Dans une société en crise, oser se rencontrer

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Lettre de Mgr Habert, évêque de Séez :

Dans une société en crise, oser écouter et rencontrer,  oser prendre la parole !

Depuis le mois d’octobre, je poursuis la belle aventure de la visite pastorale du monde rural, temps heureux de belles et vraies rencontres. Je n’avais pas prévu qu’elle se déroulerait avec en toile de fond « la crise des gilets jaunes ». Le 11 décembre dernier, les évêques de France expliquaient, combien cette crise était « révélatrice d’un malaise très profond et très ancien », aux enjeux « autres que conjoncturels ».

Au fil des semaines, grâce aux dix thématiques de cette visite du monde rural, bien en prises avec la réalité, je suis témoin des difficultés et des inquiétudes sur l’avenir. Je pense spécialement à des problématiques qui rejoignent celles des « gilets jaunes » : l’isolement, les fins de mois compliquées, le manque de considération et d’avenir… Je rencontre aussi bienheureusement des hommes et femmes qui, avec audace, relèvent les défis. Je suis témoin de l’engagement de nombre d’élus de proximité. Les chrétiens ont toute leur place dans ces réalités.

Ce qui me frappe, au cours des soirées ouvertes à tous, c’est combien l’encyclique du pape François Laudato si’ rejoint les préoccupations de beaucoup. Elle se révèle précieuse pour ouvrir des chemins au cœur de cette crise que traverse notre société. Elle invite à une conversion de nos modes de vie. Je suis aussi marqué par le fait que les quelques rudiments de la doctrine sociale de l’Eglise, exposés rapidement, touchent les personnes qui, bien souvent, veulent aller plus loin.

Le 6 décembre dernier, évêques de Normandie, nous invitions au dialogue pour sortir de « l’engrenage de la violence » et nous encouragions « les chrétiens, les hommes et femmes de bonne volonté à participer à tout débat ». La Conférence des évêques de France, invitait de même à « susciter, partout où ce sera possible, des groupes d’échanges et de propositions, en invitant très largement d’autres personnes, partageant ou non notre foi ». La démocratie « manque de lieux d’échange et de réflexion » pouvant permettre « des suggestions positives élaborées ensemble ».

Ces appels ont été relayés dans nos communautés chrétiennes. Des équipes pastorales ou des mouvements ont pris le temps d’un échange sur cette crise ; des chrétiens participent aux rencontres initiées dans le cadre du grand débat voulu par le président de la République.

Par ce message je tiens à vous lancer un double appel :

  • Je vous encourage à participer à ces débats. L’enseignement social de l’Eglise nous offre de précieux repères pour le service de l’homme et de la société. C’est un véritable service que nous pouvons (devons) rendre à la société que de les présenter. Je pense spécialement au respect et à la dignité de la personne humaine, à la recherche du bien commun ou encore à la destination universelle des biens. Vous trouverez sur le site de notre diocèse, une fiche qui présente les grands principes de cette doctrine sociale de l’Eglise. Des formations seront proposées dans les mois qui viennent.
  • Je vous invite aussi à vivre des temps de partage en communauté chrétienne. Nous avons besoin de mener une réflexion spécifiquement chrétienne sur ces évènements. En ce domaine le texte du conseil permanent du 11 décembre est très pertinent. Vous le trouverez également en lien sur le site du diocèse.

Dans l’Evangile, Jésus nous explique que si nous ne sommes pas du monde, nous sommes bien dans le monde. Il ne nous est pas indifférent d’entendre les cris de nos contemporains. Nous en partageons certains. Au nom de notre foi, nous devons prendre la parole. Il ne s’agit pas de vouloir donner des leçons, mais de témoigner d’une espérance.

Que l’Esprit nous inspire les bonnes attitudes, nous suggère les réponses les plus ajustées et nous donne l’audace du témoignage. N’hésitez pas à faire remonter les expériences que vous vivrez. Dans la confiance je vous renvoie au texte de La joie de l’Evangile dans laquelle le pape François nous invite à aller aux périphéries.