Victor Scribe
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L’islam peut-il rendre l’homme heureux ?
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Dans un petit livre, en format de poche et même « mini », Annie Laurent, spécialiste de l’islam, s’intéresse à une question qui n’a été que peu abordée jusqu’ici : la vision islamique de l’homme, au sens générique du terme.

Trois chapitres scandent son étude : « L’identité de l’homme » ; « La vocation de l’homme » et, enfin,«  La destinée de l’homme ». Son approche s’appuie tout au long de son étude sur les sourates du Coran et sur une mise en parallèle avec les positions chrétiennes, et spécifiquement catholiques.

Il en ressort clairement une vision d’enfermement de l’homme islamique. La conclusion d’Annie Laurent  sur ce point est très claire : il existe un fossé entre l’anthropologie de l’islam et l’anthropologie chrétienne qui a largement imprégnée l’Europe et l’Occident et continue de le faire, même si nous assistons actuellement à un assaut contre cette conception de l’homme.

Loin donc d’en appeler à une union des religions monothéistes (terme qui brouille plus qu’il ne clarifie le débat), Annie Laurent conclue sur l’impossibilité de voir coexister deux systèmes de valeurs aussi étrangers l’un à l’autre. Elle termine son petit livre par une longue citation – à méditer – de Charles de Foucault, extraite d’une lettre à René Bazin, vision prophétique s’il en est :

Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui. D’une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s’y opposent ; avec certains il y a des accomodements ; avec l’un, celui du “Medhi”, il n’y en a pas : tout musulman (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi) croit qu’à l’approche du jugement dernier le Medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l’islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non-musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l’islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s’il est soumis à une nation non musulmane, c’est une épreuve passagère ; sa foi l’assure qu’il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l’engage à subir avec calme son épreuve ; « l’oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s’il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération », disent-ils.

Toute la citation serait à lire. Le mieux est donc d’aller lire ce mini-volume de poche (Artège, 80 pages, 6,90€), de l’offrir, de le répandre, de le donner, de ne surtout pas le garder pour soi. 

Le génie et le cloître
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C’est un vrai bonheur que de savoir que l’on redécouvre Mère Geneviève Gallois et son œuvre à la fois picturale et spirituelle. À vrai dire, Mère Geneviève Gallois n’a jamais été inconnue ou abandonnée, d’un nombre indéterminé d’admirateurs, souvent inconditionnels, au rang desquels je suis.

Louis Chaigne, Julien Green, Noël Alexandre et d’autres ont permis à la moniale bénédictine d’être connue à travers le monde. La publication en 1954 de son Petit Placide a touché des milliers d’âme qui ont trouvé ainsi un chemin de vie spirituelle. Ce fut le cas de Cathérine Marès qui publie aujourd’hui chez Nouvelle Cité (192 pages, 20€) une biographie spirituelle et artistique de mère Geneviève Gallois.

À l’occasion du cinquantenaire de sa mort, elle trace le portrait de cette religieuse exigeante, au trait particulièrement viril, qui souffrit énormément dans sa vie de religieuse, mais qui sut consacrer son art et son talent à Dieu, à travers une œuvre très diverse, des dessins reproduisant la vie au sein du monastère jusqu’aux vitraux de l’abbaye de Limon en passant par le Petit Placide.

L’auteur termine par une comparaison avec sainte Thérèse de Lisieux, une comparaison osée, tant Mère Gallois semble l’exact opposé de la sainte du carmel normand. Et, pourtant ! Quelel virilité aussi chez Thérèse quand elle n’est pas enfouie sous un amoncellement de roses.

Le Génie et le cloître, selon le titre du livre, résume bien la tension vécue par cette âme de feu, plongée par choix et par vocation, dans un univers bénédictin. 

Histoire des ordres religieux
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Professeur d’histoire moderne à l’université Jean Moulin–Lyon 3, directeur du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes, Bernard Hours vient de publier aux PUF une « Que sais-je ? » passionnant sur les ordres religieux.

Cette Histoire des ordres religieux (128 pages, 9,20€) est un petit précis fort bien fait, synthétique comme le veut la ligne éditoriale de la célèbre collection et suffisamment documenté pour donner une première idée sur le sujet traité.

Dans son introduction, il rappelle la distinction classique entre monachisme, qui s‘applique au en sens strict à la vie érémitique et cénobitiques régies par une règle – le bénédictin en étant le modèle sinon parfait du moins le plus connu –, et les religieux, incluant du coup une multitude de familles religieuses très différentes. C’est d’ailleurs le sens canonique, qui selon l’auteur se justifie moins d’un point de vue anthropologique. Il étend donc pour sa part l’objet de son étude jusqu’à la vie consacrée. De ce fait, le champ de son travail va jusqu’aux communautés nouvelles du XXe siècle.

On saluera le défi relevé par l’auteur qui, des origines – disons, les Pères du désert – jusqu’à aujourd’hui, donne un excellent aperçu de la vie religieuse catholique, à travers les fondations, les crises et les développement. 

Le Silence de Dieu
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Pour la première fois en France, semble-t-il, vient d’être traduit un livre du philosophe espagnol Rafael Gambra (1920-2004), à l’initiative de l’équipe de la revue Catholica, menée de main de maître par Bernard Dumont. Il était prévu à l’origine aux éditions de L’Age d’Homme qui l’affichent toujours sur leur site

Ce livre, au titre sobre et puissant – Le Silence de Dieu –  (Artège, 142 pages, 14,90€) paraît d’ailleurs dans une collection des éditions Artège qui, sous le titre incolore de « Philosophie politique »,est tout simplement dirigée par Bernard Dumont, son fils Gilles et Christophe Reveillard. La ligne éditoriale de la collection est ainsi formulée :

« La philosophie politique nourrit la réflexion sur la manière d’assurer le bien commun. Du constat de la confusion entourant les principes et des conflits qui en résultent est né le besoin de clarifier les concepts et de provoquer de véritables débats de fond ».

Y aura-t-il débat de fond, comme l’attendent les directeurs de la collection ? Faisons confiance, à ce sujet, à l’expérience et aux habitudes du premier d’entre eux pour que, ici ou là, soient suscitées des rencontres et des échanges.

Ancien combattant de la Guerre civile espagnole, professeur de philosophie à l’université de Madrid, carliste et proche de Mgr Lefebvre, membre de la Cité catholique dans sa version hispanisante et de la revue Verbo qui lui est liée (d’une grande tenue intellectuelle) Rafael Gambra est notamment connu en Espagne pour ses livres, Breve historia de la Filosofía  et La historia de la filosofía en esquemas.

L’ouvrage que propose les éditions Artège est d’un abord plus facile pour le grand public bien que d’une argumentation très serrée. Écrit en 1967, il entre en discussion avec les intuitions d’auteurs contemporains (Saint-Exupéry, Ionesco, Kafka, Koestler) et offre une analyse de l’effondrement contemporain de la société à laquelle la philosophie classique serait capable de répondre et, au-delà, l’Église catholique.

Rafael Gambra, malgré le diagnostic sévère qu’il dresse de l’effondrement occidental, n’en estime pas moins qu’il serait dangereux de verser dans le désespoir :

« car l’eschatologie concrète fait partie des secrets de Dieu, et bien que nous devions admettre la possibilité de la fin du monde, et même les signes qui l’annoncent, nous n’avons pas à compter sur elle ni à la situer nécessairement à notre époque, étant donné que, créatures de Dieu, nous avons notre mission à remplir au temps qu’il nous a imparti dans sa souveraine liberté. »

Le roman de Charette
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C’est un fort et beau livre que vient de publier Philippe de Villiers. Homme politique, il est aussi le fondateur du spectacle du Puy-du-Fou et du Grand parcours attenant, qui ne cesse de s’enrichir, année après année, de nouveaux spectacles.

On avait un peu oublié qu’il était aussi un magnifique conteur (15 livres au total), ce que nous redécouvrons dans sa belle évocation de Charette. Avec la vie du chef vendéen, c’est aussi sa région, son « pays » comme on disait naguère, que fait vivre Philippe de Villiers.

Mais ne nous y trompons pas. S’il a choisi d’évoquer l’histoire de François-Athanase Charette de la Contrie, c’est certainement que parmi les chefs vendéens il trouve dans cette figure nombre de points communs, de partage de fougue et d’idées, à travers le temps. Le genre adopté le dit assez par lui-même, puisque Philippe de Villiers a choisi de donner la vérité de l’Histoire à travers des mémoires imaginaires du chevalier.

C’est le portrait d’un résistant qui se dégage et la dénonciation d’un régime terroriste, la matrice totalitaire d’où est sortie l’actuelle République. Une lecture captivante qui mérite que l’on se laisse prendre par le ton de la romance et la beauté de la figure évoquée. En avant, marche ! (Albin Michel, 476 pages, 22€)

Le malentendu islamo-chrétien
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Le Père Edouard-Marie Gallez est l’un des spécialistes français de l’islam et ils ne sont pas si nombreux. Je veux évidemment parler des vrais spécialistes, qui ont réellement travaillé leur sujet, de manière scientifique, n’hésitant pas à y sacrifier de longues années.

Dans ce nouveau livre, Le malentendu islam-chrétien (Salvator, 222 pages, 21€), il s’attache à élucider la question du dialogue entre les chrétiens et l’islam, lequel a pris une mauvaise voie, en raison d’une incompréhension manifeste de la part des Occidentaux de ce qu’est l’islam, incompréhension qui pourrait avoir une de ses racines dans la coupure qu’il y a eu entre la chrétienté occidentale et la chrétienté orientale, directement confrontée au contexte et à la réalité de l’islam.

Pour l’auteur, la clef de compréhension se situe dans le fait que l’islam n’est pas seulement une religion parmi d’autres, mais qu’il est un postchristianisme. Historiquement, explique le Père Gallez, Mahomet lui-même « ne fut aucunement impliqué dans l’histoire du Coran : si son nom y figure cinq fois (…), c’est en vertu du rôle de “messager” que la légendologie islamique fui a fait jouer ».

Mais son approche n’est pas seulement historique. L’auteur conclut sur la nécessité d’aborder le phénomène islamique théologique. Il écrit à ce sujet : « la raison d’être de l’islam ne peut pas être saisie autrement : l’islam a été et reste fondamentalement une entreprise messianiste de “salut” du monde ». Autant dire qu’il dénonce les instances de dialogue qui ont fabriquée une image irréelle de l’islam, laquelle fut fabriquée par la théologie des religions. Plus gravement, il met en garde :

 Actuellement,  le religion islamique n’est plus simplement un système de soumission-domination à ressort victimaire – ce qu’elle a toujours été ; elle est devenue aussi un outil géostratégique aux mains de pouvoirs financiers, dont on sait l’emprise sur la planète. 

Jean Fontenoy de Philippe Vilgier
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Étrange et passionnant livre (Jean Fontenoy, Via Romana, 364 pages, 25€), ou, plus exactement, itinéraire, que nous présente Philippe Vilgier, docteur d’État en science politique, spécialiste en histoire du syndicalisme et en droit social. J’avoue que je ne connaissais de Jean Fontenoy que son nom, et encore très vaguement, incapable de le situer avec précision sur la carte des engagements politiques et littéraires.

Il faut dire que ce journaliste et écrivain, né en 1899 et mort en 1945, ne nous facilite guère la tâche et c’est pouquoi il est heureux de trouver en Philippe Vilgier un guide expérimenté dans l’exploration des destins et des parcours originaux.

Il faut d’ailleurs du souffle pour suivre Fontenoy que l’on trouve aussi bien en Chine qu’en Russie soviétique, dans les imprimeries des quotidiens parisiens que volontaire sur le Front de l’Est, marié en première noce à une juive roumaine avec laquelle il divorce (mais qu’il aidera pendant la guerre) pour épouser ensuite l’aviatrice Madelaine Charnaux. Drame de cette vie où l’espoir a fini par gagner, Jean Fontenoy se suicide en 1945, dans un Berlin en flamme.

Philippe Vilgier offre ici une biographie très équilibrée, qui ne verse pas dans la facilité des images faciles et réductrices, mais creuse en profondeur la connaissance de son personnage, témoin du drame du XXe siècle et des tentations totalitaires. 

Versailles, ordre et chaos
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L’âge classique fut-il seulement un temps d’harmonie, de lignes épurées, de régularité ? Dans un nouveau livre, Michel Jeanneret bouscule quelque peu cette conception habituelle du classicisme. On pourrait craindre le pire, en le voyant s’abriter, le temps de l’emprunt d’un mot – celui de « Chaosmos » – derrière Joyce.

En fait, la thèse de Michel Jeanneret, pour étonnante qu’elle soit, constitue une défense intelligente du classicisme qui ne signifie pas et n’a jamais signifié, de fait, l’endormissement et la torpeur. Il y a une vitalité et une force de l’harmonie et de la régularité. Il y a une raison aussi de son existence, qui se trouve dans la maîtrise de l’animalité, dans la lutte contre la violence.

À ce titre, l’art classique est une sorte d’exorcisme des pulsions les plus basses de l’homme et de la nature, que le péché originel a plongé dans une sorte de chaos. Cette démonstration, Michel Jeanneret la déploie tout au long d’un magnifique album consacré à Versailles, son château, ses jardins, la Cour (Versailles, ordre et chaos, Gallimard, Bibliothèque illustrée des Histoires, 376 pages, 38€). Un album magnifiquement illustré et qui est aussi, on l’a compris, un essai vigoureux et engagé, intelligent également.

« La grandeur de l’art classique, écrit l’auteur, est qu’il n’efface pas l’horreur, mais l’intègre. Il ne nie pas l’adversaire, mais, l’absorbant et le transformant, en tire une occasion de bien-être. » Notre époque fait l’inverse. La laideur ne sert pas à magnifier la beauté, mais, au contraire, à l’envelopper au point de la faire disparaître. Un signe évident, non seulement de décadence, mais plus encore de désespoir. 

Guide lecture de Vatican II
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La maison d’édition Artège propose aux lecteurs une collection de livres intitulée Guide de lecture des Textes du Concile Vatican II. Ainsi, j’ai sous les yeux un Guide de lecture de Sacrosanctum Concilium, sur la liturgie, et un Guide de lecture de Dei Verbum, sur la Révélation.

L’initiative est louable et on aurait bien aimé que les éditeurs la soufflent à l’oreille des membres de la curie romaine. Car, à vrai dire, malgré la bonne orientation de l’ensemble, ce type d’ouvrages souffre de n’être qu’un commentaire de plus – et il en existe déjà des milliers – sur les textes du Concile.

Or, on aimerait, on souhaiterait, on attend, que, au regard des querelles et disputes, polémiques et excommunications prononcées au nom du Concile ou contre le Concile, que le magistère de l’Église, seul compétent en la matière, donne la véritable interprétation magistérielle de ces textes. Pour beaucoup de points, ce n’est toujours pas le cas. Les normes édictées ont également parfois été bafouées par ceux-là même qui les avaient votées. Le commentaire donné ici au passage de Sacrosanctum Concilium sur la langue latine nous apprend ainsi seulement que le latin a été déclaré langue liturgique et que des exceptions étaient prévues. Le commentaire nous explique ensuite l’évolution qui a renversé la norme au profit des exceptions.

Mais nous le savions depuis longtemps et si nous ne le savons pas, nous le subissons depuis longtemps. Ce que nous voulons, c’est un texte du magistère qui dise clairement si l’exception est devenue la norme et le principe, l’exception. On ne le trouvera pas dans ce livre, car malgré sa bonne foi, l’auteur n’en n’a pas le pouvoir.

Un auteur dont nous ne savons d’ailleurs rien, qui n’est présenté dans aucun volume, dont nous ignorons les compétences – plus à l’aise, semble-t-il en liturgie –, un parfait inconnu donc, de bonne intention, mais inconnu quand même.

Après quelques recherches sur Internet, il semblerait qu’il s’agisse – mais sans certitude – de don François-Régis Moreau, de la communauté Saint-Martin. Un gage donc de fidélité au magistère dans cette vision herméneutique de la continuité voulue par Benoît XVI, qui à le souci légitime de vouloir éviter la rupture avec la Tradition mais qui a tendance le plus souvent, dans ses applications concrètes, à esquiver les vraies difficultés. 

Le Hobbit annoté
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Les mordus de l’œuvre du catholique Tolkien attendent certainement avec impatience la sortie au cinéma de l’adaptation pour le grand écran de Bilbo le Hobbit qui devrait sortir le 12 décembre prochain. En attendant, ils pourront lire l’histoire de Bilbo Sacquet dans Le Hobbit annoté (466 pages, 25€) que viennent de publier les éditions Christian Bourgois Editeur.

Un album magnifique qui comprend notamment les annotations du texte par Douglas A. Anderson, fruits de plusieurs années de recherche, mais également la reproduction de plusieurs documents d’époque.

Le Hobbit fut le premier livre publié par J.R.R. Tolkien, en 1937. Il avait destiné cette histoire à ses enfants et le succès dépassa ce petit cercle, au point que cette histoire est aujourd’hui considérée comme un classique de la littérature jeunesse.

Les annotations de Douglas A. Anderson s’adressent plutôt à un public adulte, avide de savoir l’origine des noms retenus par Tolkien, de comprendre les implications de cette histoire, ses rapports avec Le Seigneur des anneaux ou, encore, d’en connaître les péripéties éditoriales. Les dessins contenus à l’intérieur reproduisent ceux de différentes éditions de plusieurs pays. On trouvera également dans cette édition, deux appendices dont L’Expédition d’Erebor qui raconte l’expédition de Bilbo du point de vue de Gandalf. Pour les passionnés !

L’autre visage d’Edmond Michelet
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Il existe sur Edmond Michelet, ancien résistant et déporté à Dachau, une lourde équivoque., Ce ministre du général De Gaulle est souvent considéré comme une grande figure du christianisme social, un véritable saint dans le siècle. C’est ainsi qu’il est connu du grand public et souvent présenté par ses défenseurs au premier rang duquel Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun. Un procès en béatification est même ouvert. Or, une partie de la vie d’Edmond Michelet, notamment pendant la fin de la Guerre d’Algérie, semble témoigner d’une conduite peu compatible avec la charité chrétienne, notamment envers les défenseurs de l’Algérie française.

Les voix qui se sont élevées pour rappeler la vérité à ce sujet n’ont pas été entendues. Bernard Zeller, qui a eu accès aux archives du secrétariat de la Présidence de la République, tente dans L’autre visage d’Edmond Michelet (Via Romana, 294 pages, 19€) d’éclairer les différentes facettes de ce personnage qui apparaît bien plus complexe et engagé qu’on ne pouvait le croire.

Partisans ou adversaires de cette béatification devront désormais prendre connaissance de cette enquête qui dépasse de beaucoup la remise en cause du personnage sur la seule base de son comportement vis-à-vis des partisans de l’Algérie française. Le livre bénéficie d’une préface de Michel Déon.

Un Manuel d’Histoire pas comme les autres…
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La question de l’enseignement de l’Histoire à l’école, du primaire au lycée, est aujourd’hui pratiquement à la Une de tous les journaux, rentrée oblige. D’après nos informations, le Figaro Histoire s’apprêterait d’ailleurs à publier un important dossier sur le sujet.

Mais si dénoncer le mal, c’est bien ; le réparer, c’est encore mieux. C’est pourquoi on attachera une particulière importance au Manuel d’Histoire de France publié par l’Œuvre scolaire Saint-Nicolas et réalisée par Anne de Mezeray.

Paru en juillet 2011, ce manuel d’Histoire a rencontré un véritable succès et il a déjà connu plusieurs réimpressions. Récemment, l’éditeur est allé plus loin en proposant une nouvelle édition, « enrichie des remarques des lecteurs et utilisateurs ainsi que d’un nouveau chapitre d’actualisation, le chapitre final (74e) consacré à “La France en crise” qui couvre la période 1970 – mai 2012. » Rappelons au passage le principe de ce véritable manuel scolaire :

Chaque chapitre, au plan très détaillé, comprend un développement, un résumé, des photos en couleur, les dates à retenir ainsi que des textes de l’époque. Et 19 cartes inédites permettant de mieux situer les événements.

 Le Manuel d’Histoire de France  s’ouvre sur une préface de Jacques Heers  et un avant propos de Philippe Conrad.

On peut commander à la librairie en ligne, Livres en famille.

Ci-dessous, l’exemple d’une page du manuel : 

 

Roger Nimier et l’esprit Hussard
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On aura tendance en ce moment à réduire les éditions Pierre-Guillaume de Roux à l’affaire Richard Millet… Comme toujours, un éditeur n’est pas réductible à un seul écrivain et les éditions Pierre-Guillaume de Roux ont publié et publient bien d’autres ouvrages.

Parmi ceux-ci, un volume collectif, dirigé par l’excellent Philippe Barthelet et par Pierre-Guillaume de Roux en personne et entièrement consacré à Roger Nimier et à l’esprit Hussard. Il y a cinquante ans, l’auteur du Hussard bleu se tuait au volant de son Aston Martin, enterrant définitivement un talent qui ne demandait qu’un peu plus d’ans et de maturité.

On a glosé à l’envie sur un Nimier prince de la désinvolture et le présent ouvrage prend en quelque sorte le contre-pied de cette affirmation facile. Il y avait chez Nimier, bien caché, derrière une facilité d’écriture et de jeu d’esprit bien davantage, une véritable conception de la vie, nourrie aux meilleures sources classiques et chrétiennes. Auteurs d’hier, écrivains et journalistes d’aujourd’hui s’entrecroisent dans ce volume qui ressuscite à sa manière – et chez le fils même de son concepteur – les Cahiers de l’Herne de la grande époque. Nommer toutes ces plumes dépasserait le cadre de ce billet. Disons seulement qu’il n’y a ici aucune complaisance envers l’image fabriquée par Bernard Franck qui a réussi à neutraliser spirituellement – dixit les maîtres d’œuvre de ce recueil – Nimier, en l’élevant au rang d’un chef d’école littéraire.

Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et l’esprit Hussard, sous la direction de Philippe Barthelet et Pierre-Guillaume de Roux, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 252 pages, 27,50€

 

Thomas More par Bernard Cottret
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Bien qu’il ne soit pas lui-même de confession catholique, Bernard Cottret, spécialiste de l’Angleterre, professeur émérite à l’Université de Versailles Saint-Quentin, vient de consacrer tout un livre à la belle figure de saint Thomas More (Tallandier, 404 pages, 24€). On hésite un peu à qualifier cet ouvrage, à la fois biographie et étude de la pensée de Thomas More telle qu’elle se révèle dans ses différents essais, au premier rang duquel apparaît le célèbre De l’Utopie.

Homme de la Renaissance, modèle de l’humaniste tel qu’il émerge au sortir du moyen âge, Thomas More apparaît dans ce livre comme un être bien plus complexe qu’on aurait pu le penser. Juriste, ayant renoncé à la vocation religieuse, il se consacra aux belles-lettres, devint l’ami fidèle d’Erasme et surtout fut un fidèle serviteur du roi Henri VIII. Peu à peu, il monta dans la hiérarchie du conseil royal, jusqu’à devenir lord chancelier. Cependant, cet homme apprécié du roi d’Angleterre, qui mena une vigoureuse guerre contre l’hérésie protestante, aussi bien dans ses écrits que dans certaines décisions d’ordre judiciaire, ne soutint pas le monarque dans son désir de divorce. Pour être resté jusqu’au bout fidèle à son conscience, il monta sur l’échafaud le 6 juillet 1535.

On regrettera certainement dans ce livre une approche parfois protestante de l’Église catholique, malgré le souci d’honnêteté que l’auteur essaye d’avoir. D’une certaine manière, cela lui rend Thomas More difficilement compréhensible, même si par ailleurs il ne cache pas son admiration pour cette destinée et s’il essaye de faire la part des choses. En revanche, la fidélité de Thomas More au catholicisme ressort bien ainsi que le fait qu’il fut un saint laïc dans le monde de son temps. 

Éducation et instruction selon saint Thomas d’Aquin
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La Faculté libre de philosophie comparée, mieux connue sous ses anciennes initiales d’IPC, anime une collection d’ouvrages philosophiques d’orientation thomiste aux éditions Parole et Silence. Dans le cadre de cette collection vient de paraître un livre du père Léo J. Elders, un des plus grands spécialistes de saint Thomas au monde et un homme d’une grande humilité.

Il aborde dans ce nouvel ouvrage la question de l’enseignement et de l’éducation selon saint Thomas d’Aquin (Éducation et instruction selon saint Thomas d’Aquin, Parole et Silence/Presses universitaires de l’IPC, 158 pages, 17€), en partant de la grande crise que subit aujourd’hui l’enseignement des Humanités.

L’auteur utilise, selon l’usage anglo-saxon, le terme d’éducation libérale au sens des arts libéraux et l’on peut regretter que l’éditeur ou le responsable de la collection n’ait pas ajouté une note explicative à ce sujet. Il reste que cette réflexion, menée derrière saint Thomas d’Aquin, est passionnante et mérite d’être prise en compte par tous les éducateurs.

Certains chapitres dépasseront peut-être l’intérêt des parents en raison de l’objet bien spécifique qu’ils traitent. Je pense notamment au chapitre III sur « la formation scientifique selon Thomas d’Aquin » ou, surtout, au chapitre V sur « les méthodes à employer dans l’enseignement des sciences » et au chapitre VI sur « la méthode suivie dans la composition de la Somme théologique ». Pour le reste, tout éducateur, philosophe ou non, trouvera matière à réflexion, voire, si nécessaire, à inflexions. Le grand mérite du père Elders est de reprendre le thème abordé naguère par Jacques Maritain, mais en se mettant davantage sous la lumière de saint Thomas, dans une perspective moins large et moins ambitieuse également.

 

Jean Deuve de Christophe Carichon
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Christophe Carichon est un jeune historien de talent, doublé d’un écrivain clair et précis, qu’il faut absolument suivre. Docteur en Histoire contemporaine, cet ancien scout unitaire de France s’est spécialisé dans l’histoire du scoutisme et des mouvements de jeunes (et, plus largement, celle de l’éducation) ainsi que dans l’histoire de l’intransigeantisme catholique. Chercheur associé au Centre de recherche bretonne et celtique (Université de Brest), il est aussi spécialisé dans l’histoire de la Bretagne ou des thèmes au confluent de ces différents centres d’intérêt. Il a notamment publié un livre passionnant, Scouts et Guides en Bretagne (Yorann Embanner) et aux éditions Artège, un non moins passionnant, Une vie offerte. Agnès de Nanteuil (1922-1944).

Il semble que ce jeune historien ait pris goût au genre biographique. Il publie ce mois-ci chez Artège Jean Deuve (296 pages, 18,90€), du nom de cet officier des renseignements militaires, ancien scout lui aussi, forcément peu connu du grand public en raison de l’aspect discret de son engagement.

Un véritable héros, qui aurait pu inspirer Michel Menu quand il lança les Raiders-Scouts et qui préféra étrangement prendre modèle chez les Anglais, avec la figure de Wingate. De la France au Laos, en passant par l’Afrique et le SDECE pendant les années 1970-1980, Christophe Carichon retrace donc la vie d’une figure hors du commun, qui méritait assurément de sortir des oubliettes. 

Les expulsés
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Un livre à la fois passionnant et tragique va paraître bientôt aux éditions Flammarion (511 pages, 26€). Il raconte une tragédie inconnue, sur laquelle les démocraties occidentales, enveloppées dans la bien-pensance, jetèrent un voile pudique, fruit de leur collaboration avec l’Union soviétique. L’auteur de ce livre décisif, par ce qu’il dévoile enfin plus de soixante ans après les faits, est R.M. Douglas, professeur d’histoire contemporaine à l’université Colgate (New York). Son livre est actuellement en cours de traductions dans plusieurs pays.

Le sujet de cet ouvrage ? Entre 1945 et 1947, un transfert de population à grande échelle a eu lieu en Europe. Il n’était pas le fruit des nazis, vaincus, mais des démocraties occidentales, plus exactement britanniques et américains, et de leurs alliés soviétiques. Des millions d’Allemands, vivants jusqu’ici en Tchécoslovaquie, en Hongrie et en Pologne, furent expulsés de leurs foyers et envoyés en Allemagne. Entre 12 et 14 millions de personnes furent concernées, principalement des femmes et des enfants. 500 000 d’entre eux moururent dans les camps de transit ou à leur arrivée en Allemagne. Les photos du livre sont proprement saisissantes. Elles rappellent tout simplement les victimes des camps de concentration nazis. Mais elles étaient celles de leurs vainqueurs ! Seulement, comme le signale l’auteur, des dizaines de milliers de journalistes, de diplomates et d’observateurs ont assistés à ce drame. Et personne, ou presque, n’a rien dit.

La Seconde Guerre mondiale a porté bien plus loin que 1945 ses fruits amères. Aucun peuple n’a échappé à la tragédie et les victimes se comptent par millions. On découvre aujourd’hui que le camp des démocraties a failli lui aussi. En lisant ce livre, on aura donc un aperçu plus juste de la vérité sur cette époque. Il était temps ! C’est pourquoi il faut absolument lire cet essai historique de R.M. Douglas. 

Theophilos
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Michael D. O’Brien est devenu un auteur célèbre en France depuis la parution de son roman Père Elijah, une apocalypse, publié aux éditions Salvator en 2008. Canadien, marié et père de famille nombreuse, Michael D. O’Brien est un écrivain catholique, fondateur d’un magazine, The Nazareth Journal. Il a également publié en France La Librairie Sophia (2010) et Une île au cœur du monde (2011), également aux éditions Salvator.

Celles-ci viennent de faire paraître un nouveau roman de cet auteur, sous le titre Theophilos qui met en scène celui auquel saint Luc adresse son Évangile. On ignore aujourd’hui qui il était exactement, ce qui a offert au romancier une porte toute ouverte par laquelle il s’est engouffré dans les méandres de la grande Histoire. Il en fait un médecin et un philosophe, le père adoptif de Luc et qui plonge dans la découverte lui aussi du message de Jésus.

Le livre est écrit en grande partie sous la forme d’un journal et Luc s’appelle plus exactement Loukas, lequel nous plonge dans l’affaire Yeshua. Comme à son habitude, Michael O’Brien a écrit un gros roman (446 pages, 23€), qui n’est pas dépourvu de longueurs. Il suit pas à pas Theophilos et nous conduit jusqu’au terme de sa vie. Il a l’humilité de terminer ce gros livre en invitant à lire les Évangiles. D’un volume bien moindre, ils ont transmis l’essentiel de ce que nous devions connaître de la vie du Christ. Il se peut pourtant que ce roman historique conduise certains lecteurs vers l’Évangile et vers l’Église qui en est la garante. 

Signalons que Michael D. O’Brien sera en France, le :

– Lundi 24 septembre – PARIS : 

18h30-20h00 : Centre Sèvres-Facultés Jésuites de Paris,

35 rue de Sèvres, Paris 6ème,

Métro : Sèvres-Babylone. 

– Mardi 25 septembre – BORDEAUX 

20h30 : Conférence Eglise du Sacré-Cœur –

117 rue Billaudel, 33000 Bordeaux .

Theophilos sera en librairie à partir du 13 septembre prochain.

Ballades irlandaises
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Le dernier opus d’Alain Sanders vient de paraître. Et il est consacré à l’Irlande, l’île des saints, des poètes, des moutons, de la bière et des chevaux. Son titre ? Bal(l)ades irlandaises, petit guide sentimental à l’Eire libre (éditions Atelier Fol’fer, 234 pages, 22€). Le sous-titre donne plus qu’une indication sur la matière du livre, il en donne le ton. Chaque chapitre de cet ouvrage pas comme les autres offre un titre en forme de jeu de mots. L’auteur en abuse, mais nous amuse.

On ne résume pas un tel livre, forcément très personnel et qui révèle bien son auteur. Il y parle de musique, de bières et de Wiskey, donne quelques recettes de cuisine bien typiques, s’arrête sur quelques pages d’histoire bien senties. Au total, il donne un aperçu de l’Irlande bien plus vrai que bien des livres de spécialistes en tourisme et bien plus profond que des dissertations sur la destinée de cette île pas comme les autres.

Oui, on ne résume pas Alain Sanders, le pudique, qui se cache derrière des facéties, mais on le lit avec plaisir et dégustation. Sans rire (enfin presque), on prend vraiment un bon bol d’Eire… Pierre Joannon, spécialiste reconnu de l’Irlande, le dit très bien dans sa préface. C’est un gage de sérieux. L’âme de l’Irlande n’a pas échappé à Sanders. 

 

Saint Benoît et la vie de famille
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J’ai parlé hier du livre de Marie-Claire Germain, Un de perdu… Dieu de retrouvé (DMM), qui évoque la terrible épreuve du divorce, vécu chrétiennement (non dans l’acception du divorce, mais de la croix qui va avec). Je voudrais continuer aujourd’hui sur le thème de la famille en signalant un livre paru fin juin aux éditions de l’Homme Nouveau et qui pourra être complémentaire de celui de Marie-Claire Germain.

Ce n’est pas le divorce ou la séparation qu’évoque dom Massimo Lapponi, moine bénédictin italien dans son livre Saint Benoît et la vie de famille. Au contraire, s’appuyant sur la sagesse naturelle et surnaturelle contenue dans la Règle du fondateur des moines d’Occident, il montre comment celle-ci peut inspirer même très concrètement la vie de famille afin de créer des conditions de vie d’entraide et de charité familiale reposant sur l’amour de Dieu.

Ce livre n’est pas d’abord destiné aux oblats bénédictins qui ont choisi de vivre de la spiritualité bénédictine dans le monde. Il s’appuie plus simplement sur des lettres et des conférences données par l’auteur à des familles amies de son monastère pour leur montrer comment vivre une vie chrétienne en famille. Dans l’esprit de saint Benoît, c’est le monastère qui doit s’inspirer de la famille, l’abbé étant un père pour ses moines, et ceux-ci devant se considérer comme ses enfants. C’est par un juste retour des choses que la famille peut s’inspirer aujourd’hui du monastère bénédictin pour retrouver le secret de la vie familiale, à l’heure où celle-ci est attaquée et détruite par les conditions de la vie moderne.

L’étonnant dans ce livre réside peut-être surtout dans la capacité de l’auteur à être très concret dans ses exemples. Il ne parle pas simplement des principes, mais les illustre magnifiquement. Pour réussir la vie de famille dans un monde traversé par le péché, la Règle des moines, adaptée à la famille naturelle, permettra certainement de reconstruire une société chrétienne. À noter que ce livre existe déjà dans une édition italienne et une édition anglaise. Il est préfacé par le cardinal Franc Rodé (éditions de l’Homme Nouveau, 118 pages, 17€).

 

Un de perdu… Dieu de retrouvé
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Voici un titre qui attire parce qu’il étonne. Que veut-dire l’auteur, Marie-Claire Germain, par ce détournement du dicton célèbre « un de perdu, dix de retrouvé » ? Loin d’être un jeu de mots facile, c’est un témoignage, à la fois terrible et rempli d’espérance et de foi, que livre ici l’auteur. Un témoignage sur le divorce, subi par cette femme qui après de longues années de mariage a vu d’un coup son mari partir pour vivre avec une autre femme.

Cette terrible épreuve aurait pu détruire complètement Marie-Claire Germain. Elle lui a donné l’occasion, au contraire, de retrouver le chemin de Dieu, apprenant concrètement qu’il est le seul consolateur, le vrai fidèle dans cette amitié qui relie l’homme à Dieu.

Mais ces retrouvailles avec Dieu se sont effectués paradoxalement dans un approfondissement de la vocation du mariage. Loin de renier son mariage, le « oui » prononcé un jour et l’amour qu’elle portait à son mari, l’auteur raconte comment elle entend y être fidèle. Elle ne cache pas que la douleur et la souffrance sont toujours présentes. Elle montre que pourtant l’engagement définitif et absolu n’est jamais vain ni sans raison.

À lire ce témoignage, on aimerait que les jeunes gens en fassent autant. Pour qu’ils mesurent bien ce qu’implique un mariage et la nécessité de se redire toujours oui (Marie-Claire Germain parle ainsi de la nécessité du dialogue constant entre époux) afin d’éviter le drame de la séparation ou/et du divorce. Oui, il serait nécessaire de lire un tel livre à la fois pour éviter l’emballement romantique et pour méditer jusqu’au bout les exigences de la fidélité chrétienne dans le mariage. Rempli de pudeur et de foi, cet livre est paradoxalement un hymne au mariage chrétien :

Le divorce est une plaie, le mariage chrétien est une force. À aucun instant depuis toutes ces années, je n’ai regretté d’avoir été mariée, de l’avoir été à celui que j’ai choisi une fois pour toutes en renonçant à tous les autres, et pour toujours… et pourtant ma vie a sa croix.
(éditions DMM, 66 pages, 8€)

 

Georges Albertini
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Tous ceux qui s’intéressent au communisme, ou plus exactement, à la lutte anti-communiste, liront avec intérêt la biographie que Pierre Rigoulot vient de consacrer à Georges Albertini.

Peu de livres ont été consacrées à cette figure énigmatique, au parcours étonnant, venu du socialisme et du pacifisme, passé par la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, pour finir à la tête d’un centre contre le communisme. Celle de Pierre Rigoulot se lit avec intérêt. Bien écrite, destinée au grand public, elle s’appuie sur de nombreuses archives, peu ou pas exploitées jusqu’ici. Elle ne dévoile pas tout, car Albertini emportera toujours avec lui une part de son secret.

Mais on n’apprend beaucoup sur les milieux politiques français, aussi bien de droite que de gauche. De fait, Georges Albertini fut en contact avec la quasi-totalité du monde politique français, établissant des réseaux, nouant des contacts, tentant d’influencer ses interlocuteurs pour les pousser à mener la bonne opposition au communisme.

Pierre Rigoulot note à la fin de son livre ce paradoxe tragique. Logiquement, Albertini s’était opposé à l’union de la gauche qui vit la victoire de François Mitterrand en 1981. Or c’est l’arrivée au pouvoir des communistes qui tua finalement le parti communiste. C’est du moins ce que l’on répète aujourd’hui habituellement et ce que pense l’auteur. Une telle affirmation mériterait d’être réévaluée car les causes de l’échec du PCF sont certainement plus nombreuses (mais ce n’est pas l’objet de ce livre).

Étrangement, Pierre Rigoulot estime qu’Albertini a eu tort de faire des communistes des adversaires absolus (« attitude phobique et surtout contre-productive » écrit-il). Il en voit la cause dans l’échec subi par Albertini comme collaborateur. Si on peut ne pas partager un tel avis, on trouvera dans ce livre une photographie passionnante de tout un monde souterrain. On l’on retrouve plusieurs personnalités du monde catholique comme Jean Madiran ou Marcel Clément (Perrin, 410 pages, 24,50€).

Lénine
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Les éditions Perrin publient en cette fin du mois d’août une grosse biographie de Lénine. Elle est signée Robert Service, enseignant à l’université d’Oxford et déjà auteur d’une biographie de Trotski dont la traduction en français a déjà été publiée aux éditions Perrin en 2011.

Partant du fondateur de l’Armée rouge, qui était loin d’être un enfant de chœur qui aurait seulement été la victime des vindictes de Staline, l’auteur s’est intéressé tout naturellement à Lénine. C’est une grosse biographie (576 pages, 28€), à l’anglo-saxonne, fouillée et précise, mais bien vivante. Biographie politique certes, mais non pas d’abord étude ou analyse politique.

Robert Service retrace un itinéraire et raconte les points saillants d’une vie mouvementée, engagée, lugubre par bien des endroits. Il a eu accès aux archives « Lénine » du parti communiste soviétique et il s’appuie sur des documents souvent inédits pour découvrir la personnalité complexe de Lénine. La réussite de celui-ci, et la réussite de la révolution bolchevique, s’expliquent par bien des aspects de cette personnalité, ce qui est déjà une contradiction des principes déterministes du marxisme.

Donnant à voir la personnalité de Lénine, il le démythifie également. Tout ce que Lénine a entrepris n’a pas réussi (même de son point de vue). Malgré son génie révolutionnaire, il y eut des échecs et des ratés. L’auteur ne le présente pas non plus comme « blanc comme neige » selon la vulgate qui s’est imposée après Staline qui aurait été le seul monstre de l’histoire communiste. Sans être la biographie définitive sur le personnage, ce nouveau livre apporte un regard et des informations qui méritent d’être pris en compte. Pour fuir définitivement la tentation communiste. 

Marie Tudor
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S’il y a bien une figure qui reste au purgatoire de l’Histoire, c’est bien celle de Marie Tudor. Depuis le règne de sa jeune sœur, Élisabeth 1ère, l’historiographie protestante officielle en Angleterre n’a cessé de la dépeindre dans les pires termes, faisant d’elle « Bloody Mary », Marie la sanguinaire ! Le reste du monde a emboîté le pas, benoîtement, comme une évidence, soit par haine de l’Angleterre, soit par ce libéralisme qui veut que l’on pardonne tout aux hérétiques et aux schismatiques et rien aux fidèles de l’Église catholique. Ainsi, le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle stipendie la reine Marie pour son « fanatisme aveugle, monstreux », n’hésitant pas à parler d’elle comme d’un « Néron femelle ». À part pour Hitler, qui fait mieux ?

C’est pourquoi on lira avec beaucoup d’intérêt le livre que vient de lui consacrer Isabelle Fernandes aux éditions Tallandier (400 pages, 22,90 euros) sous le simple titre Marie Tudor. Un titre qui ne satisfait pas tout à fait l’auteur qui aurait mieux aimé, pour rendre compte de son travail et de la direction donnée, que l’on parle de Marie 1ère.

Pourquoi première ? Tout simplement parce que Marie Tudor fut la première reine couronnée, même s’il y eut avant elle des reines gouvernantes en Angleterre. Ce titre a l’avantage aussi aux yeux de l’auteur d’indiquer que dans le court temps de son règne Marie Tudor posa les fondements d’une renouveau de l’Angleterre dont profita pleinement Isabelle 1ère dont l’historiographie officielle rappelle avec constance le titre, comme pour marquer qu’elle fut réellement la première et la seule de sa lignée.

Fille d’Henry VIII, Marie Tudor n’accepta jamais de rompre avec le catholicisme, subissant pour cela le mépris paternel et la mise à l’écart. D’un caractère bien trempé, elle défendit autant que possible ses droits et sa religion. Dire que ce fut une femme malheureuse ne va pas assez loin. Elle fut malheureuse au point d’en être malade physiquement, ce que montre bien Isabelle Fernandes.

Celle-ci ne réhabilite pas la reine ou la femme. Son travail est celui d’un historien, portant un jugement éclairé et sans parti pris, sinon celui de toucher au plus près la vérité. Certes il y eut les bûchers dans lesquels périrent plusieurs centaines de protestants. Certes Marie Tudor fit certainement une erreur politique (et personnelle) en épousant Philippe d’Espagne. Mais réduire sa destinée et son règne à ses éléments, c’est éviter de voir le reste : les pressions familiales et politiques, la fidélité à une foi outragée et interdite, le renouveau catholique en Angleterre à une époque où le pays y était encore fidèle, etc. Lire Isabelle Fernandes, c’est au contraire voir cette page de l’Histoire dans une perspective de vérité et d’équilibre. 

 

Que celui qui n’a jamais péché…
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« Mon histoire est intéressante parce qu’elle est le signe que rien n’est jamais perdu ».

Cette phrase se trouve dans le chapitre introductif du livre surprenant et détonant que le Père Jean-Philippe Chauveau vient de faire paraître aux éditions de l’Œuvre. Son titre ? Que celui n’a jamais péché…, prêtre auprès des toxicomanes, des prisonniers, des SDF, des prostituées (318 pages, 22€).

C’est l’histoire d’un prêtre hors norme, religieux de la communauté Saint-Jean, fondateur de l’association Magdalena qui accompagne les personnes en situation de prostitution, fondateur auparavant de l’association Saint-Jean Espérance pour les toxicomanes, aumônier de la maison d’arrêt de Nanterre et vicaire à Sainte-Cécile de Boulogne. Le portrait est déjà décapant.

Mais, en fait, rien ne prédisposait le père Jean-Philippe à devenir religieux et prêtre. Une enfance amochée, violé à l’âge de 12 ans, ancien chef de gang, paumé notoire et homme à filles, ouvrier chez Renault. Puis la rencontre d’un chrétien et la conversion grâce aux Foyers de Charité, l’Arche de Jean Vanier, rencontre décisive avec Marthe Robin, le père Marie-Dominique Philippe.

Le reste ? Sa formation puis son apostolat. Très divers et toujours auprès des grandes pauvretés de notre monde. Son histoire décoiffe assurément, mais elle mérite justement d’être lue. Tout simplement « parce qu’elle est le signe que rien n’est jamais perdu » avec le Christ. 

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