Argentine : quand l’Eglise se bat contre des « lois iniques », elle préserve l’avenir de l’homme !

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Attention : texte de fond pour comprendre l’urgence de contrer la contre-culture !
 
L’archevêque de La Plata, en Argentine, Mgr Hector Aguer, inaugurait en début de semaine une exposition consacrée au Livre catholique. Sous le titre Nécessité et urgence de la bonne lecture, le prélat a délivré un message qui ne vaut pas seulement pour son diocèse ou pour son pays, d’une grande lucidité sur la véritable guerre qui est livrée à la foi. Il me semble important de vous livrer l’intégralité de ces paroles, dont je vous propose ma traduction, notamment parce qu’il y est question des « lois iniques » qui ont cours – même si leur teneur et leur objet sont différents – aussi bien en France qu’en Argentine et ailleurs. Cette réflexion devrait aussi faire penser les catholiques à leur devoir de soutien à ceux qui produisent et diffusent ces bonnes lectures : un travail authentique et bon qui entraîne des coûts et mérite salaire…

Le rendez-vous annuel qui nous réunit, l’inauguration de l’exposition du Livre catholique, nous invite à nous rappeler la valeur de la bonne lecture pour la formation personnelle du chrétien. « Valeur » signifie ici : aptitude, utilité, efficacité ; pour être précis et à jour, il faudrait ajouter qu’à côté de la valeur, il y a la nécessité, et encore l’urgence.

Il existe une raison essentielle pour réfléchir au recours aux bons livres : c’est le lieu qui correspond à la vie de l’intelligence au sein de la vie de la foi. Il convient de rappeler que la foi présente un contenu théorique, intellectuel : c’est la connaissance, la contemplation de la vérité divine dans les vérités que Dieu nous a révélées, auxquelles nous adhérons avec une entière conviction parce que la grâce meut notre volonté en vue d’y adhérer ainsi. La répercussion affective d’une telle adhésion vient après, tout comme la projection cohérente de la foi dans la conduite. Chaque disciple du Christ doit s’engager, pour autant que sa condition et ses possibilités le lui permettent, à connaître toujours mieux le contenu de la Révélation telle que l’Eglise l’interprète, expose et transmet. Dans ses réflexions sur La condition de l’intelligence dans le catholicisme, Tomas D. Casares écrivait à propos des vérités de la foi : ce qui importe, c’est de posséder ses enseignements de manière vitale et faire qu’ils possèdent dans tout notre être, depuis la discipline des sens jusqu’à l’ordonnancement de la volonté et l’illumination de l’intelligence. Il s’agit que le catholique sache asseoir toute la vie de son intelligence sur la connaissance des mystères révélés qui découvrent pour nous l’ordre surnaturel auquel nous sommes ordonnés.

Une autre raison, qui se veut de circonstance, indique l’urgence qu’il y a à alimenter la connaissance de la foi : c’est la situation religieuse et culturelle où se trouve aujourd’hui le croyant dans n’importe quel lieu du monde. On sait bien – même si habituellement cela ne figure pas aux informations et qu’on n’en parle pas dans les journaux – que le christianisme est poursuivi implacablement dans certaines régions. Mais il existe un autre type de persécution, plus insidieuse que celle qui confronte les fidèles avec la possibilité du martyre sanglant. C’est la diffusion d’une culture antichrétienne qui porte progressivement atteinte aux convictions de la foi, surtout chez les gens simples, et cela comprend des attitudes de mépris et des attaques qui tentent de discréditer l’Eglise et à défaire son influence dans la vie de la société. Ce qui se produit aujourd’hui en Argentine illustre clairement cette situation. Il se développe parmi nous un nouveau kulturkampf, une guerre culturelle analogue à celle vécue dans les années 1880 : des cénacles pseudo-intellectuels, des cercles politiques et même l’environnement officiel paraissent engagés au service d’un programme systématique pour liquider ce qui reste de culture chrétienne dans la société argentine. Ceux que je cite ne sont pas les seuls agents de ce processus : pour ne citer que deux sources disons que les universités l’alimentent depuis des décennies et que les moyens de communication, dans leur majorité, l’entraînent toujours plus vers des limites inédites de dégradation, en s’en prenant impunément au sens commun, à la décence élémentaire et au bon goût. La confusion est la marque de l’époque : confusion intellectuelle et morale ; protégés par ce climat nébuleux les exécutants de la guerre culturelle contre les vérités, les sentiments et les réalités catholiques se disent catholiques et probablement se croient tels, et ils osent donner des leçons à l’Eglise et à son magistère.

Il existe néanmoins un danger plus grave pour le catholicisme. Récemment, lors de la solennité des saints apôtres Pierre et Paul, le pape Benoît XVI l’a signalé : Le plus grand dommage, de fait, est souffert par l’Eglise en ce qu’il contamine la foi et la vie chrétienne de ses membres et de ses communautés, portant atteinte à l’intégrité du Corps mystique, affaiblissant sa capacité à prophétiser et à témoigner, corrompant la beauté de sa face. Ajoutons en passant que ce phénomène de corruption intérieure devient mortel lorsqu’il se révèle dans le clergé, dans les centres académiques et autres organismes ecclésiaux de formation, que ce soit dans les publications érudites ou celles qui parviennent aux fidèles, produites par des éditeurs catholiques.

La nécessité et l’urgence de se former au moyen de bonnes lectures doit se mesurer par rapport au très ample éventail de disciplines et de thèmes couverts par le livre catholique. Par exemple, il faut faire allusion aux livres qui exposent la sainte doctrine : commentaires bibliques, traités théologiques, synthèses catéchétiques, exposés sur divers thèmes qui reflètent les vérités de la foi. L’harmonie avec la grande tradition ecclésiale et avec l’enseignement du magistère est un point clef pour identifier le livre catholique. Parce qu’il faut se garder d’une certaine théologie qui n’est pas intelligence authentique de la foi, mais critique qui mine la certitude des vérités fondamentales, sème le doute et vide le mystère chrétien de son contenu surnaturel aussi bien dans le champ dogmatique que dans le champ moral. On peut dire la même chose d’un courant d’interprétation biblique qui, en appliquant sans discernement la méthode historique-critique, réalise une dissection de la Sainte Ecriture comme s’il s’agissait d’un simple document littéraire des temps passés. Où trouver alors la Parole de Dieu ?

Un autre chapitre important de la formation est celui de la spiritualité. Nous possédons une immense bibliothèque ascético-mystique qui comprend des œuvres des Pères de l’Eglise, des grands docteurs, des saints et des maîtres de l’esprit, beaucoup d’entre eux étant de véritables classiques de la spiritualité catholique, aussi bien d’Orient que d’Occident. Nous ne pouvons nous contenter des eaux troubles du piétisme sentimental, des manuels d’auto-assistance psychologique ou des divagations gnostiques de type    « New Age », lorsque nous pouvons étancher notre soif de Dieu dans les sources claires et rafraîchissantes qui jaillissent sans fin du Roc de la tradition sous l’influence du Saint Esprit, qui renouvelle toutes choses. Il ne faudrait pas oublier la vie des saints, surtout des plus récents et donc plus près de nous, modèles de fidélité au Christ et d’authentique humanité.

Il faut, en outre, une nouvelle apologétique qui rende sérénité et fermeté à la foi des croyants, que bien souvent vacille devant les coups des objections pseudo-scientifiques, des préjugés rationalistes et des légendes noires. Cet arsenal anti-catholique se diffuse dans une sorte de vulgate journalistique qui prend d’assaut les chrétiens mal préparés avec son fourre-tout de faux présupposés et de demi-vérités. La vieille apologétique avait ses limitations et ses défauts, mais elle accomplissait sa tâche ; aujourd’hui, il nous en faut une nouvelle qui soit en mesure d’utiliser les données certaines des science de la nature humaine. Ce travail reste à accomplir, mais dans certains champs il y a peut-être déjà des progrès – comme le dit Vittorio Messori qui en fait probablement partie – qui soient respectueux de tous et en même temps solides pour montrer les raisons pour lesquelles le croyant n’est pas un crédule, parce que l’Evangile est véridique.

Dans l’actualité, l’Eglise est le seul réassureur de l’avenir de l’homme, parce que seule la vision chrétienne du monde peut sauvegarder l’authentique conception de la personne humaine et de sa dignité. La question anthropologique est la clef pour résoudre les problèmes les plus inquiétants de la bioéthique, pour orienter l’ordre familial, économique, politique et social, les processus éducatifs et les conséquences du développement technologique. Le catholique doit se faire aujourd’hui une idée claire de la nature humaine et des valeurs objectives et universelles fondées sur elle, et, en définitive, sur la sagesse et le pouvoir de son Auteur. En réalité, le mystère de l’homme s’éclaire seulement dans la mystère du Verbe incarné (Gaudium et Spes, 22). On nous accuse d’être rétrogrades quand nous nous opposons aux lois iniques qui visent à une nouvelle ingénierie de la société en contrant l’ordre naturel. En défendant le respect de cet ordre, nous préparons l’avenir, la reconstruction de ce que les idéologues sont en train de détruire, les utopistes et les politiques récupérés. Nous sommes en train de défendre l’intégrité de l’homme et son avenir. Un catholique ne peut pas ignorer ce combat crucial, ni éluder l’engagement indispensable que ce devoir lui impose. C’est aussi pour ces thèmes passionnants que nous devons en appeler à l’aide des bons livres.

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