« Don d’organes » ou récolte ? Une nouvelle proposition britannique

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La suggestion de récolter des organes sur des patients sévèrement atteints mais pas encore morts (voir ici par exemple) commence à progresser dans des milieux très respectés (je n’ai pas dit « respectables »). Un professeur d’Oxford, Julian Savulesco vient de proposer – avec le soutien de son associé Dominic Wilkinson – que l’on puisse éthiquement prélever des organes sur des patients, pas forcément en état de mort cérébrale, pour lesquels l’arrêt des traitements de survie aurait été décidé (15.000 personnes par an), voire sur ceux à qui l’on s’abstiendrait de proposer des soins de réanimation.

Ces nouveaux critères permettraient de court-circuiter la notion de mort cérébrale (déjà fort variable d’un pays à l’autre) qui permet déjà de prélever des organes sur des patients dont le cœur bat encore.

A l’heure actuelle les deux groupes identifiés par les auteurs sont déjà, dans certains cas, donneurs, lorsqu’on décide de prélever les organes dans la foulée de l’arrêt des soins de réanimation mais en attendant l’arrêt cardiaque pendant des secondes ou des minutes fébrilement décomptés par les moissonneurs d’organes.

Savulesco s’exprime dans cette affaire en tant que rédacteur en chef du journal Bioethics dans un article mis en ligne le 3 mai dernier et cité par le site de réflexion bioéthique australien BioEdge.

On part de l’idée que 450 personnes meurent chaque année au Royaume-Uni, faute d’organes disponible, tandis que le « stock » de personnes en état de mort cérébrale pourrait fournir jusqu’à 2.200 organes exploitables (9 par personne). Les prélever avant l’arrêt cardiaque sur spectre large des gens qui seraient de toute façon non loin de la mort assurerait à la fois la quantité et la qualité puisque les organes vitaux non irrigués se détériorent à grande vitesse. Savulesco et Wilkinson en ont tiré l’idée de mettre en place l’euthanasie en vue de la donation d’organes, qui se pratiquerait sur des patients ayant donné leur consentement préalable alors qu’ils étaient encore conscients et qui seraient de toute façon près de mourir, le caractère éthique de la manœuvre étant dérivé du fait qu’il ne serait de toute façon pas moralement condamnable de les priver des soins nécessaires à leur maintien en vie (ventilateur, etc.), et qu’il s’agirait de pallier la difficulté créée par le fait qu’ils ne meurent pas tous après vite après ce geste pour fournir des organes en bon état.

Les auteurs expliquent : « Bien que la plupart des arguments en faveur de l’euthanasie soient toujours évoqués en dehors de la question du don d’organes, il se peut bien que les bénéfices de la donation, pour l’individu et pour les d’autres, fournissent le meilleur argument possible en faveur de l’euthanasie. »

En 2008, s’exprimant de manière moins formelle sur le blog éthique d’Oxford University, Savulescu et Wilkinson avaient carrément proposé que l’on puisse prélever des organes sur des patients vivants non point en état de mort cérébrale mais sur des personnes en état de coma végétatif persistant (ils nommaient Terri Schiavo) en accusant ceux qui se laissent enterrer ou qui font brûler leurs bons organes par crémation sont d’affreux égoïstes.

© leblogdejeannesmits.

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