondamentale du comportement de bien des pasteurs catholiques, au contact de telle manifestation de “conciliation”, entre ce qui devrait pouvoir être inspiré par l’Evangile du Ressuscité et ce qui est inspiré par l’évolution des mentalités, ou de “conformation” de ce qui devrait pouvoir être inspiré par l’Evangile du Ressuscité à ce qui est inspiré par l’évolution des mentalités ?

H. Et à partir de la même analyse et de la même appréciation sur le même ensemble ou la même succession d’événements importants, puisque la conciliation ou la conformation va presque toujours dans la même direction, et a presque toujours la même signification, dans l’esprit de ses artisans ou du point de vue de ses partisans, comme ne pas finir par penser que nous ne sommes pas avant tout en présence d’une crise d’adaptation pastorale, “en surface”, de l’Eglise catholique, face à son environnement extérieur, mais que nous sommes avant tout en présence d’une crise d’orientation doctrinale, “en profondeur”, de l’Eglise catholique, ou plutôt de bon nombre d’hommes d’Eglise, sinon de la plupart d’entre eux ?

I. Quels sont les principaux traits de caractère que l’on a la possibilité de remarquer, de repérer, au contact de cette crise d’orientation doctrinale ?

Qui ne voit que le christianisme catholique contemporain fonctionne fréquemment en s’en remettant à des tendances, ou en se soumettant à des tentations, aucune de ces tendances ou de ces tentations n’étant imaginaire, comme la tendance, “pastorale”, à ne plus condamner et à ne plus définir, et la tendance à ne plus distinguer, clairement et fermement, entre ce qui est porteur d’orthodoxie et ce qui est propice à de l’hétérodoxie ?

Comment ne pas penser aussi aux tendances ou aux tentations propices à une certaine forme d’anti-normativisme, dans le domaine de la liturgie et des sacrements, et à un certain type d’anti-principialisme, dans le domaine des fondements et du contenu de la doctrine, dans le domaine de la morale et/ou en matière sociale ?

Comment ne pas voir que, tant que ces tendances ou tentations auront l’importance et l’influence qu’elles ont acquises, dans les faits, dans l’Eglise, tout “recentrage”, en théologie dogmatique, dans la liturgie, en théologie morale, dans les sacrements, sera souvent imaginaire ou incantatoire ?

Et comment ne pas voir que le refus ou, en tout cas, la réticence de bien des hommes d’Eglise qui, encore aujourd’hui, ne veulent pas préciser, ou plutôt rappeler, que les catholiques qui (se) disent, en substance, que moins on est catholique, d’une manière orthodoxe, et plus on est chrétien, d’une manière authentique, ou que moins on est culturellement catholique, et plus on est spirituellement chrétien (comme si le fait d’avoir une culture religieuse vraiment respectueuse des fondements et du contenu du catholicisme constituait un obstacle à la vie chrétienne !), commettent une grave erreur d’analyse et d’appréciation sur l’aptitude d’une culture religieuse pleinement catholique à contribuer à une vie vraiement chrétienne ?

Ainsi, J’espère que ce qui précède est en mesure de bien faire comprendre, le moins mal possible, que la “crise de l’Eglise”, qui a commencé à se manifester dès 1945, est non seulement une crise qui découle de l’élaboration puis de l’utilisation d’une nouvelle orientation doctrinale, ou programmatique, mais aussi une crise qui découle de la diminution puis de la marginalisation, au sein de l’épiscopat, des “forces de rappel”, orthodoxes et réalistes, susceptibles de faire preuve d’un esprit de vigilance et de résistance théologales, face à l’irénisme sentimental et face à l’utopisme partenarial qui font souvent office de pastorale.