Questions et analyses

Développement organique, complément (2)
Download PDF
Suite de l’étude d’Antoine sur le développement organique de la liturgie. On trouvera la première partie ICI  :

« Malgré tout St Pie V appuie sa réforme du missel sur un “retour aux sources” en qq sorte : ad pristinam sanctorum patrum normam
(selon l’ancienne norme des saints pères) même si son missel reprend essentiellement les éléments du missel romain du XIIIème siècle d’Innoncent III. En réalité, on considère qu’il convient de
revenir à l’âge d’or de l’Eglise : avant le XVème siècle et le début de la propagation des hérésies humanistes. En ce sens, on décide que toutes les liturgies vieilles de plus de 300 ans sont
maintenues (rite ambrosien, lyonnais, mozarabe et surtout dominicain : celui du pape !)

 

Mais déjà, on distingue le corpus liturgique romain qui relève de la loi divine exprimée via le pape vicaire du Christ, et puis les
règles locales qui sont des coutumes reconnues et ayant désormais valeur normative : le propre local de chaque diocèse ou de chaque pays : c’est en quelque sorte l’ajout au missel romain des
“développements organiques” de l’époque, peut-on dire ! Mais pour en juger, il faut un organe romain : c’est la sacré congrégation des rites établies en 1588… La France y recourt fort peu avant
la fin du XVIIIème siècle, semble-t-il…

 

Mais la France ne considérera pas forcément que l’unité de l’Eglise doivent se construire autour de l’autorité liturgique du pape…
Si les régions du sud adoptèrent à peu près le missel romain (sauf le Lyonnais bien entendu) le reste de la France resta sur le rite parisien et après les errements des jansénistes, ce fut le
missel parisien de l’archevêque de Paris, Mgr de Vintimille, qui finit par prendre le dessus y compris à Lyon ! Après la rude bataille de l’ultramontanisme et l’affirmation de l’autorité suprême
du pape en matière de doctrine au concile de Vatican I, le missel de saint Pie V (réformé par Grégoire XIII, Clément VIII ou encore Paul V, en attendant les réformes de Léon XIII,
Saint Pie X et Pie XII) se généralise tandis que Lyon revient à sa liturgie antique (1866)…

 

Ensuite (après le bouillonnement du mouvement liturgique du XIXème qui se poursuit au début du XXème avec des expérimentations
nombreuses), il y a Mediator Dei où Pie XII réaffirme l’autorité de l’Eglise en matière liturgique car la liturgie témoigne de la foi et la contient donc tout entière. Mais il distingue
clairement entre les éléments divins de la liturgie qui sont immuables et les éléments humains susceptible de progrès et de développement. Je retiens cette phrase qui se rapporte au sujet
:
“L’Église, sans doute, est un ORGANISME vivant, donc, même en ce qui regarde la liturgie sacrée elle croît, se développe, évolue, et s’accommode aux
formes que requièrent les nécessités et les circonstances au cours des temps, pourvu que soit sauvegardée l’intégrité de la doctrine.”
Enfin, le pape rejette tout archéologisme excessif.

 

Mais il est à noter que sa propre réforme de la semaine sainte a conduit à des
modifications que certains ont qualifié déjà en son temps d’archéologisme ! Il suffit de lire les critiques tous azimuts de Mgr Gromier qui passe en revue : les couleurs liturgiques, les
vêtements, les horaires, les prières, etc. avec des critères qui semblent relever de l’encyclique elle-même ! Ainsi, il est difficile de s’appuyer sur Mediator Dei pour combattre les
“archéologismes” de la réforme de 1970 : où commencent et où se terminent les archéologismes ? Quels en sont les critères ? Bien difficile à apprécier si ce n’est pas l’autorité elle-même ! Si
elle valide une évolution, c’est qu’il ne s’agit pas d’un archéologisme condamné car il ne serait pas excessif !…
  »   
Développement organique, complément (1)
Download PDF
Alors que le clergé se manifeste par un silence éloquent, j’ai reçu une longue réponse détaillée d’Antoine concernant mes questions sur le développement organique de la liturgie. Loin d’entrer en conflit avec les
autres questions touchant au sujet de la réforme de la réforme, cette longue contribution lui
apporte un éclairage et relance le débat. En raison de sa longueur, je publie en plusieurs fois ce travail d’Antoine que je remercie pour sa contribution. 


 

« Petite étude sur la notion de “développement organique”

de la liturgie dans l’Eglise catholique

 

 

 

Extraits de Sacrosanctum Concilium

 

 

22. Modifier la liturgie relève de la hiérarchie

§ 1. Le gouvernement de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église: il appartient au Siège apostolique et, dans les règles du droit, à
l’évêque.

§ 2. En vertu du pouvoir donné par le droit, le gouvernement, en matière liturgique, appartient aussi, dans des limites fixées, aux diverses assemblées
d’évêques légitimement constituées, compétentes sur un territoire donné.

§ 3. C’est pourquoi absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la
liturgie.

23. Progresser en respectant la tradition

Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à
réviser il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, 0n prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l’esprit
de la liturgie que l’expérience qui découle de la plus récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits. Enfin, on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église
les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique.

On veillera enfin, dans la mesure du possible, à ce qu’il n’y ait pas de notables différences rituelles entre des régions limitrophes.

_____________

Il faut donc partir du texte de Sacrosanctum concilium pour savoir ce que signifie l’expression “un développement organique” de la
liturgie. Il faut noter, dans ce texte, que l’innovation est l’exception, et la stabilité la règle liturgique : c’est ce qui ressort du texte lui même du n°23 de SC.

 

La vraie difficulté, c’est encore une fois un affrontement de deux herméneutiques : les traditionalistes considèrent que seule
l’autorité pontificale est compétente en matière d’évolution liturgique en application du canon 1257 de l’ancien code de 1917 : “Au St-Siège seul il appartient de réglementer la liturgie et
d’approuver les livres liturgiques.” Compétence exclusive du St Siège selon le propos excessif de Raoul Naze (commentateur du code de 1917) “Au point d’écarter rigoureusement celle des
évêques”… (nous verrons plus loin qu’une affirmation aussi péremptoire est à nuancer.) Dans le code actuel de 1983, cette compétence exclusive du Saint Siège a été, en apparence seulement à mon
avis, éclatée entre le Pape d’une part et les évêques de l’autre :

 

Can. 838 – § 1. L’ordonnancement de la sainte liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église ; cette autorité est
détenue par le Siège Apostolique et, selon le droit, par l’Évêque diocésain.

§ 2. Il revient au Siège Apostolique d’organiser la sainte liturgie de l’Église tout entière, d’éditer les livres liturgiques, de
reconnaître leurs traductions en langues vernaculaires et de veiller à ce que les règles liturgiques soient fidèlement observées partout.

§ 3. Il appartient aux conférences des Évêques de préparer les traductions des livres liturgiques en langues vernaculaires, en
les adaptant de manière appropriée dans les limites fixées par ces livres liturgiques, et de les publier après reconnaissance par le Saint-Siège.

§ 4. En matière liturgique, il appartient à l’Évêque diocésain de porter, pour l’Église qui lui est confiée et dans les limites
de sa compétence, des règles auxquelles tous sont tenus.

Ainsi, à la lecture de ce canon qui reprend en le développant le n°22 de SC, les “progressistes” estiment que la liturgie peut être
déterminée, dans son diocèse, par l’évêque résidentiel, sans doute sur la base des initiatives des communautés ecclésiales, initiatives que d’aucuns estiment tout simplement constituer des
“développements organiques”…

 

Il est certain que dans l’Eglise, deux conceptions s’opposent ou se juxtaposent concernant l’ordonnancement liturgique alors qu’elles
devraient se compléter en réalité. Ainsi, jusqu’à Trente, on considérait que ce qui comptait, c’était d’être en parfaite conformité avec la tradition apostolique : en clair, il fallait célébrer
les saints mystères comme les Apôtres les célébraient, puisqu’eux-mêmes tenaient la liturgie de son institution par NSJC le soir de la Cène.

Chaque rite peut ainsi revendiquer des origines antiques et apostoliques : les études sur les rites gallican et lyonnais leur donnent
des origines liées à St Jean par l’intermédiaire de Saint Pothin qui était originaire d’Ephèse ; le rite ambrosien remonte sans doute à St Barnabé qui a évangélisé cette zone, le rite
syro-malabar remonte à St Thomas, le rite mozarabe à St Marc, etc… Les rites grecs restent farouchement attachés à ces origines apostoliques : la Divine liturgie de St Chrysostome se rattache à
Saint André et à Saint Paul, quant au rite byzantin il se revendique d’un croisement entre les liturgies de Constantinople et de Jérusalem, donc à mi chemin entre Saint André et Saint
Jacques…

Ainsi, les Réformés voulurent au XVIème, revenir à la Tradition apostolique, estimant que les ajouts successifs avaient défiguré la
liturgie (mais aussi l’Eglise et sa doctrine) et voulant revenir à l’essence du rite, déformé par les pratiques populaires parfois proches de la superstition.

Face à ce souhait, l’Eglise catholique réagit par la contre-reforme qui se voulut en réalité une réforme plus complète ou plus sûre
doctrinalement. Mais plutôt que de se plonger dans des recherches historiques et exégétiques (qui n’étaient pas franchement à la mode) pour justifier ses choix, elle s’appuya sur l’autorité
pontificale, comme garante de l’apostolicité des rites et de l’orthodoxie de la doctrine. Désormais, la garantie de l’apostolicité n’était plus la transmission elle-même, mais l’approbation
explicite par l’Autorité. Cette évolution est corrélative à la diffusion de l’imprimé qui permet la diffusion plus rapide d’un texte identique et donc l’affirmation de l’unité de l’Eglise à
travers l’uniformité…»

Développement organique : premières réponses
Download PDF
Je n’ai reçu jusqu’ici que deux réponses à mes questions sur le développement organique de la liturgie (cf. ici). Je les publie, non pas in extenso, mais pour la partie qui concerne directement le
sujet. Je n’ajoute pas de commentaires. Mais j’invite chacun à réagir ([email protected]) :

Première réponse :

« Père A.N.

Bonjour,

Je suis lecteur occasionnel de votre blog et j’ai hésité à répondre. Je trouve que votre question sur le développement organique de la liturgie est insidieuse.
N’est-ce pas une façon de remettre en cause le missel de Paul VI ? J’ai reçu avec bienveillance le motu proprio de Benoît XVI et je pense que rien ne distingue fondamentalement
le missel de Jean XXIII – pourquoi parler de messe traditionnelle, celui de Paul VI ne l’est pas ? – et le missel de Paul VI, d’ailleurs célébré par le pape actuel. Le nouveau missel
est revenu à une tradition plus ancienne, repartant ainsi à un moment de la liturgie interrompue en raison de la crise protestante et de la contre-réforme. Cette tradition est vénérable et la
liturgie de Paul VI s’enracine en elle. De toute façon, elle n’est pas en rupture avec le missel précédent ; elle l’a seulement dépouillé de différents rajouts. J’admets que le fait
de célébrer la messe en langue vernaculaire est une nouveauté, mais n’est-ce pas les temps qui l’exigent ? Qui sait encore le latin ? De toute façon, on peut célébrer la messe de Paul
VI en latin, également. Pour répondre à votre question, je pense qu’il y a une certaine continuité entre les deux missels et qu’il serait préférable de ne pas agrandir le fossés séparant les
catholiques.  »

Deuxième réponse :

« Merci de nous demander notre témoignage concernant la question : rupture et/ou continuité
D’emblée j’annonce ma formule.Il s’agit en fait d’un virage à 180°, une révolution au sens physique du terme. J’ai le relatif privilège d’avoir eu 30 ans  au moment du CV2. J’ai donc pu
saisir la transition. J’étais un fervent catholique engagé dans le social, comme médecin et j’aspirai à des réformes.

Car la “tradition” était alors assez décourageante, face au communisme, au marxisme, au freudisme triomphants. Thomiste, j’étais intéressé par les travaux de
Maritain et aux” poésies” de Teihard. Est venu le dit concile avec le “Bon pape Jean”(sic). Ce concile, sur le coup, n’a rien changé. Mais c’est très progressivement que la roue a tourné. La
roue n’a pas changé de forme, d’où apparente continuité. Mais elle a changé de pôles à 180°orientée auparavant Dieu en haut,l ‘Homme en bas. L’Homme a pris la place du haut reléguant Dieu en
faire-valoir .Tout ceci s’est fait sans que le petit peuple s’en aperçoive au début.Il y a eu un événement énorme en 1968 :H umanae vitae  Encyclique divinement inspirée de Ss Paul VI dont
on ne peut imaginer la tempête qu’elle a causé à Rome et dans le monde. Les “fumées de Satan”ne purent que continuer leur travail sournois de dépolarisation. Et Paul VI fut exilé par Villot,
Casaroli, Benelli, et le sinsistre Bugnini qui fit porter à Paul VI le poids d’un révolution liturgique en rupture nette cette fois. Je suis sûr qu’on découvrira un jour la vérité sur celui que
je considére comme  extrêmement courageux sur la seule lecture d’Humanae vitae. Le texte le plus anti maçonnique qui soit. Malheureusement les tradis n’ont rien compris… »

B.B.

Question : quel développement organique ?
Download PDF

Résumant très vite l’entretien du cardinal Canizares
accordé au vaticaniste Rodari, je posais ce matin la question du développement organique de la liturgie. Au regard des réactions très intéressantes reçues au sujet de l’Épiphanie, je souhaite
poser les questions suivantes :


1°) qu’est-ce qu’un développement organique exactement ?

2°) entre le missel romain dans son dernier état de 1962 et celui qui démarre en 1969, y a-t-il exactement « développement organique »,
« rupture », ou sommes-nous dans une situation autre (inédite par exemple ?) ?

3°) si jamais il y a rupture, quel est l’état exact du nouveau missel ?

4°) s’il y a continuité, alors pourquoi permettre à nouveau l’ancien missel ?


Merci de vos réponses (à envoyer à [email protected])
Épiphanie : débat
Download PDF
 

J’ai reçu un nouveau message, que je livre ci-dessous, concernant la célébration de l’Épiphanie. Je ne regrette pas d’avoir soulevé ce sujet, car j’apprends
beaucoup de choses. La question apparaît donc plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. C’est la preuve que la crise de l’Église n’est pas vraiment terminée, et surtout que nous sommes
placés devant un déficit de l’autorité. Chacun se réfère à des décisions romaines qui se contredisent. Le résultat : chaque clerc a raison, est de bonne foi, mais le laïc qui pour une raison
(légitime) ou une autre passe d’une paroisse à une autre, peut se retrouver assister deux fois à la même messe de l’Épiphanie à une semaine d’écart.

Dans le message suivant, on me demande si je suis sûr que la paroisse ne bénéficie pas de telle autorisation romaine. Oui, j’en suis sûr. Rien n’a été expliqué aux
laïcs; rien n’est dit. Ils doivent seulement marcher au pas. La même chose est vraie de Notre-Dame des Armées. Je n’ai jamais entendu aucune explication sur les modifications de calendrier
apportées dans la célébration. On chante les vertus de Vatican II, en oubliant qu’il fut aussi le concile des laïcs. Mais dès qu’il s’agit de simplement les informer sur un sujet épineux : rien.
On pourrait parler également du fait que les prières de mémoires ne sont pas dites par le célébrant. Notre-Dame des Armées est championne en la matière.

Je veux bien que l’on défende Notre-Dame du Travail sur une histoire de calendrier. Étrangement, personne ne réagit sur le changement dans la liturgie elle-même qui
met un psaume en français à la place du graduel. Est-ce que Rome l’autorise ? Mais si Rome l’autorise, alors il n’y a plus de rite. Et s’il n’y a plus de rite, à quoi bon un Motu Proprio ? Il me
semble que le plus urgent aujourd’hui, alors que nous essayons tous de sortir d’une crise terrible, est de respecter scrupuleusement le rite de chaque forme, sans vouloir entrer dans les
changements et les soi-disant enrichissements mutuels. Commençons par calmer le jeu ! Une fois les choses apaisées, remises à plat, l’autorité compétente pourra tout reprendre à frais nouveau.
Mais n’entrons pas dans ce mouvement perpétuel inauguré par les transformations de 1962, modifié 65, puis 67, puis 69, etc. Sur ce, je livre le courrier reçu :

« Epiphanie

Abbé Benoist Galvan

Cher Monsieur, je connais une prêtre qui célébrant sous les deux formes du rite a demandé à Rome l’autorisation de déplacer la fête du Christ-Roi à la date de
la forme ordinaire. Il a obtenu cette autorisation. Etes-vous sûr que la paroisse dont vous parlez n’a pas obtenu une autorisation semblable afin d’harmoniser la liturgie de ces jours derniers?
En tout cas, la réponse de la congrégation pour le culte divin à propos de la fête du Christ-Roi semble démontrer qu’au moins ponctuellement, Rome voit dans ces initiatives une application
concrête de l’enrichissement mutuel des deux formes. Avec toute ma sympathie, in Christo. L’abbé Galvan.
»

Notre-Dame du Travail : et si on respectait le Motu Proprio
Download PDF

 

Si l’on suit le calendrier liturgique – par exemple en regardant celui que publie la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre dans le dernier numéro de Tu es
Petrus
–, on s’aperçoit que l’Épiphanie de Notre-Seigneur (6 janvier) est solennisée le dimanche suivant, soit dimanche prochain.

Or, certaines chapelles et certains lieux de culte Motu Proprio ont pris l’étrange habitude de se conformer au calendrier liturgique du nouvel ordo et de solenniser
cette fête le dimanche précédent.

C’est le cas, par exemple, à Notre-Dame du Travail, paroisse parisienne du XIVe arrondissement de Paris, qui a célébré l’Épiphanie le 3 janvier dernier.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une question de détail, en soi sans réelle importance. Ce n’est pas complètement faux. Mais, en jouant ainsi avec le calendrier
liturgique, on joue avec les règles de l’Église. En jouant avec les règles de l’Église, on prend en otage des laïcs qui se trouvent mis devant le fait accompli.

Selon les dispositions romaines, la messe selon la forme extraordinaire doit être célébrée selon les livres liturgiques de 1962. Il n’est pas interdit d’avoir un
avis sur ces livres, ni de préférer tel ou tel moment des réformes liturgiques. Reste que la liturgie ne nous appartient pas. Nous la recevons de l’Église. Il est étonnant qu’un ancien officier
de marine comme le curé de Notre-Dame du Travail oublie ce détail. Or, selon le décret du 21 mars 1962, la fête de l’Épiphanie est solennisée en France le dimanche suivant.

Mais cet écart n’est pas le seul à Notre-Dame du Travail.

On découvre ainsi qu’entre la lecture et l’Alleluia a été placé un psaume graduel qui n’a rien à voir avec le Graduel prévu par la liturgie et qui vient
d’Isaïe : « Tous ceux de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur. Lève-toi et resplendis Jérusalem, car la gloire du Seigneur s’est levée
sur toi ».

À la place, les paroissiens de Notre-Dame du Travail ont eu en français :

« Lumière renée de la Lumière, le Seigneur nous est apparu, et sa splendeur illumine le monde. Alleluia, Alleluia ».

Suivent quatre strophes dont une fait quand même référence aux rois de Saba.  

Nous nous sommes déjà interrogés sur l’application du Motu Proprio à Notre-Dame du Travail.
Nous recommençons. Quand sera-t-il vraiment appliqué ?

Bras de fer entre l'abbé Michel et l'évêque d'Évreux
Download PDF
Le bras de fer entre l’évêque d’Évreux et l’abbé Michel, curé de Thiberville, se poursuit. Hier soir, l’édition de Haute-Normandie du 19/20 de France 3 s’est
ouverte sur cette affaire. Les téléspectateurs ont pu entendre les explications de l’évêque, celles de l’abbé Michel et les réactions des élus locaux. On peut voir ou revoir ce Journel sur le
site de France 3 :
ICI
.
S’il est difficile de se faire une idée précise des motivations réelles de Mgr d’Évreux, une question se pose : à l’heure où les prêtres manquent et que certaines paroisses deviennent désertes,
est-il absolument nécessaire de suivre la règle (le règlement, devrait-on dire) qui veut qu’un curé de paroisse soit obligatoirement déplacé au bout d’une certaine période (neuf ans en France) ?
La situation actuelle n’oblige-t-elle pas à un jugement prudentiel qui entraîne une prise de décision en fonction d’une situation bien précise et non en plaquant des dispositifs
d’administration 
ecclésiastique (qui ne sont donc pas de droit divin) ? Certes, une paroisse n’est pas la propriété d’un curé. Mais, en même temps, celui-ci est comptable des âmes qui lui sont confiées. Ne
devrait-on pas lui permettre d’achever son travail, qui de plus, entre dans les perspectives de Benoit XVI ?
Au regard de ces questions, que je pense de bon sens, on en vient à s’interroger sur les motivations réelles de l’évêque d’Évreux. S’agit-il, au fond, de casser un curé, jugé trop favorable à la
messe selon le rite traditionnel et à l’entente avec les catholiques de Tradition ? Car, outre la durée de sa présence à Thiberville, l’abbé Michel célèbre depuis des années maintenant une messe
de Saint-Pie V et a cherché les moyens concrets de l’apaisement avec la Fraternité Saint-Pie X, après l’affaire du Chamblac où la mort du célèbre
abbé Quentin Montgomery Wright,  qui fut curé de Chamblac, de 1956 à 1996, et qui avait en estime l’abbé Michel, avait donné lieu à la disparition de la
messe traditionnelle et à un combat entre l’évêque d’Évreux et la Fraternité Saint-Pie X, représentée alors par l’abbé Aulagnier.
Oui, quelles sont les motivations réelles de l’évêque d’Évreux ?
Les saltimbanques des deux formes
Download PDF
 



La dernière lettre de Paix liturgique revient sur le colloque de ReuniCatho et notamment sur les déclarations de l’abbé Spriet, voyant dans l’annonce faite ce jour une
opposition entre les avancées promues par le cardinal Barbarin (photo) et la mauvaise volonté de Mgr Aumonier.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Lors de ce colloque, l’abbé Laurent Spriet annonce que l’association Totus Tuus ouvrira l’an prochain une
année de propédeutique à Lyon sous la responsabilité de Mgr Jean-Pierre Batut (photo), ancien curé de Saint-Eugène à Paris et aujourd’hui auxiliaire de Lyon.

Bonne nouvelle ? En soi, pourquoi pas ! Dans le projet de l’association Totus Tuus, il s’agit de mettre sur pied, en France, un séminaire
« bi-ritualiste » ou, plus exactement si l’on veut reprendre le vocabulaire mis en place depuis le Motu proprio, un séminaire « bi-formaliste ».

Le projet n’est cependant pas dénué de sous-entendus. Les prêtres qui ont lancé l’association Totus Tuus sont tous d’anciens membres de la Fraternité
Saint-Pierre. Ils sont tous devenus prêtres diocésains, ne se reconnaissant plus dans les statuts et la vie de la Fraternité Saint-Pierre. Comment les blâmer ? Tous les prêtres ne sont pas
destinés par vocation à vivre en communauté ou au sein d’une « fraternité » qui oblige au-delà de la vie habituelle du prêtre diocésain.

Mais la chose la plus étonnante est que critiquant le « confort pastoral » dans lequel se trouvent leurs confrères de la Fraternité Saint-Pierre ou de
l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, ces prêtres se sont créés une niche encore plus luxueuse. Et le plus frappant à ce sujet est que la critique la plus dure à leur encontre vient de
prêtres diocésains « crypto-tradis » qui reprochent à ces « ex-Saint-Pierre » de prendre le beurre et l’argent du beurre. Autrement dit, d’être dans les diocèses sans rester
des parias à l’instar des prêtres de communautés Ecclesia Dei tout en conservant des paroissiens acquis à la cause et sans avoir pour leur part besoin de se plier à la pastorale diocésaine.
Situation, on en conviendra, quand même assez confortable aujourd’hui ? Parmi les laïcs qui l’assistent à Saint-Germain du Chesnay, l’abbé Spriet n’a pas trouvé d’opposition, sauf pour avoir
récemment déplacé le jour de réunion au jeudi, jour de répétition de la chorale dont certains membres sont aussi parmi les laïcs membres du conseil. Pas grand chose en vérité, donc !

Mais, revenons au projet de séminaire ? En quoi, direz-vous n’est-il pas dénué de sous-entendus ?

D’abord parce qu’il s’agit de montrer qu’est possible, pour peu qu’on y mette de la bonne volonté, ce que n’a pas réussi la Fraternité Saint-Pierre et l’Institut du
Christ-Roi : à savoir un séminaire en France.

Deuxièmement, parce que les évêques diocésains trouveront dans ce séminaire un réservoir pour aller chercher des prêtres qui, pouvant célébrer dans les deux formes,
répondront aux besoins, en fonction des circonstances. Plus besoin de s’embêter en négociations et accords avec les Fraternités et Instituts traditionalistes. Pas besoin demain de faire appel –
horreur – aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Aux spécialistes du rite traditionnel, englués qui plus est dans une théologie réactionnaire, nos évêques préféreront les
« saltimbanques » de la messe, hommes orchestre capables de jouer toutes les partitions rituelles de l’unique rite romain.

Enfin, il s’agit d’attirer les jeunes des milieux traditionnels qui ont l’étrange habitude d’avoir des vocations et qu’il faut bien tenter de récupérer d’une
manière ou d’une autre.

Mais sur ce point, la manœuvre n’a pas totalement (encore) réussie. La fameuse année de « propédeutique » annoncée par l’abbé Spriet pour la rentrée
prochaine aurait dû en fait s’ouvrir à la rentrée 2009 et non à celle de 2010. Et, malheureusement, les candidats n’étaient pas là. D’où le besoin de publicité que l’abbé a ressenti et qu’il a
fait directement chez les tradis lors du colloque de ReuniCatho. Ces tradis que l’on n’aime pas beaucoup d’habitude chez Totus Tuus car ils sont restés réactionnaires, avec une volonté
farouche à ne pas croire toutes les paroles épiscopales. Mais, sans eux, comment lancer ce fameux séminaire ?

L’erreur de Paix liturgique est de croire qu’il y a opposition entre le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon et Mgr Aumonier, évêque de Versailles.
L’opposition n’existe absolument pas. L’abbé Spriet est prêtre du diocèse de Versailles et il n’agit pas sans l’autorisation de son évêque. Celui-ci a accepté le passage au clergé diocésain des
abbés de la chapelle Notre-Dame des Armées qui alors même qu’ils étaient encore prêtres dans la Fraternité Saint-Pierre faisaient quêter pour le séminaire de cette fraternité et pour le séminaire
diocésain. La stratégie est la même pour le cardinal de Lyon et Mgr de Versailles : il s’agit de contourner la place grandissante des communautés Ecclesia Dei en créant une troisième voie
« mi-tradi-mi-diocésaine », contrôlée par les évêques. Une troisième voie conservatrice, résolument conservatrice comme l’indique le nom même de l’association qui prend en charge cette
affaire.

Le nom de « Totus Tuus » fait référence directement à Jean-Paul II, comme si la vie de l’Église s’était
arrêtée à ce Pape, qui avait lui aussi tenté la stratégie d’une troisième voie à l’intérieur de l’Église, laquelle tentative au final ne s’avère pas une réussite aussi éclatante que prévue. Les
prêtres qui s’occupent de Totus Tuus savent-ils qu’un nouveau pape est sur le trône de Pierre ; que le Motu proprio de 2007 a remplacé celui de 1988 ; que la majorité des
évêques freine le bouleversement apporté par Summorum pontificum ?

Oui, ils le savent ! Et ils pensent que la crise de l’Église est terminée. Ce sont des apôtres, souvent remarquables comme «
curé », véritables missionnaires, se donnant sans compter. Mais ils risquent d’être demain de simples saltimbanques qu’on appelle pour remplir tel ou tel vide, ici ou là. Il ne suffit pas de
n’être pas « tradi ». Encore faut-il être quelque chose ! Que sont-ils exactement ?






Quand Golias lit SPO et ne le cite pas…
Download PDF


La règle élémentaire du journalisme consiste à citer ses sources quand elles sont publiques. Dans un récent Post, reprenant une information de Maximilien Bernard et de son remarquable blog Perepiscopus concernant Mgr Raffin, je l’ai complétée par une longue citation de Mgr Raffin,
expliquant – selui lui – combien le missel de Paul VI est plus traditionnel que le Missel tridentin. Ce texte, je l’avais repris de l’intervention de Mgr Raffin publiée dans l’Homme
Nouveau,
le bimensuel animé aujourd’hui par Denis Sureau et Philippe Maxence. Ce texte a été réuni avec d’autres dans le livre Enquête sur l’Esprit de la liturgie (éditions de
l’Homme Nouveau). Un texte recopié, avec patience et par mes petits doigts sur mon clavier.

Or, je découvre que Christian Terras en personne, animateur de Golias, revue que je cite quand je reproduis
ses informations, a tout bonnement repris une partie de ce texte sans en citer la source première (le livre de l’Homme Nouveau) ni la source seconde (votre serviteur). Le passage
cité par Christian Terras est celui-ci :

« Selon lui “à ressasser les mérites du Missel tridentin on risque d’oublier la plus grande plénitude que nous a apportée le Missel romain dit de Paul VI (…)
N’en déplaise aux partisans de la liturgie tridentine, je suis heureux de la disparition des prières d’‘offertoire’ dont je suis en mesure de démontrer le caractère hétéroclite et qui ne forment
un ensemble cohérent que dans la tête de ceux qui ignorent la formation de ‘l’offertoire’ du missel tridentin. Ces prières ont été introduites vers la fin du XIIe siècle, alors que l’on ne se
contentait plus d’un rite simple, mais elles ne font nullement partie du rite romain originel” »

Pour plus de clarté, je reproduis ci-dessous la photographie du texte publié sur ce blog, suivi de la photographie du texte publié sur le site de
Golias.

 

 

Le texte de Golias

 



 

Et pour que les choses soient vraiment claires : voici la date à laquelle Christian Terras a publié son texte
:

 




 


et la date à laquelle j’ai publié le mien :


 

 

Naguère, on disait que la politesse était l’apanage des rois. Comme nous sommes en démocratie (système défendu par Golias), nous sommes censés être tous
rois, donc tous polis. On peut ne pas partager un combat et respecter ses adversaires. C’est notre cas. Nous demandons à Christian Terras et à Golias de réparer leur manque de
politesse.






À Marseille, Mgr Ellul confirme ce que nous avions annoncé et…
Download PDF
précise que mes sources d’information m’ont trompé en ce qui concerne l’éventuelle « dépression » de l’abbé Laurent Grégoire (voir ICI). Donc acte ! En espérant que je me sois vraiment trompé… et qu’il ne faille pas remplacer « dépression » par « état dépressif ».
Une question demeure : pourquoi n’avoir pas démenti directement auprès de moi ?
Pour les lecteurs de ce blog, voici donc le texte intégral du mot publié par Mgr Ellul sur la nomination de l’abbé Grégoire.

« Les nouvelles nominations sont parues dans le diocèse de Marseille en date du 1er octobre 2009, en la fête de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus. Le Père Laurent
GREGOIRE 
est nommé vicaire paroissial à mi-temps à la basilique du Sacré-Cœur et aumônier à mi-temps à l’hôpital de La Timone.

Après plus de six ans de ministère auprès de nos frères de la communauté chrétienne du diocèse de Marseille qui participent aux célébrations dans le rite latin de
1962, notre archevêque à cru bon devoir le nommer à un autre ministère. Je reste recteur de l’Eglise St Charles. L’abbé Grégoire n’est ni malade et surtout pas en dépression, comme le
rapporte, mais avec erreur, le blog de Christophe Saint-Placide, « Summorum Pontificium Observatus » qui doit être mal renseigné ; je viens d’ailleurs de le nommer avec le frère
Alexandre Baccam OMI, responsable de la catéchèse du primaire au Sacré-Coeur. Il est également aumônier de notre Ecole paroissiale de Notre-Dame de la Paix. 

Notre archevêque à bien voulu demander aux Prêtres Missionnaires de la Divine Miséricorde de Toulon, de venir animer cette paroisse du centre-ville. Je compte sur
leur impact évangélique et le soutien de toute la communauté pour continuer d’amplifier et de faire rayonner l’Evangile du Christ, sous le regard aimant de la Vierge Marie, que nous invoquons à
St Charles sous le vocable de Notre-Dame des Malades. »

Sur ce point, Mgr Ellul ne dément pas. Nous n’étions pas si mal informé en somme…

Le dialogue Rome-Ecône dans Famille chrétienne
Download PDF



Pendant des années, l’hebdomadaire Famille chrétienne a évité de parler du problème traditionaliste. Peu d’articles de fond sur le sujet, juste
quelques brèves, sauf quand l’événement s’imposait véritablement, comme en 1988, par exemple. On disait que la proximité familiale du directeur de la rédaction avec les « tradis, tendance
Saint-Pie X », ne favorisait pas les choses. Le futur Mgr Le Gall, alors qu’il était encore père abbé bénédictin avait écrit une série, véritable plaidoyer en faveur de la nouvelle liturgie
pendant qu’Aline Lizotte, sortant de son rôle de philosophe pour s’élèver au rang de liturgiste avait méchamment attaqué un petit ouvrage sur la messe édité par l’abbaye de Fontgombault. Un
article commandité, disait-on alors (mais rien n’a été prouvé) par l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes.

Aujourd’hui, les choses changent. Gérard Leclerc, auquel l’hebdo fait appel dès qu’il faut parler de choses qui dépassent l’ordre du témoignage, publie dans le
dernier numéro un long article sur « les cinq principales causes » de la division avec la Fraternité Saint-Pie X. Gérard Leclerc lui aussi a
senti le vent tourner. Il sait qu’à Rome on s’intéresse de près à la question traditionnelle, que le motu proprio a bousculé la donne et… que la mainmise autoritaire du cardinal Lustiger, auquel
il fallait complaire, n’est plus là. En février dernier, il a réalisé un entretien avec Mgr Fellay, qui fut publié par
Famille Chrétienne. Mais,
auparavant, Gérard Leclerc se rendait déjà fréquemment aux dîners organisés à Saint Nicolas du Chardonnet pour la presse.

Même s’il reproche au mouvement traditionaliste de ne pas avoir accepté au nom d’un thomisme dépassé les bienfaits de la nouvelle théologie lubacienne (par
exemple), cela n’enlève rien à la proximité intellectuelle de Gérard Leclerc avec quelques traditionalistes, l’abbé de Tanoüarn par exemple.

Dans le dernier numéro de Famille Chrétienne, il s’attache donc à expliquer à un public peu averti les thèmes qui
dérangent. Ils sont au nombre de cinq :

 



1°) La liberté religieuse

Pour Gérard Leclerc, il s’agit d’un vrai problème dont il pense donner la solution. « Accepter le régime juridique commun ne signifie pas du tout pour
l’Église catholique renoncer à sa mission »
. Si l’exposé du problème est juste, l’écrivain n’apporte aucun argument véritable à sa solution. Il y a
seulement une pétition de principe pour répondre à un problème qualifié d’important…

2°)La crise post-concilaire.

Ce thème, ainsi formulé, n’appartient pas au sujet retenu pour le dialogue entre Rome et Écône. Mais il appartient au livre de Gérard Leclerc… Mais là encore ce
sujet, qui relève des historiens et non des théologiens, entraîne une pétition de principe : « L’Église n’est pas responsable d’une crise de civilisation qui s’est produite en
dehors d’elle 
». Gérard Leclerc est-il historien pour l’affirmer aussi catégoriquement ? Et s’il l’est, où sont ses preuves ? On notera au
passage que l’on passe dans son article, de « 
la crise post-conciliaire », proprement ecclésiale, à la crise de civilisation, qui
l’inclut mais la dépasse. Mais pour Gérard Leclerc, le concile a permis d’éviter les conséquences de cette crise de civilisation :
« s’il n’avait eu lieu, les conséquences
eussent été bien pires 
». On veut bien le croire, mais pourquoi n’y a-t-il aucune preuve, aucun fait, pour soutenir  ce qui n’est pas une
argumentation, mais une déclaration de principe. La seule trace d’argumentation repose sur un argument d’autorité, qui peut impressionner les lecteurs de
Famille
chrétienne
, mais qui n’est quand même pas bien sérieux : « pour Lubac, l’apostasie qu’il dénonce constitue une trahison manifeste de
Vatican II. Il est absurde d’imputer au Concile des idées qui lui sont étrangères et proviennent des théories que ce théologien dénonce comme pernicieuses 
». J’ai beaucoup de respect pour Lubac, mais il appartient au problème. On ne peut donc l’appeler à la barre comme s’il était l’autorité infaillible. Sa pensée est à prendre
en compte, mais Gérard Leclerc ne lui rend pas service en la réduisant à une telle utilisation. On imagine au Saint-Office, les membres de la Commission romaine déclarer en substance : il
n’y a pas de crise et de toute façon celle-ci n’est pas due au concile parce que Lubac l’a dit…

3°) Le dialogue interreligieux, avec une référence à Assise.

Pour Gérard Leclerc, on ne peut pas accuser Jean-Paul II d’être tombé dans le relativisme tout simplement parce que sa foi, sa piété, son orthodoxie étaient
impeccables : « un tel grief était proprement absurde, insensé ». On le voit l’argument n’existe pas. L’intellectuel catholique ne fait
appel qu’à un subjectivisme de bas étage, teinté d’une sensiblerie surnaturaliste.

4°) La réforme liturgique.

Elle a été mal appliquée, mais Jean-Paul II et Benoît XVI, sensibles aux plaintes émises, ont rendu possible la célébration de la messe de saint Pie V.
Sauf que Benoît XVI est allé plus loin. Il a rappelé que cette messe n’avait jamais été abrogée et que sa célébration est un droit, et non une faveur faite à des groupes traditionalistes. La
messe traditionnelle est redevenue le bien commun de l’Église. Et le problème soulevé par la Fraternité Saint-Pie X concernant la réforme liturgique dépasse le cadre d’une réforme mal appliquée
ou d’une messe à nouveau autorisée. Elle est d’ordre théologique, avec des questions précises concernant, pour aller vite, la doctrine de la nouvelle liturgie.

5°) La nouvelle théologie.

Selon Gérard Leclerc, Mgr Lefebvre n’a pas compris le concile Vatican II parce qu’il n’avait pas été formé dans le cadre de la nouvelle théologie, renouveau de la
pensée chrétienne. Mais n’est-ce pas inverser le problème ? Mgr Lefebvre ne reproche-t-il pas justement au concile d’être influencé par la nouvelle théologie ? La nouvelle théologie
appartient donc à la problématique soulevée par la Fraternité Saint-Pie X et Gérard Leclerc y voit la clef d’explication d’une incompréhension du concile par l’évêque d’Écône. N’y aurait-il
pas mieux fallu expliquer les reproches contre la nouvelle théologie et chercher à y répondre pour montrer où se situer précisément l’un des nœuds qui sépare Rome et Écône ?






Petite question dominicale…
Download PDF



Bien qu’il appartienne à
l’équipe de Golias, dont je suis à des années lumières de partager les convictions, il faut toujours lire avec un œil attentif les chroniques romaines de Romano Libero, toujours bien
informé. Les lire avec attention, c’est-à-dire en pensant qu’une partie de l’information peut être juste mais aussi que l’ensemble est une arme par destination en vue de faire avancer les pions
de la cause portée par Golias.

Récemment, Romano Libero est revenu sur l’étrange erreur du Père Lombardi annonçant que les discussions entre la commission romaine et la commission FSSPX avaient
adopté un rythme bi-mensuel, précisant même qu’il s’agissait d’une cadence rapide pour le Saint-Siège. Depuis le Père Lombardi a corrigé ses propos, précisant que par bi-mensuel, il fallait
entendre bi-trimestriel. Romano Libero complète cette information en écrivant :

« En tout cas, selon le quotidien italien La Repubblica, une “polémique“ serait survenue dès les premières discussions entre Rome et les
traditionalistes. Polémique confirmée par nos informations, selon lesquelles les experts envoyés par la Fraternité Saint-Pie X auraient particulièrement relevé les “dangers“ liés à la liberté
religieuse voulue par le Concile Vatican II et “l’erreur“ que représente le choix de comparer la religion catholique aux autres religions. Ce qui ne prélude pas d’un consensus facile à
trouver. »

Dans ce texte, c’est évidemment la fin qui n’est plus de l’ordre de l’information mais du commentaire en vue de faire avancer la cause de Golias. Car, au
fond, il n’y a rien d’étonnant à savoir que les experts de la Commission FSSPX aient soulevé les problèmes liés à la liberté religieuse, qu’ils critiquent depuis des années. Que le consensus ne
soit pas facile à trouver, on s’en doute aussi.

Mais il reste possible effectivement que la « bourde » du Père Lombardi soit davantage qu’une erreur. Il est possible que la cadence prévue fut d’abord
bi-mensuelle avant de devenir bi-trimestrielle, devant les difficultés rencontrées, non au plan humain, entre les hommes des deux commissions, mais au plan de l’échange doctrinal. Il est possible
aussi  que le Père Lombardi sabote à sa manière ce processus de discussion. Ce ne serait pas la première fois qu’il « dérape ». Que l’on se souvienne de ses propos dans La
Croix
contre le cardinal Castrillon Hoyos. Étrangement, c’est une question que Golias ne se pose pas.

Il faut d’ailleurs compléter les affirmations  de Romano Liberio par ceux d’Ennemond, porte-parole quasi-officiel de la Fraternité Saint-Pie X, sur le
Forum catholique. Or dans un post du 5 novembre dernier, il précisait incidemment  que les experts de deux
commissions avaient pris un « amical repas » au Palais du Saint-Office ce 26 octobre 2009 à l’issue des premières discussions.

Affaire à suivre en tous les cas.






Des détails sur un colloque
Download PDF




Mgr Burke et son cérémoniaire



L’agence de presse Zenit, proche des Légionnaires du Christ a publié la dépêche suivante au sujet de la messe selon la forme traditionnelle du rite latin, célébrée
à Saint-Pierre de Rome par Mgr Burke et du congrès consacré au second anniversaire du Motu proprio Summorum pontificum :

Nous publions cette dépêche de Zenit en la faisant suivre de plusieurs remarques :

« ROME, Mardi 20 Octobre 2009 (ZENIT.org) – Dimanche 18 octobre, pour la première fois depuis la réforme liturgique, une messe a été célébrée dans la
basilique Saint-Pierre selon le rite extraordinaire en latin.

La messe, célébrée dans la chapelle de l’adoration eucharistique par Mgr Raymond Leo Burke, préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique, a conclu le
2e congrès sur le Motu proprio « Summorum Pontificum », qui s’est déroulé à Rome du 16 au 18 octobre.

Mgr Guido Pozzo, récemment nommé par le pape secrétaire de la Commission pontificale « Ecclesia Dei », chargée du dialogue avec la Fraternité saint Pie X,
fondée par Mgr Marcel Lefebvre, a aussi participé à la messe.La chapelle n’a pas pu accueillir tous ceux qui voulaient participer à la messe et a été totalement remplie par 70 prêtres et quelque
400 personnes.

Après la messe, les participants au congrès se sont réunis place Saint-Pierre pour réciter l’Angélus avec le pape, qui leur a adressé un salut spécial en
italien.

Le Congrès intitulé « Un grand don pour toute l’Eglise » a analysé l’application du Motu proprio « Summorum Pontificum » sur l’utilisation de la liturgie
romaine précédent la réforme de 1970.

La rencontre, qui s’est déroulée à la Casa Bonus Pastor, a été organisée par ‘Jeunes et Tradition’ et par ‘Amitié sacerdotale Summorum Pontificum’.

La journée de samedi s’est conclue par le chant du ‘Te Deum’ et par la bénédiction eucharistique de la part de Mgr Camille Perl, vice-président émérite de la
Commission ‘Ecclesia Dei’.

En inaugurant le congrès, l’organisateur, le père Vincenzo Nuara O.P., a constaté les difficultés que rencontrent ceux qui veulent appliquer le Motu
proprio.

« Les hommes d’Eglise peuvent-ils refuser la Messe dans le rite extraordinaire ? », a demandé le père Nuara. « Si c’est le cas, c’est un grand problème pour
l’Eglise. Mais souvent, là où les évêques et les curés la refusent, cela pousse les jeunes (laïcs et prêtres) à l’aimer et à la pratiquer. Il y a donc de grands signes d’espérance, en particulier
de nouvelles vocations pour la messe en rite extraordinaire », a-t-il ajouté.

Selon un sondage Doxa, en Italie, 63% des catholiques pratiquants assisteraient régulièrement (au moins une fois par mois) à la messe dans le rite
extraordinaire si les évêques et les curés appliquaient le Motu proprio. Cette recherche, commandée par l’Association Paix Liturgique et par le site Internet Messa in latino, a été présentée au
cours du congrès et a été conduite sur les Italiens qui se disent catholiques, soit 76 % de la population.

Sur la base de ces résultats, seuls 58 % des catholiques italiens a entendu parler de l’introduction de la liturgie traditionnelle par Benoît XVI.

Concernant ceux qui sont informés du Motu Proprio, 71 % considèrent normal que les deux formes liturgiques, celle ordinaire et celle extraordinaire, puissent
être célébrées dans les paroisses. »

1°) La publication de cette dépêche est déjà un signe en soi. L’agence Zenit, jusqu’ici, s’est montrée prudente, pour ne pas dire plus, envers les nouvelles
concernant le Motu proprio Summorum pontificum. Proche des Légionnaires du Christ, cette agence, pourtant très papiste, n’est pas apparue comme un
relais immédiat de l’application du Motu proprio, pourtant marque forte du pape régnant. On sait que les Légionnaires du Christ ne se montrent pas très concernés par la question liturgique. C’est
leur droit, d’autant qu’ils sont confrontés aujourd’hui à des remous importants (à ce sujet voir Osservatore vaticano). En 2001, un membre de la
Légion du Christ avait pourtant été invité à participer aux travaux des Journées liturgiques de Fontgombault autour du cardinal Ratzinger. 

2°) Nos correspondants romains ont précisé plusieurs points évoqués par la dépêche. Ainsi, par exemple, Mgr Guido Pozzo n’a pas seulement participé à la messe
célébrée par Mgr Burke. Il a assisté au congrès sur le Motu proprio, y prononçant même une conférence. À tous, il a fait l’impression d’un homme énergique, précis, volontaire et qui est décidé à
s’en tenir aux dispositions du Motu proprio. Précisons aussi que le rôle de Mgr Pozzo ne se limite pas au secrétariat d’une commission « chargée du dialogue avec la Fraternité saint Pie
X, fondée par Mgr Marcel Lefebvre »
. Cet aspect est une charge nouvelle du secrétaire de la Commission Ecclesia Dei qui conserve toutes les charges
précédentes, à savoir celles concernant les relations avec le monde « Ecclesia Dei ».

) Mgr Burke, préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique, n’a pas seulement célébré la messe du dimanche à Saint-Pierre. Il a honoré de sa
présence le colloque, apportant tout son poids de préfet en exercice. Concernant la messe, il a tenu à ce que le service liturgique soit assuré par les membres de l’Institut du Christ-Roi
Souverain Prêtre, auquel il est particulièrement lié. Le cérémoniaire était donc le chanoine Guitard, secrétaire de Mgr Wach. Plusieurs séminaristes, dont plusieurs jeunes Français, servaient
aussi à l’autel. Un diacre italien de l’Institut, était également présent.

4°) Cette cérémonie a été l’occasion d’un « œcuménisme » traditionaliste puisque le diacre était un prêtre de la Fraternité Saint-Pierre, l’Abbé de
Andrade et le sous-diacre, un prêtre des Franciscains de l’Immaculée. La chorale était assurée par les Franciscaines et les Franciscains de l’Immaculée. L’abbé du Chalard de la Fraternité
Saint-Pie X a assisté à une partie du congrès.

5°) La chapelle du Saint-Sacrement dans laquelle la messe a été célébrée était en effet pleine à craquer. Pourtant le personnel de Saint-Pierre a tout fait pour
décourager les participants, tentant d’orienter certains vers une autre messe célébrée par un cardinal, demandant à d’autres s’ils étaient invités (sic) ou repoussant ceux qui tentaient un
passage en force. Des cris ont été entendus. Une fois de plus, il s’avère que le pape n’est pas écouté et entendu, y compris dans la basilique Saint-Pierre, à deux pas des fenêtres de ses
appartements. Ce n’est, hélas, pas le seul endroit où l’on résiste aux demandes du pape. Parmi les assistants, on remarquait une petite présence de journaliste français dont Jeanne Smits,
directrice de Présent, Olivier Figueras, journaliste à Présent et qui a reçu l’autorisation de photographier la cérémonie ainsi que Philippe Maxence, rédacteur en chef du
journal bimensuel L’Homme Nouveau. On a vu celui-ci quitter la place Saint-Pierre en compagnie de Don Marco, cérémoniaire de Mgr Olivieri, évêque d’Albenga (Italie) et de Franciscains de
l’Immaculée. Ces derniers, qui avaient pourtant reçu l’autorisation de filmer la cérémonie, n’ont finalement pu le faire ayant oublié de venir avec un double du document officielle.

6°) En revanche, point plus positif, le congrès s’est déroulé à la « Casa Bonus Pastor » qui dépend directement du Vicariat de Rome.

7°) Autre aspect positif : la forte présence de prêtres diocésains italiens intéressés par la forme extraordinaire de la messe latine. Une véritable espérance
car jusqu’ici l’Italie ne semblait pas concernée (le sondage de Doxa en donne des clefs d’explications) par le sujet de la messe traditionnelle.






Anomalie ?
Download PDF

Voici deux ans que le Motu proprio Summorum pontificum est entré en vigueur dans l’Église. Après les secousses dues aux déclarations de Mgr Williamson, évêque membre de la Fraternité
Saint-Pie X(FSSPX), le pape Benoît XVI a écrit une lettre aux évêques de l’Église catholique (voir annexe ci-dessous) au sujet de la levée des excommunications touchant les évêques de la
FSSPX.
Dans cette lettre, datée du 10 mars 2009, le pape annonce, entre autre, qu’il rattache désormais la Commission Ecclesia Dei à la Congrégation pour la Doctrine de la foi.
Ne serait-il pas nécessaire pour le bien de tous de changer aussi maintenant le nom de cette commission qui porte toujours le nom du Motu proprio de Jean-Paul II, qui faisait suite aux
sacres d’évêques sans mandat apostolique de la part de Mgr Lefebvre ?
Avec la publication du Motu proprio Summorum pontificum, le moins qu’on puisse dire, c’est que les choses ont profondément changé. Le nom de la Commission chargée de s’occuper de ces
affaires pourrait donc répercuter cet état de fait dans son énoncé même. D’autant que Ecclesia Dei Adflicta (son nom complet) est né à la suite des sacres et de la prise en compte de
l’excommunication latæ sententiæ des évêques consacréteurs et des évêques consacrés alors que celle-ci a été levée le 21 janvier 2009.

Annexes :


LETTRE APOSTOLIQUE “MOTU PROPRIO”

ECCLESIAE UNITATEM

DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI
À PROPOS DE LA COMMISSION ECCLESIA DEI

 

 

1. La tâche de préserver l’unité de l’Eglise, avec la sollicitude d’offrir à tous l’assistance pour répondre avec les moyens opportuns à cette vocation et grâce
divine, revient de manière particulière au Successeur de l’apôtre Pierre, qui est le principe et le fondement perpétuel et visible de l’unité, aussi bien des évêques que des fidèles [1]. La priorité suprême et fondamentale de
l’Eglise, à chaque époque, de conduire les hommes vers la rencontre avec Dieu doit être favorisée à travers l’engagement de parvenir au témoignage commun de foi de tous les chrétiens.

2. En fidélité à ce mandat, au lendemain de l’acte par lequel Mgr Marcel Lefebvre, le 30 juin 1988, conféra de manière illicite l’ordination épiscopale à quatre
prêtres, le Pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, institua, le 2 juillet 1988, la Commission pontificale Ecclesia Dei “ayant pour tâche de collaborer avec les évêques, avec les
dicastères de la Curie romaine et avec les milieux concernés, dans le but de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes, communautés ou personnes religieuses,
jusqu’à présent liés de différentes façons à la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre, qui désirent rester unis au Successeur de Pierre dans l’Eglise catholique, en conservant leurs traditions
spirituelles et liturgiques, à la lumière du Protocole signé le 5 mai dernier par le cardinal Ratzinger et par Mgr Lefebvre” [2].

3. Dans cette optique, en adhérant fidèlement à la même tâche de servir la communion universelle de l’Eglise également dans sa manifestation visible et en
accomplissant tous les efforts possibles afin qu’à tous ceux qui désirent véritablement l’unité, il soit rendu possible d’y rester ou de la retrouver, j’ai voulu élargir et actualiser, par le
motu proprio Summorum Pontificum, l’indication générale déjà contenue dans le motu proprio Ecclesia Dei à propos de la possibilité
d’utiliser le Missale Romanum de 1962, à travers des normes plus précises et détaillées [3].

4. Dans le même esprit et avec le même engagement de favoriser le dépassement de toute fracture et division dans l’Eglise et de guérir une blessure ressentie de
manière toujours plus douloureuse dans le tissu ecclésial, j’ai voulu lever l’excommunication aux quatre évêques ordonnés de manière illicite par Mgr Lefebvre. Par cette décision, j’ai voulu
lever un obstacle qui pouvait porter préjudice à l’ouverture d’une porte de dialogue et inviter ainsi les évêques et la “Fraternité Saint-Pie X” à retrouver le chemin vers la pleine communion
avec l’Eglise. Comme je l’ai expliqué dans ma Lettre aux
évêques catholiques du 10 mars dernier
, la levée de l’excommunication a été une mesure prise dans le cadre de la discipline ecclésiastique destinée à libérer les personnes du poids de
conscience représenté par la sanction ecclésiastique la plus grave. Cependant, les questions doctrinales, bien évidemment, demeurent et, tant qu’elles ne seront pas résolues, la Fraternité ne
jouira d’aucun statut canonique dans l’Eglise et ses ministres ne peuvent exercer de façon légitime aucun ministère.

5. Précisément parce que les problèmes qui doivent à présent être traités avec la Fraternité sont de nature essentiellement doctrinale, j’ai décidé – vingt-et-un
ans après le motu proprio Ecclesia Dei, et
conformément à ce que je m’étais réservé de faire [4] – de refondre la structure de la Commission Ecclesia Dei, en la reliant de manière plus étroite à la Congrégation pour la doctrine de la foi.

6. La Commission pontificale Ecclesia Dei aura donc la
configuration suivante:

a) le président de la Commission est le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

b) la Commission a son propre organigramme, composé d’un secrétaire et d’officials.

c) Il reviendra au président, assisté par le secrétaire, de soumettre les cas principaux et les questions à caractère doctrinal à l’étude et au discernement des
instances ordinaires de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ainsi que de soumettre les résultats aux dispositions supérieures du Souverain Pontife.

7. Par cette décision, j’ai voulu en particulier faire preuve de sollicitude paternelle envers la “Fraternité Saint Pie X”, dans le but de retrouver la pleine
communion avec l’Eglise.

J’adresse à tous une invitation pressante à prier sans relâche le Seigneur, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, afin que “ut unum sint”.

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 2 juillet 2009, cinquième année de notre pontificat.

 

 

BENEDICTUS PP. XVI


 

 


[1]
Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen
gentium
, n. 23; Conc. œcum. Vat. I, Const. dogm. sur l’Eglise du Christ Pastor aeternus, chap. 3: DS 3060.

[2]
Jean-Paul II, Litt. Ap. Motu proprio datae Ecclesia
Dei
(du 2 juillet 1988), n. 6: AAS 80 (1988), 1498; cf. orlf n. 27 du 5 juillet 1988.

[3]
Cf. Benoît XVI, Litt. Ap. Motu proprio datae Summorum Pontificum (7 juillet 2007): AAS 99 (2007), 777-781; cf. orlf n. 28 du 10 juillet 2007.

[4]
Cf. ibid. art. 11, 781.



Une remarque d'Osservatore vaticano
Download PDF




 

Le blog Osservatore vaticano est revenu sur
l’affaire « Castrillon Hoyos » et sur les dernières déclarations de celui-ci. Il relève, à juste titre (ce qui confirme une fois encore l’intérêt de ce blog) que le cardinal Castrillon
Hoyos a donné une information importante que peu de commentateurs ont relevée :

« En 2001, au cours d’un consistoire présidé par le Saint-Père, tous les cardinaux présents se sont prononcés en faveur du
processus pour l’entrée des lefebvristes dans la communion de l’Eglise. Dans la présentation du consistoire, en se fondant sur une note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, on a
souligné les difficultés relatives au texte de certains documents et surtout de certaines interprétations du Concile. Les difficultés majeures portaient sur la liberté religieuse et
l’oecuménisme. »

Pour Osservatore vaticano, l’information principale est celle-ci : tous les cardinaux ont accepté le processus de réintégration des partisans de Mgr Lefebvre.
C’est effectivement un point capital que le cardinal révèle, certainement pour faire taire certains prélats très critiques envers lui et à travers lui, envers Benoît XVI.

Osservatore vaticano interprète la dernière partie sur les difficultés concernant le Concile comme étant  celles émises par la Fraternité Saint-Pie X. Si c’est
le cas, le scoop n’est effectivement pas là.

Mais la phrase du cardinal Castrillon Hoyos n’est pas claire. Il peut aussi s’agir de « difficultés », concernant les textes conciliaires sur la liberté
religieuse et l’œcuménisme, émises par certaines personnalités romaines. Sans remettre en cause directement le Concile, ces pesonnalités estiment que certains points méritent d’être clarifiés et
que donc ils posent problème. Un cardinal, aujourd’hui en poste, venant d’un pays ex-communiste, a ainsi déclaré que dans la résistance au communisme, il n’avait heureusement tenu aucun compte de
Gaudium et spes

Le « on » en question pourrait même être une personne bien précise, un certain cardinal Joseph Ratzinger, alors à la tête de la Congrégation pour la Doctrine
de la foi, de laquelle venait la fameuse « note » qui soulignait
« les difficultés relatives au
texte de certains documents et surtout de certaines interprétations du Concile
». Devenu Pape en 2005, il a consacré un
important discours sur la bonne interprétation de Vatican II.











Examen de conscience dominical
Download PDF



D’après nos informations, on solennisera
aujourd’hui, dimanche 4 octobre, la fête de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dans une paroisse appliquant le Motu proprio depuis de longues années au sein du diocèse de Versailles.

La fête de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus est célébrée, selon le calendrier universel, le 3 octobre (missel de 1962). En France, il s’agit d’une fête solennisée,
laquelle est donc célébrée le dimanche précédent.

Dans cette paroisse du diocèse de Versailles, le chapelain a décidé depuis des années de solenniser les fêtes le dimanche suivant le jour de leur inscription au
calendrier. Pour la fête de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, cette année, il innove puisqu’il fait chanter à la chorale de sa paroisse une messe de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus docteur (elle
l’est depuis 1997), laquelle messe nouvelle viendrait de l’Abbaye de Solesmes.

Il s’agit, bien sûr, de points secondaires et nous ne voudrions pas chercher une querelle inutile à ce prêtre ou à ses confrères qui agissent de même. Nous ne
sommes pas docteurs en liturgie et nous n’avons pas autorité pour parler en la matière.

Seulement, nous sommes des laïques. Et de ce fait, la liturgie est aussi notre bien commun, et souvent, la seule source qui nous reste pour nourrir nos âmes. Nous
ne prenons le cas de cette paroisse qu’à titre d’exemple.

Et nous nous interrogeons : pourquoi des prêtres qui veulent servir l’Église et veulent que la messe romaine traditionnelle retrouve droit de cité de manière
normale et habituelle au sein des diocèses et des paroisses, se croient-ils autorisés à décider par eux-mêmes comment organiser la liturgie ? Pourquoi font-ils, pour la messe selon la forme
extraordinaire, ce qu’ils ont eux-mêmes souvent dénoncé concernant la forme ordinaire, à savoir cette créativité permanente et cet abus d’autorité du prêtre en matière liturgique ?

Par son Motu proprio Summorum pontificum, le pape Benoît XVI a confirmé l’usage des livres liturgiques de 1962. On peut en penser ce que l’on veut,
mais c’est ainsi.

Peut-être que ce motu proprio prépare la fameuse « réforme de la réforme », mais c’est à l’autorité compétente de mettre
celle-ci en branle et d’en déterminer les aspects concrets. Pas à nous ! Pas aux prêtres ! Mais au Pape et à ceux qu’il a délégués pour agir en son nom en la matière, dans la fidélité à
la Tradition et à l’enseignement constant du magistère.






Le cardinal Vingt-Trois est formidable
Download PDF

 

Le cardinal Vingt-trois a reçu le 9 mars dernier le patriarche Bartholoméos,

montrant ainsi son souci de l’unité de l’Église. Et les autres ?

 

 

 

 

Nos lecteurs pardonneront, j’espère, ce petit feuilleton concernant des propos tenus par l’archevêque de Paris, André, cardinal Vingt-Trois, président de la
Conférence des évêques de France, à des journalistes visiblement choisis avec soin. Nous devons au quotidien La Croix un écho de ces épiscopales paroles.

Nous avons vu, hier, ce que le cardinal pensait des conséquences du Motu proprio de
2007.

Nous voudrions aujourd’hui aborder ce qu’il pense du dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X. On s’apercevra aisément que ses propos semblent entrer dans un
vaste mouvement de réaction à l’idée même d’un dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X. Le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, a ouvert le feu. Le cardinal de Paris l’entretient, alors que nos confrères de l’Osservatore vaticano viennent de révèler ce qui se trame de nouveau du côté de la télévision suédoise.

Mais revenons à Mgr Vingt-Trois. Selon Isabelle de Gaulmyn : « À plus long
terme, le cardinal Vingt-Trois ne peut cacher un certain scepticisme sur un futur retour de la FSSPX dans l’Église. Certes, à Rome vont débuter les discussions théologiques avec les intégristes.
Mais l’archevêque de Paris observe d’emblée que
“par définition, pour faire l’unité, il faut être deux ”. Or, rappelle-t-il, le préalable à la discussion, clairement posé par Benoît XVI,
à savoir l’acceptation de Vatican II, continue d’être repoussé par les responsables intégristes. 
»

Intéressante remarque.

Le cardinal de Paris se pique de logique et… enfile des banalités. Oui, bien sûr, il faut être – au moins – deux pour se réunir. Mais, là où sa logique se brouille
avec le bon sens, c’est quand, à son tour (comme son confrère viennois), il estime que l’objet même de la négociation – à savoir certains textes de Vatican II, avec l’interprétation qui les
a accompagnés ainsi que la praxis qui a majoritairement mis en application cette interprétation – appartient au préalable non négociable.

Il est évident que le Saint-Siège ne reviendra pas de front sur Vatican II, en l’effaçant de l’histoire. Mais, à l’aide des négociations entamées avec la
Fraternité Saint-Pie X, il pourra être amené à préciser la portée de tel document, à préciser les points litigieux de tels autres (ce qui a déjà été fait pour certains documents, cf.
Dominus Iesus). Le cardinal archevêque de Paris sera peut-être surpris d’apprendre que de plus en plus de théologiens, en dehors de la Fraternité Saint-Pie X, souhaitent aussi ce type de
précisions et d’éclaircissements.

Le cardinal Vingt-Trois martelle donc une fausse logique et surtout une question de préalable qui n’existe pas. La Fraternité Saint-Pie X reconnaît le concile
Vatican II. Elle en critique des points obscurs ou équivoques, une herméneutique de rupture, une autorité qui serait supérieure aux précédents conciles, un flou doctrinal qui a conduit à des
égarements pendant des décennies, etc.

Mais, même si notre vision est trop naïve à ce sujet, une chose s’impose. Le pape a voulu des discussions doctrinales avec la Fraternité Saint-Pie X concernant
le Concile, ce n’est pas pour exiger qu’avant même l’ouverture des discussions, les deux parties soient d’accords. Il ne faut pas confondre préalable et conclusion.

Logique ? Oui, à condition de ne pas l’oublier.

Une question reste donc pendante : pourquoi le cardinal de Paris, après celui de Vienne, tient-il à réaffirmer la nécessité d’un accord préalable sur l’objet
même des discussions ? Peur de l’unité de l’Église et du retour au bercail d’éléments actifs du catholicisme ? L’unité des chrétiens est l’un des points forts de Vatican II et on
ne pourrait imaginer que Vienne et Paris s’éloignent ainsi du concile.

Alors ? L’Église qui est en France a-t-elle encore du mal à s’adapter aux nouvelles conditions de notre temps, un peu comme l’armée française en 1940 qui a
donné l’impression d’être en retard d’une guerre ?

 

Le feuilleton n’est pas fini. La suite dans les prochains jours…






Le Cardinal Vingt-Trois reparle du Motu Proprio
Download PDF

 




Nous n’étions pas parmi les « quelques journalistes » que le cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris, a rencontré le jeudi 17 septembre dernier. Il faut
appartenir au sérail, être en odeur de sainteté à l’archevêché de Paris pour avoir cet honneur. Ce n’est pas notre cas. C’est, en revanche, celui d’Isabelle de Gaulmyn, ci-devant correspondante
du quotidien La Croix à Rome, aujourd’hui revenue dans les murs parisiens du quotidien officieux de l’épiscopat français.

Dans un article qu’elle a consacré au discours du cardinal Vingt-Trois,
dispensé seulement à « quelques journalistes », Isabelle de Gaulmyn rapporte certains propos du cardinal qui intéressent ce blog. Schématiquement, trois thèmes se dégagent :

1°) la libéralisation de la messe en rite ancien ;

2°) le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X ;

3°) Vatican II.

1°) La libéralisation de la messe en rite ancien

On laissera d’abord planer le doute sur l’origine de cette formulation. Est-elle du cardinal ou de la journaliste ? Toujours est-il qu’elle est fautive. En
liturgie catholique, il n’y a pas de rite ancien. Il y a aujourd’hui par la volonté du Pape lui-même une forme extraordinaire et une forme ordinaire du rite romain. On peut penser ce que l’on
veut de cette distinction, que l’on soit cardinal ou journaliste. Mais cela importe peu. Ce qui importe, c’est qu’un vocabulaire précis a été utilisé par le Pape, lequel,  qui plus est,
s’avère être un homme pour qui les mots ont un sens précis. Visiblement, ce n’est pas le cas de tout le monde.

Ensuite, le cardinal – car cette fois, il s’agit bien de lui – déclare : « il n’y a pas eu de “tsunami” de la pratique religieuse en France : çà et
là, des arrangements ont été trouvés, mais globalement la pratique des catholiques français n’a pas été profondément modifiée ».
Cette absence de tsunami
étonne l’archevêque de Paris. Mais, qui s’attendait à un tsunami ? Précisons : qui s’attendait
réellement à
un tsunami ? En fait, personne, pas même ceux qui ont feint de croire une montée de l’intégrisme, à un retour en force du traditionalisme, à la mise en cause des « acquis » – les
fameux « acquis » – conciliaires.

D’ailleurs, la question n’est pas dans le fait qu’il y ait tsunami ou pas. C’est, à la rigueur, – si l’on ne veut pas employer le terme de « polémique »
et de « dialectique » pour qualifier une telle affirmation –une vision proprement démocratique que de parler ainsi. C’est mettre en avant la loi du nombre avant celle de la justice et
de la vérité. C’est démocratique, mais pas forcément catholique.

La question n’est donc pas de savoir si le motu proprio Summorum pontificum a entraîné un « “tsunami” de la pratique
religieuse en France », mais bien de savoir s’il a réparé une injustice et rétabli la vérité.

Or, c’est le cas.

L’injustice majeure qui a été réparée – à défaut de toutes celles qui ne le seront pas comme ces injustices concrètes subies par des milliers de prêtres et de
fidèles pendant plusieurs décennies – concerne la situation de la messe selon la forme extraordinaire. Celle-ci n’a jamais été interdite en justice et en droit. Le Pape l’a clairement déclaré
dans le motu proprio : «  Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le bienheureux Jean XXIII en 1962 et jamais
abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église. 
» (article 1).

La vérité majeure qui a été rétablie concerne le fait que tout prêtre peut célébrer cette messe (« Aux Messes célébrées sans peuple, tout prêtre catholique
de rite latin, qu’il soit séculier ou religieux, peut utiliser le Missel romain publié en 1962 par le bienheureux Pape Jean XXIII »)
sans demander
d’autorisation et que cette messe exprime bien la «  “lex orandi” » de l’Église. Mieux :  ce missel doit 
« être honoré en raison de son usage vénérable
et antique. 
» Le moins que l’on puisse dire, concernant ce dernier point, c’est que ce ne fut pas le cas depuis 1969.

Après cela, qu’il y ait un « tsunami » de pratique religieuse, si cela avait été, qui pourrait réellement s’en
plaindre ? L’archevêque de Paris ? On n’ose l’imaginer ! Certainement, doit-il regretter au contraire que le conditionnement imposé aux catholiques du rang pendant des décennies
n’ait pas disparu en deux années d’application (sur lequel il y aurait beaucoup à dire concernant le rôle des évêques) du Motu proprio. Mais la question importante que la journaliste de La
Croix
n’a pas posé, semble-t-il, serait donc : que compte faire l’archevêque de Paris pour briser cet enfermement moral et
intellectuel ?

À demain pour évoquer le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X.

Le cardinal et le dialogue
Download PDF

La formalisation du dialogue doctrinal entre le Saint-Siège et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) donne actuellement l’occasion à des multiples
déclarations ainsi qu’à des bruits de couloir, qui visent parfois à discréditer d’avance cet échange entre la commission placée sous l‘égide de la Congrégation pour la Doctrine de la foi et la
FSSPX.

L’une des dernières déclarations en date est celle du cardinal autrichien, archevêque de Vienne, Christoph Schonborn. Dans un entretien accordé à un quotidien
bavarois, et paru samedi 11 septembre, le cardinal autrichien donne ce qui lui semble la raison profonde de ce dialogue : « Le pape
Benoît XVI considère avec raison comme de son devoir de s’engager pour l’unité de l’Eglise 
».

Mais il prévient aussi en annonçant les points que selon lui le Vatican va placer comme non-négociables : la position à
l’égard des juifs,des autres religions, chrétiennes et non-chrétiennes, ainsi que la liberté religieuse comme droit fondamental de l’Humanité.

Autrement dit, toutes les questions qui posent doctrinalement problèmes à la FSSPX puisque celle-ci estime que la question liturgique est quasiment réglée par le
Motu proprio Summorum pontificum.

Ce qu’annonce le cardinal Schonborn, c’est tout simplement le refus du dialogue. Car comment prétendre au dialogue si l’on ne
discute pas de ce qui fait problème ? D’autant que le cardinal autrichien semble mettre ainsi entre parenthèse le discours de décembre 2005 du pape Benoît XVI sur les deux
herméneutiques à propos du Concile Vatican II. Car les points litigieux, « non négociables » selon le cardinal Schonborn, n’auront certainement pas la même portée selon qu’on les
interprète en fonction d’une herméneutique ou de l’autre.

De ce fait, on pourrait se demander si l’archevêque de Vienne n’envoie pas ici une sorte de mise en garde, pour que l’on
s’appuie sur ce qui ressemble à l’herméneutique de la discontinuité. C’est certainement forcer le trait, mais c’est en tous cas la direction que de telles déclarations indiquent.






Traduire le site »