Cardinal Zen : le cardinal Parolin se trompe…

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Sandro Magister, le célèbre vaticaniste de L’Espresso, a publié sur son blogue Settimo Cielo la traduction d’un article rédigé en chinois, le 5 février, par le cardinal Zen Ze-kiun, archevêque émérite de Hong Kong, sur son propre blogue. Sous le titre « Quatre observations », le cardinal y répond aux réactions du Vatican qui ont suivi sa lettre ouverte en chinois du 29 janvier : Risque de schisme en Chine qu’AsiaNews, l’agence d’informations de l’Institut pontifical pour les missions étrangères, avait immédiatement relayée en plusieurs langues (italien, anglais, espagnol). La publication de cette lettre ouverte avait provoqué une déclaration de Greg Burke, directeur de la salle de presse du Vatican, le 30 janvier (texte original en italien ici, traduction en français ), puis un entretien du cardinal Pietro Parolin accordé à Gianni Valente de La Stampa, et publié le 31 janvier, et des spéculations sur un accord imminent entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine. Il est permis de s’interroger si sacrifier l’Église dite clandestine en Chine, et de la haute diplomatie ou une trahison…

Nous publions ci-dessous la traduction de ce dernier article du courageux cardinal Zen, réalisée par le blogue Diakonos qui publie, notamment, les traductions en français des posts de Sandro Magister, et nous le remercions de nous en avoir donné l’autorisation. R.C.

*

Certaines personnes qui me veulent du bien m’ont conseillé de prier plus et de parler moins. Il est juste de prier plus, parce que le Seigneur est notre espérance et que nous avons confiance en l’intercession de la Vierge Marie, la Mère de Dieu.

On m’a probablement conseillé cela par peur qu’en parlant trop, je risque d’être plus facilement attaqué. Mais je n’ai pas peur, pour autant que mes paroles soient justes et utiles.  À mon âge [86 ans], peu m’importe de gagner ou de perdre.

Je veux parler encore parce que j’ai le sentiment que bientôt, je ne pourrai plus parler. C’est pourquoi je vous demande pardon.

  1. Dans la lecture de la messe de ce dimanche, Job doit endurer la longue nuit de la souffrance et il se lamente de ne plus voir le bonheur de ses yeux. Mais le psaume 146 nous invite à louer le seigneur qui guérit les cœurs brisés. Ces derniers jours, les frères et les sœurs qui vivent sur le continent chinois ont appris que le Vatican est sur le point de se rendre au parti communiste chinois et ils se sentent donc mal à l’aise. Vu que les évêques illégitimes et excommuniés seront légitimés tandis que ceux qui sont légitimes seront contraints à se retirer, il est logique que les évêques légitimes et clandestins s’inquiètent du sort qui les attend.  Combien de nuits de souffrance les prêtres et les laïcs endureront-ils à la pensée de devoir s’incliner et d’obéir à ces évêques qui sont aujourd’hui illégitimes et excommuniés mais qui demain seront légitimés par le Saint-Siège, avec l’appui du gouvernement ?  D’autant que le désastre a déjà commencé aujourd’hui, sans attendre demain.  Depuis le 1 février, les nouvelles lois du gouvernement sur les activités religieuses sont entrées en vigueur.  Les prêtres clandestins de Shanghai ont demandé à leurs fidèles de ne plus se rendre à leurs messes sous peine d’être arrêtés s’ils persistaient à le faire !  Mais n’ayez pas peur car le Seigneur guérit les cœurs brisés.
  2. Le secrétaire d’État du Saint-Siège a déclaré que « nous connaissons les souffrances endurées hier et aujourd’hui par les frères et les sœurs chinois ». Mais cet homme de peu de foi sait-il ce qu’est une véritable souffrance ? Les frères et les sœurs du continent chinois n’ont pas peur d’être réduits à la pauvreté, d’être mis en prison, de verser leur sang, leur plus grande souffrance est de constater qu’ils sont trahis par les « membres de leur famille ». L’interview de Parolin est truffée d’opinions erronées (en espérant que ses discours soient cohérents avec ses pensées).  Il est indécent de la part d’un haut dirigeant du Saint-Siège de manipuler la lettre [aux catholiques chinois] d’un pape, même s’il s’est retiré, en citant la phrase (4.7) : « la solution des problèmes existants ne peut être recherchée à travers un conflit permanent avec les Autorités civiles légitimes » tout en dissimulant le fait que la lettre poursuit immédiatement en affirmant que « dans le même temps, une complaisance envers ces mêmes Autorités n’est cependant pas acceptable quand ces dernières interfèrent de manière indue dans des matières qui concernent la foi et la discipline de l’Église. »

Au cours des JMJ en Corée, le pape a déclaré aux évêques asiatiques que « le présupposé du dialogue est la cohérence avec sa propre identité ». Des personnes bien informées aux plus hauts échelons du Saint-Siège déclarent aujourd’hui avec regret que « nous sommes comme des oiseaux en cage mais que la cage pourrait s’agrandir, nous tentons donc d’obtenir le plus grand espace possible ».  Mais le véritable problème n’est pas la taille de la cage mais la question de savoir qui se trouve à l’intérieur.  Les croyants clandestins ne sont pas à l’intérieur de cette cage.  Mais aujourd’hui vous voulez les forcer eux aussi à y entrer pour que eux aussi soient « réconciliés » avec ceux qui sont déjà à l’intérieur !  Certes, il y a dans cette cage des personnes qui y ont été contraintes mais également des personnes serviles et assoiffées de pouvoir qui s’y complaisent.  (J’ai été le premier à dire qu’en Chine, il n’y avait qu’une seule Église et que tous les croyants, aussi bien de l’Église officielle que de l’Église clandestine aimaient le Pape, mais aujourd’hui je n’oserais plus affirmer une telle chose).

Puisque j’ai choisi de privilégier la vérité et la justice (tout ce que je dis part du principe qu’il faut protéger la réputation du pape et afficher clairement la doctrine de l’Église), je n’ai pas de problème pour dire que j’ai fait part de mes opinions sur le « dialogue » au Pape François quand il m’a reçu en audience privée il y a trois ans. Le pape m’a écouté attentivement pendant quarante minutes sans m’interrompre.  Au moment où je lui dit que, objectivement parlant, l’Église officielle du continent chinois était schismatique (en tant qu’administration autonome indépendante du Saint-Siège mais dépendant du gouvernement), le Pape m’a répondu : « Bien sûr ! ».

  1. Hier, plusieurs personnes sont venues me trouver ou m’ont téléphoné pour me réconforter après les accusations portées contre moi par le porte-parole du Vatican. Mais elles ont mal compris parce que je n’ai pas besoin de réconfort. Il aurait mieux valu pour elles qu’elles aillent réconforter ce porte-parole. C’est lui qui est un oiseau en cage, contraint à accomplir une mission aussi embarrassante : cette fois il a été très efficace en critiquant immédiatement mon intervention (il a certainement lu ce qui a été écrit par d’autres). On se souviendra qu’il y a plus d’un an, avant le XIe Congrès des Représentants de l’Église catholique chinoise, c’est lui qui déclarait que « le Saint-Siège attend de juger sur base de faits établis ». Un an plus tard, ils sont encore en train d’attendre avant de tirer les conclusions qui s’imposent.
  2. Le commentateur du South China Morning Post mérite également toute notre miséricorde, il trouve chaque jour quelqu’un à critiquer et à se moquer : c’est certainement un expert qui sait tout et qui pourrait donner son avis sur tous les programmes « de omnibus et aliquibis aliis ». Cette personne a écrit que je préférais la politique à la religion. Je voudrais le réveiller un peu : « Where angels fear to tread, the fools rush in », là où les anges ont peur de tomber, les fous y foncent tête baissée. Lui sait-il bien ce qu’est la religion et ce qu’est la foi ?  Il a dit que j’avais décidé de faire souffrir les croyants du continent chinois.  Mais comprend-il ce qu’est la vraie souffrance pour ceux qui ont la foi ?  Toutefois, la dernière phrase qu’il a dite était juste : « The Vatican has to readjust its wordly diplomacy, whatever its spirituel preferences »: le Vatican doit rectifier sa diplomatie terrestre, quelles que soient ses préférences spirituelles.  Mais il ne s’agit pas seulement de préférences, il s’agit de principes non négociables !

17 comments

  1. de la croix Guy

    Oui bien vu…”là où les anges ont peur de tomber, les fous y foncent tête baissée. ”

    Voilà ce que nos cardinaux occidentaux feraient bien de méditer …

  2. Pingback: ¿La traición de Parolin? | Infovaticana Blogs

  3. Hervé Soulié

    Un pontife qui envoie aux orties l’enseignement évangélique sur le mariage, qui envoie aux orties les fidèles catholiques de Chine, un noyau dur des évêques français qui soutient les mouvements pro-avortement….
    Ne serait-ce pas ça la vraie crise de l’Eglise ?

    • Rébécca

      Ce que vous ne comprenez apparemment pas, c’est que toutes les interventions du Pape s’appuient sur une Foi solide, très enracinée ! …c’est œuvre de Charité ! Pour comprendre, accepter sa sainte mission cela nécessite de tendre nous même à accomplir la sainte volonté du Père (dans un cœur à Cœur) .
      Croyez vous que le BonDieu puisse abandonner son Eglise ?
      La seule crainte qui nous éclaire et qui nous permettra peut être de comprendre est celle que l’on éprouve vis à vis du BonDieu .
      Encore la lettre de saint Paul aux Romains (chapitre 11 ) à lire et à relire .. personne n’est épargné ! ….et oui “Car tout est de Lui, et par Lui, et pour Lui ” Le BonDieu est à l’Oeuvre assurément.

      • emilie

        Bien sûr que le Bon Dieu est à l’Oeuvre… mais cela n’empêche pas les responsables religieux, comme tout homme, d’avoir sa propre liberté et “d’oeuvrer” selon son bon vouloir !
        Le Cardinal ZEN a surement plus d’expérience de ce qui se passe en Chine que ce prélat qui ne semble pas faire oeuvre de prudence en voulant réunir la vraie église de Chine encore clandestine avec la Chine soi disant catholique mais sous le contrôle du parti communiste (qui existe encore).
        Dieu ne laisse pas perdre une seule brebis, Il laisse le troupeau pour retrouver la brebis perdue !
        On ne peut croire qu’Il veut qu’on abandonne le petit troupeau de fidèles chinois (qui a déjà tellement souffert) au profil d’alliances politiques avec ceux qui ne rêvent que contrôler les catholiques pour mieux les persécuter. Unifier les deux troupeaux veut dire que tous ceux qui agissent encore dans le secret vont être découverts et seront livrés à leurs persécuteurs.
        Le Cardinal ZEN essaie de sauver les siens… prions pour lui.
        Quant au pape actuel, malgré tout le respect dû à sa personne, il ne semble pas avoir le vrai sens du gouvernement de l’Eglise du Christ, ses décisions sont loin d’être sages et amènent plus la division dans le peuple de Dieu que la paix dont devraient jouir les brebis !

  4. Pauvre pécheur que je suis

    Malheureusement, l’Église aura toujours le doigt pris entre l’arbre et l’écorce…
    C’est par l’amour que l’on nous reconnaîtra comme les disciples de Jésus…
    Prions pour que Rome prenne la bone décision…

  5. Rascol

    Je ne pense pas que l’on puisse juger sereinement de ce qui se passe dans un pays aussi complexe que la Chine . Le cardinal Zen manifeste sa solidarité avec l’Eglise clandestine et c’est normal . Mais le cardinal Parolin a aussi ses raisons que nous ne connaissons pas : la diplomatie vaticane est une des mieux informées du monde.

  6. Carolus Magnus

    La trahison, le schisme, qui veut dire séparation définitive de l’Église catholique apostolique et romaine de son socle et de sa tradition bimillénaire, remonte à Paul VI°qui a tourné le dos au Christ en remplaçant l’autel par une simple table protestante face à l’assemblée.
    En renonçant à la primauté du Pape, souverain tant temporel que spirituel qui enseigne et protège, Vatican 2 l’a rabaissé en remplaçant sa tiare et sa royauté légitime (“roi” ça fait vieux jeu!) par le collège des évêques (une sorte de parlement, ça fait “tendance”) devenant de la sorte un simple “primus inter pares”. Et ainsi de suite…
    La dégringolade catastrophique de cette parodie conciliaire débouche sur la nomination de cardinaux par le comité central d’un parti communiste qui HAIT le christianisme dans son ensemble et les catholiques en particulier. Priez pour ce cardinal courageux car Rome sera contrainte de boire le calice de la trahison, du schisme de 1965 jusqu’à la lie.

  7. Juliette

    La situation ne fait qu’empirer en Europe depuis Vatican 2. Les catholiques chinois sont loges à la même enseigne que nous. On se plaint des francsmaçons, des communistes, des protestants, libres penseurs, ou autres, mais les pires sont bien les conciliaires depuis Vat2, on dirait qu’ils sont animés d’une haine encore plus féroce qu’eux contre les catholiques.

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