Le misoprostol, avortement chimique facile, a le vent en poupe

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Santé maternelle, culture de mort et Bill et Melinda Gates

Ce que je prévoyais et annonçais – parce que le lobby de l’avortement ne se cache pas vraiment – est donc en train de se produire : une poussée mondiale pour l’avortement chimique facile, à domicile si possible et partout, tout contrôle de la procédure échappant définitivement aux Etats quel que soit leur laxisme ou leur rigueur par rapport à « l’IVG ».

A la Conférence globale pour la santé maternelle qui s’est tenue du 30 août au 1er septembre à New Delhi (Inde) sous l’égide de la Maternal Health Task Force (MHTF), de nombreuses conférences ont jeté une lumière plus crue sur la manière dont la culture de mort avance en prétextant la lutte contre la mortalité maternelle. Où l’on se bat, pèle-mêle, d’un côté pour l’éducation des jeunes filles et un coup d’arrêt aux mariages précoces, de l’autre pour la contraception et l’avortement légal généralisés, toujours pour réduire le nombre de grossesses à travers le monde.

Très instructif, le blog de MHTF donnait par exemple la parole, ici, à Janna Oberdorf, de Women Deliver. Elle annonce 20 millions d’avortements « dangereux » (traduisez : illégaux) dans le monde chaque année ; ajoute que 13 % des morts maternelles chaque année sont consécutives à ces « avortements dangereux ».

« Imaginez que nous puissions changer cela grâce à des pilules simples et bon marché. Voilà ce que le mifépristone (ou mifégyne ou RU 486) et le misoporostol (ou Cytotec) font pour des femmes partout dans le monde. »

C’était l’objet, à New Delhi, d’une table ronde spécifique : savoir comment mettre en place et faciliter l’accès à ces avortements médicaux « simples » qui permettront de « sauver des vies » – mais pas celles des enfants – et éviter des dommages corporels. Les interventions se sont succédé, montrant que ce médicament anti-ulcéreux, également très efficace pour faire cesser des hémorragies post-accouchement, permettrait de mener facilement à leur terme des avortement mal engagés, ou d’attendre l’accès facile à la « vraie » pilule abortive, le RU 486. Commentaire de Patricio Sanhueza Smith, du secrétariat de la Santé de Mexico : « L’avortement médical avec le misoprostol seul n’est pas l’étalon or, mais c’est un devoir d’en répandre largement l’usage, en attendant que le mifégyne ne devienne disponible. »

Selma Hajiri (Center for Research and Consultancy in Reproductive Health) soulignait de son côté que l’usage du misoprostol en combinaison avec le RU 486 est véritablement « l’étalon or » de l’avortement médical, il est nécessaire de le promouvoir partout pour être utilisé seul là où le mifégyne n’est pas disponible : traduisez, là où il est illégal puisque cette molécule a pour unique application l’avortement.

On comprend ainsi la tactique, d’ailleurs clairement annoncée depuis des mois : le misoprostol, ou Cytotec, étant un médicament qui a d’autres applications et qui permet véritablement de sauver des vies en cas d’hémorragie post partum, il est difficile d’en interdire la distribution. D’autant que l’OMS l’a récemment inscrit dans la liste des médicaments de base qui devraient être faciles d’accès partout. Utilisé comme abortif, il a une efficacité de 80 %.

Facilité d’accès, possibilité d’usage à domicile en font désormais le rêve des avorteurs. Kelsey Lynd, de Stanford University, a donc captivé son auditoire en expliquant que des études ont évalué la prescription de l’avortement médical à réaliser chez soi, annonçant en même temps l’existence de tests de grossesse qui pourraient simplifier la prescription des avortements chimiques. Hillary Bracken, de Gynuity Health Projects, annonçait quant à elle la possibilité de les prescrire à domicile jusqu’à 63 jours de grossesse (12 semaines) et d’y recourir, donc pour mettre fin à une grossesse pendant tout le 1er trimestre.

Janna Oberdorf est éblouie par la liberté que cela va donner aux femmes. Parce que « recourir à l’avortement est une décision difficile et traumatique, avec des répercussions graves sur la santé » (tiens tiens !). Parce que c’est « d’autant plus dur lorsqu’il faut payer une échographie pour déterminer le délai de gestation, qu’il faut aller à la clinique pour prendre du mifégyne, y retourner deux semaines plus tard pour une visite de contrôle et une deuxième dose, avoir une deuxième échographie pour être sûr que la grossesse est terminée ». C’est une « décision chronophage et coûteuse… dont chaque étape a des conséquences émotionnelles ».

La « bonne » nouvelle, c’est qu’il existe maintenant des tests de grossesse à faire à domicile pour vérifier que tout est bien terminé : « les implications de toutes ces recherches sont bouleversantes pour l’esprit », assure Mme Oberdorf. « Je pense qu’il est évident que le fait de réduire le nombre de visites à la clinique et d’échographies gagnerait du temps (pour la femme et pour le fournisseur) et de l’argent. Mais ce sont les conséquences émotionnelles qui me sautent à la figure. La capacité des femmes à ressentir qu’elles ont un degré de contrôle sur leurs corps et leurs avortements est quelque chose dont nous avons sévèrement besoin. »

Elle note quand même que tout cela suppose de « l’éducation », du « conseil », de « l’information ». « L’avortement à la maison, c’est une chose qui fait peur. Saigner des jours et des jours fait peur. Les femmes ont besoin de comprendre quelles sont les complications qui exigent un traitements, et recevoir un certain soutien émotionnel. Nous devons guider ces femmes en leur fournissant une juste éducation, du conseil, des centres d’appel, des aides à l’emploi et davantage, si et quand nous parvenons enfin à faire de ces services non hospitaliers une réalité. »

Tout cela, je pense, se passe de commentaires.

Sauf celui-ci, et il faut même le faire savoir très largement : Maternal Health Task Force est financé et soutenu par la Fondation Bill et Melinda Gates.

© leblogdejeannesmits.

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