La conférence de Mgr Vasa sur les conférences épiscopales, leur rôle et leurs limites (I)

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Mgr Robert Vasa, évêque de Baker, Oregon (Etats-Unis) a prononcé une importante allocution sur le rôle joué par les conférences épiscopales et sur l’autorité qu’on leur attribue, à tort. Daniel Hamiche l’avait évoquée sur son très percutant « Americatho ». Sachant que mon confrère n’avait pas le temps de la traduire, et vu l’importance du sujet – notamment pour les questions de vie et de mort que j’aborde dans ce blog – j’ai décidé de m’y mettre et de la soumettre à votre réflexion. Vu sa longueur je vous la propose en plusieurs livraisons. Ces paroles ont donc été prononcées en anglais lors de l’InsideCatholic Partnership Award décerné le jeudi 16 septembre dernier.


Il s’agit, en un mot comme en cent, de rappeler le droit mais aussi le devoir de chaque évêque d’enseigner ceux dont il a la charge. Dans cette première partie, Mgr Vasa montre combien la tentation peut être grande de se réfugier derrière des comités, des commissions ou une conférence anonyme pour ne pas prendre la responsabilité d’une décision. – J.S.



Nous connaissons tous bien la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis (USCCB) et j’ai tendance à croire que la majorité d’entre nous la considèrent comme une réalité inévitable. J’ai aussi tendance à croire que la plupart d’entre nous ne nous sommes jamais vraiment posé de questions sur la composition, l’identité, la raison d’être et l’objectif de ces conférences au sein de l’Eglise. Cela ne veut pas dire que l’Eglise n’a pas réfléchi sérieusement sur ce thème. Le concept n’était pas neuf dans l’Eglise en 1965, lorsque le Concile Vatican II a publié Christus Dominus, le décret sur la Charge pastorale des évêques dans l’Eglise. C’est là précisément, au paragraphe 38, que le concept a été défini :
« Une conférence épiscopale est en quelque sorte une assemblée dans laquelle les prélats d’un pays ou d’un territoire exercent conjointement leur charge pastorale en vue de promouvoir davantage le bien que l’Église offre aux hommes, en particulier par des formes et méthodes d’apostolat convenablement adaptées aux circonstances présentes. » (Christus Dominus, 38.)
Il n’y a pas de doute qu’un exercice ainsi unifié d’une charge pastorale soit à la fois pratique et souhaitable. Certaines choses dans notre pays, par exemple, n’ont été possibles que parce que les évêques se sont unis au sein d’un effort commun. Le travail sur les traductions révisées de l’Instruction générale sur le Missel romain n’aurait pu être fait de manière individuelle par chaque évêque. C’eût été le chaos. L’aide aux victimes de l’ouragan en Haïti organisée par les Catholic Relief Services est au-delà de la portée et des compétences d’un évêque ou d’un diocèse isolé. L’analyse fine, l’évaluation et la mise en place de recommandations à propos de la réforme du système de santé aux Etats-Unis exige des ressources dont la plupart des diocèses ne disposent tout simplement pas – en tout cas le mien. Il me semble qu’une conférence, d’une forme ou d’une autre, est à peu près indispensable.
Il fut un temps – pas si éloigné – où la conférence, et particulièrement ses comités, avaient davantage une vie propre, apparemment indépendante du corps des évêques ; mais les structures révisées ont changé cela de manière significative. Il se peut qu’il y ait eu par le passé un effort concerté de la part d’une partie des évêques en vue de susciter une mesure d’autonomie plus élevée au bénéfice de la conférence, mais tout commentaire de ma part à ce propos serait pure spéculation. De manière générale, je pense que la conférence fait un très bon travail en matière d’identification des problèmes, de direction de la recherche, et même pour peser sur les débats nationaux.
Ce faisant, toutefois, il est parfois facile à la conférence de revenir à des schémas plus forts d’autonomie, et même d’être perçue comme possédant des types d’autonomie qu’elle ne revendique ni possède. Il est facile d’oublier que la conférence est l’outil qui doit aider les évêques à coopérer et non pas une commission de régulation distincte. Sans aucun doute, la conférence a sa place et elle a un rôle important à jouer. En général, j’ai l’expérience que l’existence de la conférence me fournit une avenue, à moi évêque individuel, pour interagir avec mes frères dans l’épiscopat, pour partager des idées, et pour participer à des discussions nationales d’une manière qui serait à peu près impossible sans la conférence.
Il y a cependant matière à inquiétude en ce qui concerne la tendance de la conférence à s’approprier une vie autonome et à commencer à remplacer ou à déplacer ce qui revient en propre aux évêques individuels, jusque dans leurs propres diocèses. Il peut bien y avoir aussi une tendance malheureuse de la part des évêques à se dessaisir, au profit de la conférence, d’une partie de leur rôle et de leur devoir épiscopal. Il existe par exemple un Comité doctrinal qui offre aux évêques un lieu où présenter leurs questions et leurs problèmes pour obtenir une opinion doctrinale. La possibilité de disposer d’un tel comité représente un grand service, mais si un évêque se contente de porter chaque question qui surgit dans son diocèse devant le Comité docrinal et de rendre compte ensuite à ses fidèles de la décision X, Y ou Z du Comité doctrinal de l’USCCB, il refuse de prendre en mains la responsabilité qui est la sienne propre, de manière unique. Il est beaucoup plus convenable pour lui de consulter ce Comité, puis de dire : « Après consultation avec le Comité doctrinal, j’ai décidé X, Y ou Z pour mon diocèse. » Une telle réponse préserve les rôles justes à la fois de l’évêque et de la conférence. Mais il est tellement plus facile et plus sûr de laisser le poids de la responsabilité auprès du Comité.
(Traduction non officielle de Jeanne Smits).
La suite demain !

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