Après le sacrilège, le débile… à Lyon cette fois.

Download PDF

Une œuvre d’art contemporain installée dans l’église Saint-Bonaventure de Lyon a été « vandalisée » mardi soir. Difficile de parler de profanation, bien que l’installation de l’« artiste » camerounais Pascale Marthine Tayou s’appelle « Colonne pascale ». Il s’agit d’un empilement de casseroles de 7 mètres de haut dressé dans la nef de l’église, qu’un plaisantin a fait dégringoler à l’aide d’une corde et d’une poulie, semble-t-il.

Muriel Jaby, responsable du musée d’Art contemporain de Lyon qui expose en même temps les œuvres de Tayou, assure que « rien ne permet d’accréditer la thèse d’un extrémiste religieux ». Ouf. Tandis que l’artiste lui-même, plutôt flatté, a demandé que ses casseroles soient réempilées telles quelles, abîmées ou non. « Ça pouvait arriver dans la vie d’une œuvre », s’émerveille-t-il.

(On se demande pourquoi les restaurateurs de tableaux se crèvent le tempérament…)

Mais le plus significatif dans l’histoire, c’est sans doute le discours savant développé par le curé de la paroisse, « Luc Forestier, père de l’Oratoire », vers lequel pointe un lien de la section Art, culture et foi du site de la conférence des évêques de France.

Je vous la fais courte, mais pas trop, pour l’exemple…

« …Une installation d’art contemporain ne cherche jamais seulement à être jolie, quoique ce ne soit pas interdit, mais aussi à interroger celui qui la remarque, au risque de ne pas être vue ou de paraître insignifiante. Quelle question est posée à notre monde ? Quelle est cette recherche de l’artiste, dont l’oeuvre témoigne, et qui peut toucher celui qui la contemple ? Quelle place dans l’histoire des représentations et dans l’interaction des cultures ?

« Pourtant, une église n’est jamais seulement un espace que l’on visite bien longtemps après qu’il ait perdu toute utilité, comme on le ferait d’un château ou, hélas, d’un musée, mais elle est toujours un bâtiment habité, non seulement par la liturgie de l’Église dans son déploiement fastueux ou modeste, mais aussi par les présences très discrètes de ces priants de toutes origines, des touristes qui se hasardent dans le coeur commerçant de Lyon, des pauvres qui sont aux portes, des visiteurs hésitants qui profitent de la pénombre et du calme pour se réchauffer, pleurer ou réfléchir, des habitués qui se retrouvent pour bavarder chaleureusement. C’est pour tous qu’est dressée cette « colonne Pascale » au centre de l’église, c’est à tous qu’elle s’adresse, suscitant nécessairement des réactions variées, en particulier parce qu’elle n’est pas d’abord « utile » ce qui constitue une transgression majeure dans notre monde où règne l’économie.

« Même si son titre joue volontairement sur une ambivalence, il y a un rapprochement évident entre le prénom de l’artiste et le sommet de la vie chrétienne qu’est la fête de Pâques, célébrée cette année par l’ensemble des confessions chrétiennes le dimanche 24 avril. Mais il y a, au moins, deux autres éléments de rapprochement entre ce qui nous rassemble autour de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ et l’installation que nous avons le privilège d’accueillir. Non seulement, le rappel d’une forte verticalité est particulièrement pertinent dans un bâtiment qui, au fur et à mesure des ajouts, est très large. La colonne pascale montre bien la juste posture chrétienne, qui est d’être debout – et non pas écrasé par son péché ou les forces de l’histoire – face à Dieu et face aux autres. Dans sa forme même, l’oeuvre n’est pas sans rappeler cet élément essentiel de notre squelette, qui tient tout le reste et qui combine solidité et souplesse. Même si mort et violence semblent triompher partout, et d’abord en nos corps, nous sommes appelés à être relevés, autre mot qui désigne la résurrection, non seulement dans la vie future, mais en anticipant aujourd’hui notre relèvement dans l’amour et le service.

« Mais le deuxième élément, plus intime encore, entre la « colonne Pascale » et ce que l’Église célèbre à Pâques tient au matériau choisi pour constituer la colonne. Il n’y a pas qu’un renvoi qui pourrait sembler exotique à la culture africaine, dont il est quand même temps de prendre conscience de son importance pour notre pays, mais il y a surtout l’usage d’éléments du quotidien que l’accumulation conduit à transcender. Ces casseroles – il faut bien choisir le mot le plus banal pour honorer la démarche – ces casseroles empilées renvoient aux incertitudes actuelles sur la capacité des humains, et non de la Terre, à suffire à leur subsistance, tout en désignant le lieu même où s’actualise pour nous le relèvement de l’humanité. Car la source et le sommet de notre rassemblement se trouve dans un repas ritualisé, qui renvoie au dernier repas de Celui qui a librement engagé son existence dans le don de lui-même. Et la taille même des ustensiles choisis conduit à penser à un repas qui dépasse toujours le petit groupe, mais qui annonce le festin ultime de l’humanité tout en exigeant de nous un partage qui est toujours le signe de la maturité humaine… »

Il n’est pas interdit d’en rire : c’est aussi un signe de maturité humaine.

© leblogdejeannesmits.

1 comment

  1. Anonymous

    Il y a encore pire en belgique …. dans ce domaine

    Nouvelles de Los Caïdos ; Lors du voyage du Pape en Espagne (nov 2010) nous avions le privilège d'assister à la Sainte Eucharistie à la Sancta Cruz de los Caïdos. Les moines nous avaient indiqués être persécutés par le pouvoir du Franc-Maçon Zap….ro.
    Nos avions alors été certain “de toute façon il a perdu”… La présence de Français lors de cette Sainte Messe et nos prières étaient importantes pour les moines, nous connaissons les événements qui ont suivis le lendemain (dimanche) et la semaine suivante (le dimanche suivant) avec plus de 10 kms de queue en bas de la vallée.
    Le 1° Samedi du mois d'Avril nous sommes retournés en pèlerinage à l'Escorial, nous avons assistés à la Sainte Messe le samedi à Los Caïdos …. sans la moindre difficulté cette fois-ci, nous sommes même entrés dans la basilique par l'entrée principale, majestueux. C'est avec une certaine satisfaction que nous avons appris le soir que Zap….ro ne se représenterai pas … “de toute façon il a perdu” trouvant dés lors toute sa signification.
    In Christo per Mariam.
    Jean-Vincent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *