Monique Baujard s’en prend à Paul VI, bientôt canonisé

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Monique Baujard, qui a été directrice du service Famille et société, de 2009 à 2015, à la Conférence des évêques de France, est interrogée sur Ouest France à propos d’Humanae Vitae, encyclique publiée il y a 50 ans. Un propos totalement en dehors de l’Eglise :

En lisant ce texte, on sent l’inquiétude d’un homme qui craint un risque de déshumanisation des relations entre hommes et femmes dans l’utilisation de moyens contraceptifs. L’amour, le sexe et la procréation vont être complètement dissociés. Je crois que Paul VI a pensé qu’en mettant toute son autorité de pape, il pouvait encore prémunir le monde contre ce qu’il considérait comme un danger.

Était-ce pertinent ?

Pour moi, il se trompe d’époque. Il va prendre une décision très paternaliste. Voyant un danger, que fait-il ? Il interdit, comme un père à son gamin. Humanae vitae soulève une question de fond qu’on peut partager, mais on est très étonné des moyens utilisés par Paul VI, qui brandit l’interdit. Le texte a été rejeté parce qu’à aucun moment, le pape ne considère les catholiques comme des adultes dans la foi. Il aurait pu simplement les mettre en garde, tout en les laissant décider en conscience.

La distinction que fait l’Église entre régulation des naissances et contraception a-t-elle vraiment un sens ?

L’Église autorise les méthodes naturelles de régulation des naissances, qui participent d’un effort de continence des époux. Et on voit toute la vertu que l’Église met dans cet effort-là. C’est bien un texte écrit par des hommes célibataires qui vivent eux-mêmes cette continence. On place la vertu dans le moyen, or la vertu n’est jamais dans le moyen, mais dans le cœur des hommes.

Est-ce vraiment naturel de s’abstenir d’une relation sexuelle lors des périodes fécondes ?

Respecter la femme c’est très bien, mais est-ce que les femmes ont envie d’être réduites à ce point à leurs rythmes biologiques ? C’est très contraignant, alors que le désir féminin est plus fort à ces périodes-là. Ce texte fait abstraction de la vie réelle.

Cette encyclique a-t-elle accentué le divorce entre l’Église et les femmes ?

Elle a également creusé le fossé entre l’Église et les hommes, les catholiques n’ayant rien compris à ce que l’Église leur disait. Cette interdiction est tombée comme un couperet. On n’a pas pu débattre. Si l’Église, et c’est encore le problème aujourd’hui, n’a pas une parole compréhensible qui peut accompagner les gens à quoi sert-elle ? Si l’Évangile ne peut pas nourrir mon quotidien, ni guider mes choix de vie, alors on laisse tomber. Et c’est ce qui s’est passé. Paul VI n’a pas vu que l’époque changeait. […] Ce n’est pas un texte prophétique, mais paternaliste et complètement daté. Son style et son ton sont d’une autre époque. Il n’a pas été reçu, car il ne prend pas en compte ni l’expérience des couples ni le vécu des femmes.

Visiblement, elle n’a pas lu non plus le saint pape Jean-Paul II, qui est longuement revenu sur cet enseignement. Ces gens sont restés bloqués en 68 et ils ne voient même pas que la nouvelle génération de chrétiens est plus exigeante qu’eux et leur reproche leur mollesse.

Et cette femme a dirigé durant des années le service Famille de la CEF… Est-il possible de demander à la Conférence des évêques de France de choisir des personnes en accord avec l’enseignement de l’Eglise ou est-ce trop demander ?