Bioéthique : la conférence de presse de Mgr d’Ornellas

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Tandis que les débats sur la révision des lois bioéthiques se poursuivaient, l’Eglise de France est intervenue de manière visible en convoquant à la dernière minute une conférence de presse sur le sujet autour de Mgr d’Ornellas, le « Père Bioéthique » de la Conférence des évêques. Il s’agissait de réagir à la « coïncidence » de la publication de la naissance d’un « bébé-médicament » avec l’ouverture des débats et de redire, du point de vue de la raison, la ferme opposition de l’Eglise de France à certains points de la loi.

Cette visibilité et cette volonté de peser sur le débat méritent d’être saluées. Elles marquent une forme de nouveauté : on n’avait pas vu cela au temps de la loi sur l’avortement, et encore moins en 2001, lorsque les lois Aubry ont fait de l’« IVG » un droit en tous points étendu et protégé par la loi.

Mais notons ce qui a été clairement dit. Sous le titre « un enjeu d’humanité », Mgr d’Ornellas s’est élevé contre « l’instrumentalisation » de l’être humain, épinglant même en une formule heureuse « l’obscurantisme » de ceux qui refuseraient d’écouter la voix de l’Eglise – qui s’exprime dans ce contexte avec les arguments de la raison – parce qu’elle s’adosse sur des « convictions spirituelles ».
Et de dénoncer, à propos du « bébé-médicament » dont la création est autorisée depuis la révision bioéthique de 2004, la « violence » qui risque de naître de ces pratiques : « On ouvre la porte aux revendications de ceux qui n’ont pas été désirés pour eux-mêmes. » Violence à dénoncer, certes. Mais l’autre violence : la destruction d’embryons, et celle, fondamentale, de l’avortement, n’est pas évoquée. On ne critique pas les lois de la République, n’est-ce pas ?

Le discours de Mgr d’Ornellas est à cet égard très intéressant. C’est un intellectuel qui aime le débat (et qui a certainement su ouvrir à une vraie réflexion des interlocuteurs a priori hostiles) mais il sait aussi l’esquiver, au nom d’un parti pris de « dialogue » qui exclut les affirmations carrées. Il fait confiance au « temps », élément essentiel de ce dialogue qui seul, dit-il, débouchera sur la « raison ». Et sur une « éthique de la vulnérabilité » qui suppose de ne faire à personne ce que nous ne voudrions pas que l’on nous fasse.

Mais comme, donc, Mgr d’Ornellas s’est opposé à la congélation des embryons, à la recherche sur ces tout petits êtres humains, mais jamais à ce qui rend tout cela possible, à savoir la procréation médicalement assistée, j’ai osé une question. Si le temps joue en faveur de la raison, pourquoi les lois bioéthiques s’aggravent-elles depuis 1994 ? Et si des dizaines de milliers d’embryons sont prisonniers des congélateurs, leur « dignité » n’étant pas reconnue, est-il digne de l’être humain de le fabriquer dans une éprouvette ?

Mgr d’Ornellas a répondu en partant de la congélation :

« Supprimer le temps d’un être humain, c’est violer sa dignité. C’est la porte ouverte à tous les fantasmes. On parle de cellules totipotentes : c’est la toute-puissance de la première cellule, qui en l’absence de tout empêchement, donnera naissance à un visage unique. Nous sommes face à la tentation démiurgique de vouloir maîtriser cette toute-puissance. C’est l’émergence de la violence dans la société. Fabriquer de la toute-puissance, c’est un rêve, un rêve déjà ancien : “Vous serez comme des dieux.” C’est la tentation fondamentale de l’homme. Dès qu’il se met au service de la toute-puissance, il est heureux – c’est la joie de la femme qui vient d’accoucher. »

Mots qui méritent assurément d’être médités – mais qui n’apportaient pas une réponse claire à la question.

On en arrive ainsi à des prises de positions claires sur des problèmes qui ne sont que la conséquence de transgressions premières. D’Ornellas s’interroge sur l’anonymat du don de gamètes, s’y dit plutôt favorable en l’état actuel, demande un meilleur contrôle des couples bénéficiaires – quand on accepte le principe, pourtant, de la procréation avec donneur, on ouvre déjà la porte au Meilleur des mondes.

De même lorsqu’on peut parler une heure de bioéthique sans évoquer la destruction à grande échelle des embryons qu’entraîne la fécondation in vitro, et dénoncer seulement leur congélation : c’est seulement poussé à répondre à une question sur la recherche scientifique que d’Ornellas répond : « La destruction de l’embryon n’est pas en soi compatible avec la dignité humaine. »

On retiendra toutefois l’émerveillement communicatif de Mgr d’Ornellas devant les prodiges de la conception de la vie humaine, et cette phrase, à graver dans le marbre :

« Ce qui est chrétien est raisonnable. »

Article paru dans Présent daté du vendredi 11 février 2011.

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