Affaire Fisichella : comment un commentateur en vue perçoit sa lettre…

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Le très populaire Il Giornale a offert dimanche une tribune au non moins populaire Alessandro Meluzzi, psychiatre, pour dénoncer l’initiative des cinq membres de l’Académie pontificale pour la Vie (APV) qui dans une lettre, demandaient la démission de Mgr Fisichella. Meluzzi y porte involontairement de l’eau à leur moulin en interprétant la lettre de Mgr Fisichella publiée par L’Osservatore Romano le 15 mars 2009, « Du côté de la petite fille de Recife », comme justifiant l’avortement dans les cas limites. C’est justement en raison de cette interprétation – à vrai dire la plus limpide qui soit – que la majorité des membres de l’APV avaient demandé à Mgr Fisichella de rectifier (ce qu’il ne fit point), puis à Benoît XVI de faire lever l’ambiguïté, ce qui fut fait par une « Mise au point » ou « Clarification » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi en juillet.

Meluzzi dénonce dans sa tribune le « pharisaïsme » des « critiques et des hypercritiques » de l’APV,  leur « dogmatisme rationaliste et nominaliste » qui rejoint celui des « excommunicateurs » de Recife, toutes personnes qui ont oublié le devoir d’humanité et la « solidarité avec la souffrance » et que Meluzzi met dans un même sac avec le « camp laïciste et scientiste qui invoquent l’idée abstraite de la qualité de la vie » pour déterminer si elle vaut ou non d’être vécue.

« Dans leur volonté d’infliger à une fillette de onze ans [NDLR : non, 9 ans] un poids insupportable, en lui faisant courir un risque de mort ou de suicide [NDLR : non, le rapport médical soumis à l’archévêque de Recife établissait qu’elle n’était pas en danger de mort], à l’occasion d’une grossesse par inceste [NDLR : la pauvre petite fille était violée à répétition par l’amant de sa mère, jeune cousin de celle-ci], ils semblent avoir perdu de vue non seulement la miséricorde, mais aussi la centralité incarnée de la Vérité, point névralgique d’une Bonne nouvelle évangélique, où la fête du sabbat est faite pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. »


Il y a donc des cas où l’avortement direct est acceptable ? La réponse, pour Meluzzi, est claire, c’est celle qu’il a lue dans la lettre de Fisichella, et même dans les détails de celle-ci qui saluait les médecins pour avoir agi selon leur conscience dans un cas difficile.
Meluzzi reprend ce thème : c’est même ce qu’il voit de plus grave dans les critiques faites à Fisichella qui nient « au nom d’une idée abstraite le discernement concret qui est l’apanage des médecins lorsqu’il s’agit de choisir quelle vie sauver ».
Suit une étrange et approximative dénonciation des pratiques des cours européennes dont les cryptes regorgent de jeunes princesses et de jeunes mères qui, contraintes par la raison d’Etat de mettre au monde des héritiers mâles, mouraient en couches parce qu’on préférait la vie de leurs enfants à la leur. « C’est une logique tragique que de grandes saintes récentes, comme Gianna Beretta Molla, ont célébrée en acceptant de mourir pour sauver leur propre enfant, mais cela ne peut s’imposer ni aux femmes ni aux médecins par décret », commente Meluzzi. Il oublie l’essentiel : à Gianna Beretta Molla il n’était pas proposé d’avorter, l’avortement direct étant considéré comme un péché grave (et à ce titre, susceptible de miséricorde) en toute circonstance, mais de subir un traitement contre son cancer mortel qui aurait eu pour conséquence non voulue la mort de l’enfant qu’elle portait. Son héroïsme consiste à avoir refusé un traitement licite.
Meluzzi félicite Fisichella d’avoir été plus sensible au mystère de la vie, aux détails de la vie réelle où s’exprime le mystère de Dieu et de l’Amour. Discernement dont ses « détracteurs, rancuniers et simplistes », sont évidemment incapables.
On retrouve ici les thèmes chers aux partisans de l’avortement pour faire accepter leur volonté politique : on parle de compassion avec les femmes dans des situations extrêmes, des grossesses qui menacent leur vie (bien suivies, il y en a de moins en moins dans les pay offrant un minimum de suivi des grossesses, et dans le cas de la petite fille brésilienne, une césarienne était envisageable à une date où ses deux bébés auraient eu au moins une chance de survie), du viol, de l’inceste, du risque de suicide (la petite fille de Recife, loin d’y penser, rêvait de jouer avec ses bébés). Sur ces cas limites le langage de l’Eglise ne varie pas : pour dramatiques qu’ils soient, ils ne justifient pas la mise à mort directe d’un être humain innocent. Et d’ailleurs, raisonner en ce sens aboutit à élargir de plus en plus le champ de la compassion. N’est-ce pas ainsi que l’avortement légal s’est imposé dans nos sociétés ? Des millions de victimes plus tard, n’est-il pas temps de saluer la clairvoyance de l’Eglise ?
LifeSite, à qui je dois la découverte de cet article très éclairant, souligne le parcours bariolé d’Alessandro Meluzzi. La journaliste Hilary White rappelle que cet ancien des jeunesses communistes italiennes est devenu socialiste. Il s’est certes converti à la religion catholique mais s’est affiché tour à tour écologiste en vue, franc-maçon, penseur du NewAge. Ancien député, ancien sénateur, ce psychiatre est intervenu des centaines de fois lors d’émissions de télévision et reste une personnalité médiatique très connue en Italie.
Son exégèse de l’affaire est désormais publique. Elle est claire ; elle entretient la confusion (pour le moins) à propos de la doctrine de l’Eglise telle qu’elle est perçue depuis la publication de la lettre de Fisichella.
Une mise au point semble s’imposer de sa part. Viendra-t-elle ?



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