En Jamaïque, l’archevêque contre une représentation choquante du Christ

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Un crucifié nu, en polystyrène doré, sans tête, bras et jambes coupés à mi-avant-bras et à mi-cuisses, précédé de dizaines de roses rouge sang, telle est l’œuvre de l’artiste contemporain Laura Facey qui a provoqué une controverse dans la capitale jamaïcaine. Ce n’est pas tant son exposition dans le centre Pan Caribbean dans le quartier d’affaires de Kingston que son étalage à la une du quotidien national, The Observer, au moment de Pâques, qui a suscité une réaction très vigoureuse de l’archevêque catholique de la ville, Mgr Donald Reece.

L’œuvre s’intitule Le corps et le sang du Christ et ne rend pas compte du tout de la souffrance de la Crucifixion : comme la photographie d’un homme tout rose et nu dans la position du crucifié dans une église de Hasselt, en Belgique, cette « sculpture » aux proportions plus conformes à celles de la statuaire héroïque de l’Antiquité, avec ses trois mètres de haut, prend plutôt une pose avantageuse, à peine marquée par une fente rouge foncée sur le côté droit. Il n’y a là rien du message de la Croix, mais un étalage insistant d’une nudité qui n’a vraiment rien de discret. « La nudité, c’est quelque chose de magnifique. Elle est donnée par Dieu, elle est sacrée ! », soupire l’artiste. (Sans doute, mais pas n’importe où et aux yeux de n’importe qui…)

Laura Facey, qui est anglicane, estime que la sculpture est le résultat de sa compréhension nouvellement trouvée du mystère de l’Eucharistie – qui consisterait à « se vider de ses croyances négatives comme l’Agneau de Dieu enlève le péché du monde, puis à consommer l’hostie et le vin pour assumer symboliquement les manières d’être du Christ ».

Ce discours – qui est la plus grande partie de l’œuvre contemporaine » – n’a pas impressionné l’archevêque de Kingston.

Par retour de courrier, si l’on peut dire, Mgr Reece a vivement interpellé The Observer en l’accusant d’avoir fait preuve de « mauvais goût ».

Son courrier de lecteur précise : « Ce n’est jamais qu’une manifestation de cette tendance » qui veut que l’on attaque tout ce qu’il y a de sacré au sein de la société occidentale pour miner la foi chrétienne.

« Ni de près, ni de loin, je ne puis commencer à comprendre la motivation de l’Observer qui l’a conduit à étaler sur trois pleines pages le corps nu du Christ, en faisant référence à la foi sacrosainte en l’Eucharistie. Je me demande si, dans le cas où un artiste avait caricaturé Mahomet ou certains aspects du Coran, vous l’auriez monté aussi volontiers et aussi visiblement en épingle dans votre journal », écrivait-il.

Il a précisé qu’il ne cherchait pas querelle à Laura Facey : « Elle, comme d’autres artistes, doit avoir des raisons qui expliquent son intérêt focalisé sur la nudité », ce qui le gênait, c’est que « l’article était de très mauvais goût pour commémorer le jour le plus saint de l’année pour les chrétiens, Pâques ». Le christianisme, poursuivait-il, est aujourd’hui une « cible autorisée » pour ceux qui veulent ridiculiser ou contester la foi chrétienne :

« Dans la société occidentale, rien ne semble plus devoir être considéré comme sacré : le sexe n’est plus sacré, c’est devenu un bien de consommation ; les croyances ou les objets religieux ne sont plus tenus pour sacrés ; et le corps humain est constamment banalisé, considéré comme jetable. En somme, le mystère de la vie d’érode peu à peu. Cela ne nous empêche pas de nous interroger sur les mœurs de notre société, et nous tordons nos mains hypocritement quand des filles en âge scolaire organisent des “journées sans culottes”. Nous autres adultes avons ouvert les vannes du relativisme, de l’inconvenance, et de l’indécence : les résultats vont très loin. Le caractère sacré de la vie, lié au sens du mystère, s’évanouit très vite. Les médias doivent-ils vraiment jouer un rôle dans cette triste évolution ? »

© leblogdejeannesmits.

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