Profanations : le négationnisme de Mgr Pontier

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Tandis que deux nouvelles églises viennent d’être profanées, à Naintré et à Conches-sur-Ouche, Mgr Pontier déclare dans Le Point :

Il faut donc distinguer les vraies profanations des actes imbéciles, pour nos sites chrétiens. Nous parlons de profanations quand les grands symboles de notre foi sont touchés : les croix, les hosties consacrées dans les tabernacles… Ensuite, il faut connaître les intentions des auteurs autant que possible. Sur ce sujet, nous adoptons une posture raisonnée. Nous ne voulons pas développer un discours de persécutions. Nous n’avons pas le désir de nous faire plaindre. Le judaïsme est porteur dans son histoire d’une lutte continuelle contre des groupes antisémites. Nous, les catholiques, aujourd’hui en France n’avons pas à affronter de telles violences au quotidien !

Vous ne partagez donc pas le diagnostic, porté notamment par Laurent Wauquiez et Éric Ciotti, sur l’existence actuellement en France d’une « cathophobie » ?

Non. Des individus se servent de tout pour abîmer l’Église, mais ce n’est pas un phénomène dominant. Nous ne sommes pas victimes de « cathophobie » ! Une évolution culturelle a modifié le rapport entre la religion et l’organisation de la vie en société, voilà le point. Je ne vois pas quels faits permettent à ces politiques de tenir un tel discours. Un chrétien vit ce qu’il a à vivre, à la manière du Christ et non en profitant d’aubaines pour stigmatiser. Il ne serait pas bon de rentrer dans une problématique qui ressemblerait à une prise de pouvoir sur les autres.

Dans le même entretien, l’archevêque de Marseille indique à propos des abus sexuels :

J’ai passé vingt ans de ma vie d’évêque sans connaître de telles affaires ni en percevoir la perversité. Je n’aurais pas imaginé que des prêtres auraient pu se livrer à des actes aussi ignobles que l’on peut qualifier parfois, pas toujours, de crimes.

Espérons qu’il n’attende pas 20 ans pour découvrir la christianophobie de notre pays…

Interrogé sur le livre L’Archipel français (Seuil), de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinions de l’Ifop, qui diagnostique une France entrée dans « une ère postchrétienne », il répond :

Cette hypothèse donne à penser… Un ensemble de signes montrent que nous avons changé d’époque dans les pays occidentaux et notamment en Europe. Auparavant, en France notamment, la société civile s’organisait par rapport aux repères chrétiens. Ce temps est fini, comme on l’a vu lors des débats sur le mariage pour tous. Nos sociétés sont devenues plurielles sur le plan religieux, y compris dans le monde chrétien, où des sensibilités différentes s’expriment, je pense en particulier à l’évangélisme protestant. Mais il y a aussi un monde athée qui se signale dans l’espace public. Nous vivons un moment où la vie chrétienne n’est plus un comportement automatique ou héréditaire, mais un choix personnel, et un choix que l’on effectue souvent à l’âge adulte. Il ne faut pas se lamenter de cette évolution : le nombre de catéchumènes de plus de 18 ans dans notre pays est en légère augmentation chaque année depuis une décennie…

Tout va donc très bien Madame la Marquise…

De fait, ce n’est plus « la matrice catholique » qui oriente de manière forte la vie en société. Mais, paradoxalement, le religieux reste très présent. Dans les débats, les positions des croyants ne sont pas occultées. Ce ne sont pas eux qui imposent la législation, mais les réflexions des groupes religieux, en amont, sont possibles et entendues.

La révision des lois de bioéthique en cours depuis plus d’un an risque-t-elle d’accentuer cette dislocation de « la matrice catholique »  ?

Tout va dépendre du respect des états généraux qui ont eu lieu sur ces questions. Il y a eu de belles contributions des groupes religieux. Mais nous avons eu aussi un avis du comité consultatif national d’éthique assez surprenant. Au cours de nos débats, une majorité s’est exprimée pour la prudence sur la PMA, et au final, les rapporteurs ont adopté une posture plutôt favorable, comme si les positionnements idéologiques prenaient le dessus sur la réalité des échanges. Maintenant, force est de constater que le législateur n’est plus inspiré par l’éthique chrétienne. Nous allons devoir poser des choix de vie qui sont différents de ceux promus par la culture dominante et autorisés par la loi. Je pense qu’à l’avenir, l’objection de conscience sera plus fréquente dans la vie quotidienne, notamment dans le monde médical, non seulement en ce qui concerne l’avortement, mais aussi à propos des manipulations génétiques ou le travail sur les embryons. Avant, l’objection de conscience s’exprimait sur les armes ; aujourd’hui, c’est par rapport aux questions d’éthique de vie.

Sur l’islam, cela est également désolant d’absurdité :

Nous, non-musulmans, sommes prompts à y [le voile] voir un signe religieux ostentatoire. Les musulmans sont partagés ; mais pour les connaisseurs de l’islam, porter un tel hijab n’est pas une nécessité. Avant de nourrir la polémique, il serait bon d’écouter ce débat entre eux. Nous sommes dans une période où l’islam se cherche encore une place dans la société française, et, depuis les événements terroristes, la peur et les réactions passionnelles prédominent. En l’occurrence, pour ma part, qu’une femme porte un hijab pour courir ne me gêne pas, mais qu’elle le mette pour me recevoir à la préfecture, je ne suis pas d’accord.