Synode sur l’Amazonie : pour le cardinal Brandmüller, l’Instrumentum Laboris est hérétique

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L’Instrumentum Laboris, le document de travail sur le futur synode des évêques sur l’Amazonie, provoque, depuis qu’il a été publié, de nombreuses réserves et critiques. Il faut reconnaître que sa seule lecture provoque le malaise chez les catholiques qui ont encore un peu de doctrine et quelques connaissances historiques. Un nouveau coup vient de lui être asséné par un texte très critique du cardinal Walter Brandmüller que vient de publier Sandro Magister sur son blogue Settimo Cielo et que Diakonos.be a traduit en français.

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Introduction

On peut vraiment trouver étonnant que, contrairement aux assemblées précédentes, cette fois le synode des évêques s’intéresse exclusivement à une région du monde où la population représente à peine la moitié de celle de la ville de Mexico, soit 4 millions d’habitants.  Ce qui contribue d’ailleurs à éveiller des soupçons quant aux véritables intentions qui sont à l’œuvre en coulisses.  Mais il faut surtout se demander quels sont les concepts de religion, de christianisme et d’Église qui sont à la base de l’Instrumentum Laboris publié récemment.  C’est ce que nous allons examiner en nous appuyant sur des extraits du texte.

Pourquoi un synode dans cette région ?

Avant tout, on est en droit de se demander pourquoi un synode des évêques devrait se pencher sur des thèmes qui – comme c’est le cas pour les trois quarts de l’Instrumentum laboris – ne concernent que marginalement les Évangiles ou l’Église.  De toute évidence, il s’agit de la part du synode des évêques d’une ingérence agressive dans les affaires purement temporelles de l’État et de la société du Brésil.  On pourrait se demander ce que l’écologie, l’économie et la politique ont à voir avec le mandat et la mission de l’Église.

Et par-dessus tout : en quoi un synode ecclésial des évêques est-il compétent pour formuler des déclarations dans ces domaines ?

Si le synode des évêques s’aventurait vraiment sur ce terrain, il sortirait alors de son rôle et ferait preuve alors d’une présomption cléricale que les autorités civiles seraient en droit de rejeter.

Sur les religions naturelles et l’inculturation

Sur cela, il faut garder en tête un autre élément que l’on retrouve à travers tout l’Instrumentum Laboris : l’évaluation très positive que l’on fait des religions naturelles, y compris des pratiques de guérison indigènes et tout ce qui s’en suit, y compris des pratiques et des rites mythico-religieux.  Dans le contexte de l’appel à l’harmonie avec la nature, on y parle même de dialogue avec les esprits (n° 75).

Ce n’est pas seulement l’idéal du « bon sauvage » tel que Rousseau et les Lumières l’ont esquissé que l’on compare ici à l’homme européen décadent.  Ce courant de pensée se poursuit bien plus loin dans le temps, jusqu’au tournant du XXe siècle où il culmine en une idolâtrie panthéiste de la nature.  Herman Claudius (1913) a composé l’hymne du Mouvement des Travailleurs Socialistes : « Quand nous marchons côte à côte… », dont un couplet dit ceci : « Verts bouleaux et vertes graines, voyez comment la vieille Mère Nature sème à pleines mains, avec un geste de supplication pour que l’homme devienne sien… »  Il est intéressant de noter que ce texte a été ensuite recopié dans le livre de chants des Jeunesses hitlériennes, probablement parce qu’il correspondait au mythe national-socialiste du sang et du sol.  Cette proximité idéologique est remarquable.  Ce rejet antirationaliste de la culture « occidentale » qui insiste sur l’importance de la raison est caractéristique de l’Instrumentum Laboris, qui parle respectivement au n° 44 de « la Terre-Mère » et du « cri des pauvres et de la terre » (n° 101).

Par conséquent, le territoire – c’est-à-dire les forêts d’Amazonie – y est même déclaré être un locus theologicus, une source singulière de la révélation de Dieu.  Il y aurait en son sein les lieux d’une épiphanie où se manifeste la réserve de vie et de sagesse pour la planète, une vie et une sagesse qui parle de Dieu (n° 19).  Entretemps, la régression qui en découle du Logos au Mythos est érigée en modèle de ce que l’Instrumentum Laboris qualifie d’inculturation de l’Église.  Le résultat est une religion naturelle recouverte d’un mince vernis chrétien.

La notion d’inculturation y est ici virtuellement dénaturée, étant donné qu’on lui fait dire le contraire de ce que la Commission Théologique Internationale a présenté en 1988 et de ce qu’a enseigné avant elle le décret Ad Gentes de Vatican II sur l’activité missionnaire de l’Église.

Sur l’abolition du célibat et l’introduction d’un sacerdoce féminin

Il est impossible de masquer que le « synode » vise surtout à mettre en œuvre deux projets auquel on tient beaucoup et qui n’ont jamais été mis en œuvre jusqu’à présent : l’abolition du célibat et l’introduction d’une prêtrise féminine – en commençant d’abord par le diaconat féminin.  Quoi qu’il en soit, il s’agit de « tenir compte du rôle central que les femmes jouent aujourd’hui dans l’Église amazonienne » (n° 129a).  D’une manière similaire, il s’agit à présent « d’ouvrir nouveaux espaces qui s’ouvrent pour la création les nouveaux ministères adaptés à ce moment historique.  Il est temps d’écouter la voix de la région amazonienne… » (n° 43).

On oublie cependant de mentionner que, dernièrement, Jean-Paul II aussi avait affirmé avec la plus haute autorité magistérielle qu’il n’est pas dans le pouvoir de l’Église de conférer les ordres sacrés aux femmes.  En effet, en deux mille ans, l’Église n’a jamais administré le Sacrement de l’Ordre à une femme.  La demande qui va aujourd’hui dans la direction opposée montre que le mot « Église » est maintenant employé comme un terme purement sociologique de la part des auteurs de l’Instrumentum Laboris, ce qui revient à nier le caractère sacramentel et hiérarchique de l’Église.

Sur la négation du caractère sacramentel et hiérarchique de l’Église

De la même manière – quoique sans s’y attader – le n° 127 renferme une attaque directe contre la constitution hiérarchique et sacramentelle de l’Église, quand on s’y demande s’il ne serait pas opportun de « reconsidérer la notion que l’exercice de la juridiction (le pouvoir de gouvernement) devrait être lié dans tous les domaines (sacramentel, judiciaire et administratif) et de façon permanente au sacrement de l’Ordre. »  C’est à partir de cette vision erronée qu’ensuite (au n° 129) on appelle à la création de nouveaux offices qui correspondraient aux besoins des peuplades amazoniennes.

Cependant, c’est dans le domaine de la liturgie et du culte que l’idéologie d’une inculturation mal comprise s’exprime d’une manière particulièrement spectaculaire.  Certaines formes issues des religions naturelles y sont adoptées positivement.  L’Instrumentum Laboris (n° 126e) ne se prive pas d’exiger que les « peuples pauvres et simples » puissent exprimer « leur (!) foi à l’aide d’images, de symboles, de traditions, de rites et d’autres sacrements » (!!). »

On est très loin des enseignements de la Constitution Sacrosanctum Concilium et de ceux du décret Ad Gentes sur l’activité missionnaire de l’Église, et cela démontre une compréhension purement horizontale de la liturgie.

Conclusion

Summa summarum : L’Instrumentum Laboris charge le synode des évêques et en définitive le Pape d’une grave violation du Depositum fidei, avec pour conséquence une autodestruction de l’Église ou bien la transformation du Corpus Christi mysticum en une ONG civile avec un mandat écologico-socialo-psychologique.

Après ces observations, plusieurs questions se posent : y a-t-il, surtout en ce qui concerne la structure sacramentelle et hiérarchique de l’Église, rupture décisive avec la tradition apostolique qui est constitutive de l’Église ou les auteurs ont-ils plutôt une notion du développement de la doctrine qui serait défendue théologiquement pour justifier les ruptures susmentionnées ?

Cela semble bien être le cas.  Nous assistons à un nouvel avatar un Modernisme classique du début du XXe siècle.  À l’époque, on a commencé par une approche résolument évolutionniste avant de soutenir l’idée qu’au développement de l’homme vers un niveau supérieur correspondrait également des niveaux supérieurs de conscience et de culture susceptibles de faire en sorte que ce qui était faux hier peut être vrai aujourd’hui.  Cette dynamique évolutionniste est appliquée à la religion, c’est-à-dire à la conscience religieuse et à toutes ses manifestations dans la doctrine et dans le culte et naturellement aussi à la morale.

Cependant, cela présume d’une compréhension du développement du dogme qui serait en opposition totale avec la compréhension catholique authentique.  Cette dernière conçoit le développement du dogme et de l’Église non pas comme un changement mais plutôt comme un développement organique du sujet qui demeure fidèle à sa propre identité.

C’est ce que les deux conciles du Vatican nous enseignent dans les constitutions Dei Filius, Lumen Gentium et Dei Verbum.

Il faut donc à présent affirmer avec force que l’Instrumentum Laboris contredit l’enseignement impérieux de l’Eglise sur des points essentiels et qu’il doit donc être considéré comme hérétique.  Dans la mesure où le fait de la révélation divine y est remis en question, ou mal comprise, il faut en plus également parler d’apostasie.

Cela se justifie d’autant plus à la lumière du fait que l’Instrument Laboris recourt à une conception purement immanentiste de la religion et qu’il considère la religion comme étant le résultat et la forme d’expression de l’expérience spirituelle personnelle de l’homme.  L’emploi de termes et de notions chrétiens ne peut masquer que ceux-ci ne sont utilisés que comme des coquilles vides, malgré leur sens originel.

L’Instrumentum Laboris pour le synode sur l’Amazonie constitue une attaque contre les fondements de la Foi, d’une manière qu’on n’aurait jamais cru possible jusqu’ici, et il doit donc être rejeté avec la plus grande fermeté.

19 comments

  1. Del Aguila

    Et pour conclure c’ est le pape François qu’ il faut jeter avec la plus grande fermeté de son siège !
    Comment voulons-nous être “crédibles” nous tous fidèles de l’ Église quand un pape est aussi ridicule ?
    L’ habit ne fait pas le moine mais il y contribue.
    Avec – pour ne voir que cette photo du pape – ce “chapeau” de “sauvage” sur la tête – on dirait qu’ il a une soucoupe volante sur la tête. Enfin… tout s’ explique – comment ne pas penser que les chinois en le voyant aussi indignement coiffé – entre autre – tuent les catholiques ridiculisés par leur “Chef” ?
    Le ridicule tue.
    Dehors Vatican II.
    dehors rite ordinaire : dehors la boîte de nuit.
    Arrête. Le Coeur de Jésus est là !
    OUI : oui au rite extraordinaire : oui à la messe en latin : lumière du monde !
    Au secours Mgr Lefèbvre ! Au secours Saint Padre Pio et don Luigi Villa ! Au secours cher Saint curé d’ Ars ! Au secours tous les Catholiques qui sont au Ciel ! Au secours Saints er Saintes de Dieu ! Au secours Sainte Mère de Dieu et sa milice céleste ! Priez priez pour nous Vierge Marie et tout le Ciel et intercédez pour nous afin que le Père Éternel aident ses Fils tels que les cardinaux Burke et Brandmüller à “nettoyer” le Temple de Dieu.
    Les morts saints sont là ils ne nous quittent pas…c’ est vrai.

  2. Del Aguila Marie-Louise

    Jésus est entré dans le Temple et il a tout cassé.
    Et les gilets jaunes et catholiques : la Sainte colère : que font-ils ?
    Même s’ exprimer ils ne le peuvent pas. Ils sont censurés..comme moi.
    Merci.
    Le martyr est silencieux…

  3. Courivaud

    Bien.
    Et maintenant combien de cardinaux pour venir au soutien du cardinal Brandmueller ?

    On notera l’ironie glaçante (cela fait du bien en cette période de fortes chaleurs) du cardinal allemand évoquant Claudius cette figure du socialisme allemand, devenu adepte du ,,Blut un Boden” à l’avènement (!) de Hitler et honoré par W. Brandt à sa mort.
    Si seulement le pape François pouvait, dans son enthousiasme de pacotille pour les bons sauvages, se relire un peu de temps en temps et tirer moins vite que son ombre.
    Mais je crains qu’il ne soit trop tard pour l’Eglise visible : nous nous plaignons mais….tant mieux ! à la Baule, il y aura une messe tradi sur notre lieu de villégiature préféré cet été…

  4. Jacques Castelli

    Évangile de saint Matthieu chapitre 11 verset 13 à 15:
    “Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean.
    Et si vous voulez comprendre, lui-même est Élie qui DOIT venir.
    Que celui qui a des oreilles entende !”

    message de l’apparition de la Sainte Vierge Marie à “La Salette” en 1846:

    http://www.a-c-r-f.com/documents/Ste_Vierge_MARIE_1846_La_Salette.pdf

    Extrait du message de la Sainte Vierge à “La Salette” :

    “L’Église sera éclipsée, le monde sera dans la consternation.
    Mais voilà Enoch et Élie remplis de l’Esprit de Dieu ;
    ils prêcheront avec la force de Dieu, et les hommes de bonne volonté croiront en Dieu, et beaucoup d’âmes seront
    consolées;
    ils feront de grands progrès par la vertu du Saint-Esprit et condamneront les erreurs diaboliques de
    l’antéchrist.”

    Réjouissez-vous car Elie est revenu ! https://www.youtube.com/watch?v=8NRkVvyOG6I

  5. BETIS

    Sujet intéressant, mais mauvais traitement.
    Beaucoup de sous entendus, pas de réellescitatilbs du texte de l’instrumentum (en langue originelle + proposition de traduction).
    Nous ne sommes pas dans une analyse objective mais dans de la pure polémique.
    Pas très évangélique non plus….

  6. à Jacques Fauchille,

    pour paraphraser une chanson en vogue dans les années 68, on pourrait dire :

    “si Rome s’effondre,

    “si Rome s’effondre,

    “où êtes vous,

    Gherard (Müller), et Robert (Sarah)

    Ray ay -ay Mond (Burke… et plus encore les 115 cardinaux qui préfèrent se taire plutôt que de se montrer de vrais cardinaux) ?

    “ne m’attendez pas”

    Non, nous ne les attendrons pas. Rome peut brûler et ce n’est pas aux fidèles d’aller jouer les pompiers d’un jour, car ils ne sont pas payés pour faire ce travail.
    Et puis en 410, Rome a brûlé, et à nouveau en 455, et qui se rappelle ce qu’en a dit saint Augustin ?

  7. à Bétis,

    et bien, si ce commentaire ne vous plaît pas (vous êtes difficile, il me semble), il a au moins le mérite d’exister.
    Maintenant, si vous voulez du “haut de gamme” (le “Barnes” ou le “Hallmark” du journalisme), apprenez l’italien et lisez par exemple ceci :

    http://blog.messainlatino.it/2019/06/il-cardinale-brandmuller-definisce.html

    ou encore :
    http://www.ilgiornale.it/news/cronache/cardinale-sul-documento-pre-sinodo-eretico-e-apostatico-1717656.html

  8. Évangile Saint Matthieu 19/12: “il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels en vue du Royaume des Cieux” . Première épître aux Corinthiens 7/32 : L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur. Celui qui s’est marié a souci des affaires du monde , des moyens de plaire à sa femme” . ,Un proverbe dit: on ne peut pas aller au four et au moulin

  9. Deo gratias

    @Rascol… Vous savez, cher ami, à 5 mn à pied de chez moi il y a une chapelle de la FSSPX, à 30 mn en voiture un monastère bénédictin traditionaliste Ecclesia dei, à une heure en voiture une église d’une ville moyenne a été confiée à l’ICRSP… Et il y a 12 ans uniquement que le motu proprio Summorum P a été promulgué. Je vous laisse deviner ce qu’il en sera dans 20 ans à l’âge de ma retraite professionnelle. Alors je laisse les morts enterrer leurs morts. Il n’y a rien d’autre à faire. Je me demande aussi ce que vous pensez de ceux qui se sont opposés aux papes scandaleux de la Renaissance. Savait-il mieux que le pape simoniaque et assassin et impudique ce que voulait l’Esprit Saint ? Mais ces propos ne servent à rien, absolument à rien, un peu comme si je disais à un drogué à l’héroïne : “c’est pas bien ce que tu fais !” Une dépendance physique et psychique. Comme la votre. Au diable ! C’est pourquoi toutes les fois que je rencontre l’un des votres, je cite toute suite une parole du catéchisme de l’Eglise catholique, et il fuit à toutes jambes, comme fuit le diable dès qu’il entend une parole d’exorcisme.

  10. L’Instrumentum Laboris n’est pas et ne peut en aucun cas porter le sceau de l’infaillibilité pontificale. Il n’est qu’un simple document de travail et à ce stade le Cardinal Brandmüller est parfaitement dans son rôle d’en démontrer le caractère hérétique voire aspostatique.
    Que les théologiens patentés qui pourraient s’en offusquer reprennent les arguments du cardinal un par et exposent leur vacuité. On leur souhaite bonne chance.
    Je crains malheureusement que la tactique habituelle du mépris appuyé par un silence souverain à chaque fois que des critiques argumentées ont été émises contre le Vatican par des membres éminents de l’Eglise Catholique, ne soit encore une fois appliquée au document du pauvre Cardinal.

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