Edito de RC – Du moindre mal au mieux possible
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Faire le meilleur choix ! Voilà bien ce que tout le monde espère lorsqu’il s’agit de prendre une décision. Qu’il s’agisse de discerner en vue de petites choses anodines et quotidiennes ou des grandes orientations de sa vie, comme d’actes plus graves socialement et politiquement, nous aimerions que nos actes soient les meilleurs possibles. En d’autres termes, nous espérons tendre vers le bien quand nous agissons. Toute la question est de savoir ce que nous définissons comme le bien, c’est-à-dire le but que nous recherchons. Et souvent nous tâtonnons, nous nous égarons, nous prenons des chemins de traverses avant de revenir dans la direction que nous souhaitions initialement.

On ne peut agir en vue du bien que si nous avons une idée du bien que nous voulons, sans quoi nos actions seront aléatoires, au mieux conjoncturelles. Faute de tendre vers le but fixé, qui pour nous est identifié comme un bien, nous risquons fort de tourner en rond et, finalement, de manquer le bien réel, celui qui en effet correspondra à la quête profonde que nous portons. Car il y a une adéquation intime entre la recherche du bien et la quête existentielle de l’Homme. Aussi la première étape, avant de poser un acte, est d’identifier le bien visé. Or ce bien comporte deux aspects qui sont les deux faces d’une même pièce. Le bien universel convient génériquement à toute l’humanité, comme manger, mais il s’incarne dans ce bien particulier qui est propre à chacun, à savoir manger à sa faim. Autrement dit, un bien particulier qui n’est pas aussi un bien universel ne convient à aucun homme.

Souvent, dans l’immédiateté et l’urgence de la vie, nous ne prenons pas le temps de discerner ce lien intrinsèque entre Bien universel et bien particulier, qui n’est autre que l’articulation entre égalité et équité. Les deux s’imbriquent nécessairement pourtant. Pour compliquer le discernement, les structures de péchés, les situations inextricables, nous mettent parfois dans l’incapacité de poser un acte  pur de tout mal et nous avons l’impression de nous compromettre, voire de mal faire. Nous nous limitons, bon an mal an, au moindre mal, c’est-à-dire à limiter les dégâts.

Cette vision négative et étriquée renferme l’acte sur lui-même et place l’acteur dans une position de repli défensif. C’est voir l’action posée par les hommes comme une succession isolée d’actes discontinus et clos sur eux-mêmes, alors qu’ils sont une même dynamique en vue d’une fin. Aussi, la version positive du mieux possible rend-elle davantage compte de notre propre responsabilité, de notre liberté de choix et de notre désir de tendre vers le bien.

Le mieux possible est l’acte posé, non comme une fin en soi, mais comme une étape en vue du bien. Le mieux possible envisage l’action comme une dynamique progressive d’actes intermédiaires vers le bien. Compte tenu de l’état actuel d’une situation donnée, il est peut être impossible de rejoindre le bien en une fois. Mais l’acte que je choisis de poser est le meilleur possible pour y arriver. Ainsi le discernement pose notre propre responsabilité dans la construction en vue du bien. C’est une dynamique expansive qui donne un tout autre visage à la notion de compromis par exemple. Il est important, dans le monde politique et social actuel de garder toujours en ligne de mire le bien que nous voulons atteindre pour poser des « compromis » qui ne soient pas compromission, mais des étapes orientées vers le bien.

A cette lumière, chaque chrétien est capable de s’engager le mieux possible en refusant de subir le moindre mal. Ceci revient à transformer la spirale de repli sur soi en une dynamique d’expansion du Royaume. Et ceci nous est possible parce que ayant, par la Révélation, la connaissance du Bien et du mal, nous avons la possibilité d’arrêter la spirale du mal à chaque fois qu’elle se présente à nous.

La vertu, une disposition au bien
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Dans son message aux membres de l’Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la vie réunie à Rome ces jours-ci, le pape rappelle à sa manière la doctrine thomiste de la vertu.

La science et la technique ne suffisent pas : pour comprendre le bien, il faut la sagesse du cœur.

 

Dans la Bible le cœur n’est pas seulement le lieu des affections, mais aussi des facultés spirituelles, la raison et la volonté, le siège de la décision, du mode de penser et d’agir (…) De là naissent toutes les œuvres bonnes, mais aussi les erreurs quand la vérité et les motions de l’Esprit Saint sont rejetées. dans le cœur de l’Homme, Dieu déverse sa propre sagesse.

 

De nos jours, plusieurs orientations culturelles ne reconnaissent plus la marque de la sagesse divine dans la réalité créée. La nature humaine reste ainsi réduite à la seule matérialité. (…) Notre humanité au contraire est unique et tellement précieuse aux yeux de Dieu ! C’est pourquoi la première nature dont il faut prendre soin, afin de porter du fruit, est notre propre nature. Nous devons lui donner l’air propre de la liberté et l’eau vive de la vérité, la protéger des vilenies de l’égoïsme et du mensonge. Sur le terrain de notre humanité, pourra alors fleurir une grande variété de vertu.

 

La vertu est l’expression la plus authentique du bien que l’Homme, avec l’aide de Dieu, est capable de réaliser.

 

La vertu n’est pas une simple habitude, mais est l’attitude constamment renouvelée de choisir le bien.

 

Lire l’intégralité du discours (en italien)

Benoît XVI : la justice ? Message de carême 2010
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Alors que l’année de la miséricorde donne la part belle aux œuvres de justice, que notre monde brandit comme étalon cette divinité des temps anciens, mieux vaut savoir de quoi nous parlons. Avec la profondeur qui est la sienne Benoît XVI ouvrait le carême de 2010 en ces termes La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ (Rm 3, 21-22).

Écho à l’année de la miséricorde, approfondissement du message de son successeurs pour la journée mondiale des malades, (voir notre article) voici donc à l’aube du carême 2016, le message toujours actuel du pape Benoît XVI

 

Chers frères et sœurs,

Chaque année, à l’occasion du carême, l’Église nous invite à une révision de vie sincère à la lumière des enseignements évangéliques. Cette année j’aimerais vous proposer quelques réflexions sur un vaste sujet, celui de la justice, à partir de l’affirmation de saint Paul : «La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ. » (Rm 3, 21-22)

Justice : « dare cuique suum »

En un premier temps, je souhaite m’arrêter sur le sens du mot « justice » qui dans le langage commun revient à « donner à chacun ce qui lui est dû – dare cuique suum » selon la célèbre expression d’Ulpianus, juriste romain du III siècle. Toutefois cette définition courante ne précise pas en quoi consiste ce « suum » qu’il faut assurer à chacun. Or ce qui est essentiel pour l’homme ne peut être garanti par la loi. Pour qu’il puisse jouir d’une vie en plénitude il lui faut quelque chose de plus intime, de plus personnel et qui ne peut être accordé que gratuitement : nous pourrions dire qu’il s’agit pour l’homme de vivre de cet amour que Dieu seul peut lui communiquer, l’ayant créé à son image et à sa ressemblance. Certes les biens matériels sont utiles et nécessaires. D’ailleurs, Jésus lui-même a pris soin des malades, il a nourri les foules qui le suivaient et, sans aucun doute, il réprouve cette indifférence qui, aujourd’hui encore, condamne à mort des centaines de millions d’êtres humains faute de nourriture suffisante, d’eau et de soins. Cependant, la justice distributive ne rend pas à l’être humain tout ce qui lui est dû. L’homme a, en fait, essentiellement besoin de vivre de Dieu parce que ce qui lui est dû dépasse infiniment le pain. Saint Augustin observe à ce propos que « si la justice est la vertu qui rend à chacun ce qu’il lui est dû… alors il n’y a pas de justice humaine qui ôte l’homme au vrai Dieu» (De Civitate Dei XIX, 21)

D’où vient l’injustice?

L’évangéliste Marc nous transmet ces paroles de Jésus prononcées à son époque lors d’un débat sur ce qui est pur et ce qui est impur : « Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller… ce qui sort de l’homme voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers. » (Mc 7, 14-15 ; 20-21) Au-delà du problème immédiat de la nourriture, nous pouvons déceler dans la réaction des pharisiens une tentation permanente chez l’homme : celle de pointer l’origine du mal dans une cause extérieure. En y regardant de plus près, on constate que de nombreuses idéologies modernes véhiculent ce présupposé : puisque l’injustice vient du dehors, il suffit d’éliminer les causes extérieures qui empêchent l’accomplissement de la justice. Cette façon de penser, nous avertit Jésus, est naïve et aveugle. L’injustice, conséquence du mal,  ne vient pas exclusivement de causes extérieures ; elle trouve son origine dans le cœur humain où l’on y découvre les fondements d’une mystérieuse complicité avec le mal. Le psalmiste le reconnaît douloureusement : « Vois dans la faute je suis né, dans le péché ma mère m’a conçu. » (Ps 51,7). Oui, l’homme est fragilisé par une blessure profonde qui diminue sa capacité à entrer en communion avec l’autre. Naturellement ouvert à la réciprocité libre de la communion, il découvre en lui une force de gravité étonnante qui l’amène à se replier sur lui-même, à s’affirmer au-dessus et en opposition aux autres : il s’agit de l’égoïsme, conséquence du péché originel. Adam et Eve ont été séduits par le mensonge du Satan. En s’emparant du fruit mystérieux, ils ont désobéi au commandement divin. Ils ont substitué une logique du soupçon et de la compétition à celle de la confiance en l’Amour, celle de l’accaparement anxieux et de l’autosuffisance à celle du recevoir et de l’attente confiante vis-à-vis de l’autre (cf. Gn 3, 1-6) de sorte qu’il en est résulté un sentiment d’inquiétude et d’insécurité. Comment l’homme peut-il se libérer de cette tendance égoïste et s’ouvrir à l’amour ?

Justice et Sedaqah

Au sein de la sagesse d’Israël, nous découvrons un lien profond entre la foi en ce Dieu qui « de la poussière relève le faible » (Ps 113,7) et la justice envers le prochain. Le mot sedaqah, qui désigne en hébreux la vertu de justice, exprime admirablement cette relation. Sedaqah signifie en effet l’acceptation totale de la volonté du Dieu d’Israël et la justice envers le prochain (cf. Ex 20,12-17), plus spécialement envers le pauvre, l’étranger, l’orphelin et la veuve (cf. Dt 10, 18-19). Ces deux propositions sont liées entre elles car, pour l’Israélite, donner au pauvre n’est que la réciprocité de ce que Dieu a fait pour lui : il s’est ému de la misère de son peuple. Ce n’est pas un hasard si le don de la Loi à Moïse, au Sinaï, a eu lieu après le passage de la Mer Rouge. En effet, l’écoute de la Loi suppose la foi en Dieu qui, le premier, a écouté les cris de son peuple et est descendu pour le libérer du pouvoir de l’Egypte ( cf. Ex 3,8). Dieu est attentif au cri de celui qui est dans la misère mais en retour demande à être écouté : il demande justice pour le pauvre (cf. Sir 4,4-5. 8-9), l’étranger (cf. Ex 22,20), l’esclave (cf. Dt 15, 12-18). Pour vivre de la justice, il est nécessaire de sortir de ce rêve qu’est l’autosuffisance, de ce profond repliement sur-soi qui génère l’injustice. En d’autres termes, il faut accepter un exode plus profond que celui que Dieu a réalisé avec Moïse, il faut une libération du cœur que la lettre de la Loi est impuissante à accomplir. Y a-t-il donc pour l’homme une espérance de justice ?

Le Christ, Justice de Dieu

L’annonce de la bonne nouvelle répond pleinement à la soif de justice de l’homme. L’apôtre saint Paul le souligne dans son Épître aux Romains : « Mais maintenant sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée…par la foi en Jésus Christ à l’adresse de tous ceux qui croient. Car il n’y a pas de différence : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie par le Christ Jésus. Dieu l’a exposé instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi. » (3, 21-25)

Quelle est donc la justice du Christ ? C’est avant tout une justice née de la grâce où l’homme n’est pas sauveur et ne guérit ni lui-même ni les autres. Le fait que l’expiation s’accomplisse dans « le sang » du Christ signifie que l’homme n’est pas délivré du poids de ses fautes par ses sacrifices, mais par le geste d’amour de Dieu qui a une dimension infinie, jusqu’à faire passer en lui la malédiction qui était réservée à l’homme pour lui rendre la bénédiction réservée à Dieu (cf. Gal 3, 13-14). Mais immédiatement pourrait-on objecter :  de quel type de justice  s’agit-il si le juste meurt pour le coupable et le coupable reçoit en retour la bénédiction qui revient au juste ? Est-ce que chacun ne reçoit-il pas le contraire de ce qu’il lui est dû ? En réalité, ici, la justice divine se montre profondément différente de la justice humaine. Dieu a payé pour nous, en son Fils, le prix du rachat, un prix vraiment exorbitant. Face à la justice de la Croix, l’homme peut se révolter car elle manifeste la dépendance de l’homme, sa dépendance vis-à-vis d’un autre pour être pleinement lui-même. Se convertir au Christ, croire à l’Évangile, implique d’abandonner vraiment l’illusion d’être autosuffisant, de découvrir et accepter sa propre indigence ainsi que celle des autres et de Dieu, enfin de découvrir la nécessité de son pardon et de son amitié.

On comprend alors que la foi ne soit pas du tout quelque chose de naturel, de facile et d’évident : il faut être humble pour accepter que quelqu’un d’autre me libère de mon moi et me donne gratuitement en échange son soi. Cela s’accomplit spécifiquement dans les sacrement de la réconciliation et de l’eucharistie. Grâce à l’action du Christ, nous pouvons entrer dans une justice « plus grande », celle de l’amour (cf. Rm 13, 8-10), la justice de celui qui, dans quelque situation que ce soit, s’estime davantage débiteur que créancier parce qu’il a reçu plus que ce qu’il ne pouvait espérer.

Fort de cette expérience, le chrétien est invité à s’engager dans la construction de sociétés justes où tous reçoivent le nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine et où la justice est vivifiée par l’amour.

Chers frères et sœurs, le temps du carême culmine dans le triduum pascal,  au cours duquel cette année encore, nous célébrerons la justice divine, qui est plénitude de charité, de don et de salut. Que ce temps de pénitence soit pour chaque chrétien un temps de vraie conversion et d’intime connaissance du mystère du Christ venu accomplir toute justice. Formulant ces vœux, j’accorde à tous et de tout cœur ma bénédiction apostolique.

Cité du Vatican, le 30 octobre  2009

BENEDICTUS PP. XVI

Maaloula : c’était bien une “intox” !
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Selon une information mise en ligne à 10 h 11 sur le site de l’hebdomadaire Le Point. En fait les combats semblent faire rage à Maaloula entre des groupes islamistes, probablement du Front Al-Nosra, qui y seraient encore retranchés et l’Armée arabe syrienne… Lire la suite…. Tout ce que rapportait donc (vo
L’observatoire de la Christianophobie

Maaloula : des symboles chrétiens ont bien été détruits par les islamistes selon “La Croix”
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Un article, publié hier sur le site du quotidien La Croix, confirme les bribes d’informations déjà connues : à savoir que de nombreux symboles chrétiens du village ont été détruits par les occupants islamistes. Le témoignage d’une habitante, Mariam… Lire la suite…, qui a réussi à fuir le villa
L’observatoire de la Christianophobie

Maaloula : les islamistes ont bien abandonné leurs positions dans la ville
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C’est en tout cas ce qui est confirmé par un article mis en ligne sur le site du quotidien libanais L’Orient-Le Jour d’aujourd’hui, que vient également de signaler Le Salon Beige. En fait, L’Orient-Le Jour reprend un communiqué aux allures de victoire de la Coalition nationale syrie… Lire la suite…
L’observatoire de la Christianophobie

Bien vu…
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Il fallait qu’un évêque catholique le dise. Voilà qui est fait. Merci Mgr Marc Aillet… Lire la suite… !

Source : Le Salon Beige
L’observatoire de la Christianophobie

Attentats de Kano au Nigéria : les bombes visaient bien les églises et ont tué 45 personnes
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Les quatre engins explosifs artisanaux qui ont explosé entre 9 h et 9 h 30 dans le quartier chrétien de Sabon Gari de la ville de Kano (capitale de l’État du même nom au Nigéria) le 29 juillet dernier, visaient bien les églises selon les responsables des communautés chrétiennes locale… Lire la suite…
L’observatoire de la Christianophobie

La préfecture de police a bien manipulé les images de la manif pour tous
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Un rapport belge confirme l’existence de retouches sur les images mises en ligne par la préfecture de police au lendemain des manifestations du 24 mars contre le mariage pour tous…     « TV Magazine s’est procuré le rapport d’une étude indépendante belge portant sur les images diffusées par la préfecture de police de Paris au […]
Itinerarium

2013-2. « Quand il s’agit de favoriser l’unité entre tous les chrétiens, certains esprits sont trop facilement séduits par une apparence de bien… »
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6 janvier 1928 – 6 janvier 2013

85ème anniversaire d’un texte
qui garde une surprenante actualité 

2013-2.

Lettre Encyclique

« Mortalium Animos » 

de Sa Sainteté le Pape Pie XI
sur l’unité de la véritable Eglise

* * * * *

Aux Patriarches, Primats, Archevêques, et autres ordinaires des lieux en paix et communion avec le Siège Apostolique

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

Jamais peut-être dans le passé, les esprits des hommes n’ont été saisis aussi fort que nous le voyons de nos jours, du désir de renforcer et d’étendre pour le bien commun de la société humaine, les relations fraternelles qui nous lient à cause de notre communauté d’origine et de nature.

Les peuples, en effet, ne jouissent pas encore pleinement des bienfaits de la paix ; et même, çà et là, de vieilles et de nouvelles discordes provoquent l’éruption de séditions et de guerres civiles. Par ailleurs, la plupart, assurément, des controverses qui touchent à la tranquillité et à la prospérité des peuples ne peuvent d’aucune manière recevoir de solution sans l’action concertée et les efforts des chefs des Etats et de ceux qui en gèrent et poursuivent les intérêts. On comprend donc aisément, et cela d’autant mieux que plus personne ne refuse d’admettre l’unité du genre humain, pourquoi la plupart des hommes désirent voir, au nom de cette fraternité universelle, les divers peuples s’unir entre eux par des liens chaque jour plus étroits.

C’est un résultat semblable que d’aucuns s’efforcent d’obtenir dans les choses qui regardent l’ordre de la Loi nouvelle, apportée par le Christ Notre-Seigneur. Convaincus qu’il est très rare de rencontrer des hommes dépourvus de tout sens religieux, on les voit nourrir l’espoir qu’il serait possible d’amener sans difficulté les peuples, malgré leurs divergences, religieuses, à une entente fraternelle sur la profession de certaines doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle. C’est pourquoi, ils se mettent à tenir des congrès, des réunions, des conférences, fréquentés par un nombre appréciable d’auditeurs, et, à leurs discussions, ils invitent tous les hommes indistinctement, les infidèles de tout genre comme les fidèles du Christ, et même ceux qui, par malheur, se sont séparés du Christ ou qui, avec âpreté et obstination, nient la divinité de sa nature et de sa mission.

De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étapes dans le naturalisme et l’athéisme. La conclusion est claire : se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée.

Il est vrai, quand il s’agit de favoriser l’unité entre tous les chrétiens, certains esprits sont trop facilement séduits par une apparence de bien. N’est-il pas juste, répète-t-on, n’est-ce pas même un devoir pour tous ceux qui invoquent le nom du Christ, de s’abstenir d’accusations réciproques et de s’unir enfin un jour par les liens de la charité des uns envers les autres? Qui donc oserait affirmer qu’il aime le Christ s’il ne cherche de toutes ses forces à réaliser le voeu du Christ lui-même demandant à son Père que ses disciples soient « un » (Joan. XVII, 21)? Et de plus le Christ n’a-t-il pas voulu que ses disciples fussent marqués et distingués des autres hommes par ce signe qu’ils s’aimeraient entre eux : « C’est à ce signe que tous connaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Joan. XIII, 35)?

Plaise à Dieu, ajoute-t-on, que tous les chrétiens soient « un »! Car par l’unité, ils seraient beaucoup plus forts pour repousser la peste de l’impiété qui, s’infiltrant et se répandant chaque jour davantage, s’apprête à ruiner l’Evangile.

Tels sont, parmi d’autres du même genre, les arguments que répandent et développent ceux qu’on appelle panchrétiens. Et il s’en faut que ces panchrétiens soient peu nombreux et disséminés; ils se sont, au contraire, multipliés en organisations complètes et ils ont fondé des associations largement répandues, que dirigent, le plus souvent, des non catholiques, quelles que soient leurs divergences en matières de foi. Leur entreprise est, d’ailleurs, poursuivie si activement qu’elle obtient en beaucoup d’endroits l’accueil de personnes de tout ordre et qu’elle séduit même de nombreux catholiques par l’espoir de former une union conforme, apparemment, aux voeux de notre Mère la Sainte Eglise, laquelle, certes, n’a rien plus à coeur que de rappeler et de ramener à son giron ses enfants égarés.

Mais en fait, sous les séductions et le charme de ces discours, se cache une erreur assurément fort grave, qui disloque de fond en comble les fondements de la foi catholique.

Avertis par la conscience de notre charge apostolique de ne pas laisser circonvenir par des erreurs pernicieuses le troupeau du Seigneur, nous faisons appel, vénérables frères, à votre zèle pour prendre garde à un tel malheur. Nous avons, en effet, la confiance que, par l’écrit et par la parole, chacun de vous pourra plus facilement atteindre son peuple et lui faire comprendre les principes et les raisons que nous allons exposer et que les catholiques pourront y trouver une règle de pensée et de conduite pour les entreprises visant à réunir, de quelque manière que ce soit, en un seul corps, tous ceux qui se réclament du nom chrétien.

Dieu, Auteur de toutes choses, nous a créés pour le connaître et le servir ; étant notre Créateur, il a donc un droit absolu à notre sujétion. Certes, Dieu aurait pu n’imposer à l’homme, comme règle, que la loi naturelle qu’il a, en le créant, gravée dans son coeur, et dans la suite en diriger les développements par sa providence ordinaire ; mais en fait il préféra promulguer des préceptes à observer, et, au cours des âges, c’est-à-dire depuis les débuts de l’humanité jusqu’à la venue du Christ Jésus et sa prédication, il enseigna lui-même aux hommes les obligations dues à lui, Créateur, par tout être doué de raison : « Dieu, qui, à diverses reprises et en plusieurs manières, parla jadis à nos pères par les prophètes, nous a, une dernière fois, parlé en ces jours-ci par son Fils » (Hebr. I, 1-2).

Il en résulte qu’il ne peut y avoir de vraie religion en dehors de celle qui s’appuie sur la parole de Dieu révélée : cette révélation, commencée à l’origine et continuée sous la Loi Ancienne, le Christ Jésus lui-même l’a parachevée sous la Loi Nouvelle. Mais, si Dieu a parlé – et l’histoire porte témoignage qu’il a de fait parlé – , il n’est personne qui ne voie que le devoir de l’homme, c’est de croire sans réserve à Dieu qui parle et d’obéir totalement à Dieu qui commande.

Pour que nous remplissions convenablement ce double devoir en vue de la gloire de Dieu et de notre salut, le Fils unique de Dieu a établi sur terre son Eglise. Or, ceux qui se déclarent chrétiens ne peuvent pas, pensons-nous, refuser de croire que le Christ a fondé une Eglise, et une Eglise unique ; mais si, en outre, on leur demande de quelle nature doit être, suivant la volonté de son Fondateur, cette Eglise, alors tous ne s’entendent plus. Par exemple, un bon nombre d’entre eux nient que l’Eglise doive être visible et décelable extérieurement, en ce sens, du moins, qu’elle doive se présenter comme un seul corps de fidèles unanimes à professer une seule et même doctrine sous un seul magistère et un seul gouvernement; pour eux, au contraire, l’Eglise visible n’est rien d’autre qu’une fédération réalisée entre les diverses communautés de chrétiens malgré leurs adhésions à des doctrines différentes et même contradictoires.

Or, en vérité, son Eglise, le Christ Notre-Seigneur l’a établie en société parfaite, extérieure par nature et perceptible aux sens, avec la mission de continuer dans l’avenir l’oeuvre de salut du genre humain, sous la conduite d’un seul chef (Matth. XVI, 18 ; Luc. XXII, 32 ; Joan. XXI, 15-17), par l’enseignement de vive voix (Marc. XVI, 15) et par l’administration des sacrements, sources de la grâce céleste (Joan. III, 5 ; VI, 48-59 ; XX, 22 ; cf. Matth. XVIII, 18 ; …etc.) ; c’est pourquoi, dans les paraboles, il l’a déclarée semblable à un royaume (Matth. XIII), à une maison (cf. Matth. XVI, 18), à un bercail (Joan. X, 16) et à un troupeau (Joan. XXI, 15-17). Sans aucun doute, cette Eglise, si admirablement établie, ne pouvait finir ni s’éteindre à la mort de son Fondateur et des Apôtres qui furent les premiers chargés de la propager, car elle avait reçu l’ordre de conduire, sans distinction de temps et de lieux, tous les hommes au salut éternel : « Allez donc et enseignez toutes les nations » (Matth. XXVIII, 19). Dans l’accomplissement ininterrompu de cette mission, l’Eglise pourra-t-elle manquer de force et d’efficacité, quand le Christ lui-même lui prête son assistance continuelle : « Voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles » (Matth. XXVIII, 20)?

Il est, par conséquent, impossible, non seulement que l’Eglise ne subsiste aujourd’hui et toujours, mais aussi qu’elle ne subsiste pas absolument la même qu’aux temps apostoliques; – à moins que nous ne voulions dire – à Dieu ne plaise! – ou bien que le Christ Notre-Seigneur a failli à son dessein ou bien qu’il s’est trompé quand il affirma que les portes de l’enfer ne prévaudraient jamais contre elle (Matth. XVI, 18).

C’est ici l’occasion d’exposer et de réfuter la fausse théorie dont visiblement dépend toute cette question et d’où partent les multiples activités concertées des non-catholiques en vue de confédérer, comme nous l’avons dit, les églises chrétiennes.

Les auteurs de ce projet ont pris l’habitude d’alléguer, presque à l’infini, les paroles du Christ : « Qu’ils soient un… Il n’y aura qu’un bercail et qu’un pasteur » (Joan. XVII, 21 ; X, 15), mais en voulant que, par ces mots, soient signifiés un voeu et une prière du Christ Jésus qui, jusqu’à ce jour, auraient été privés de résultat. Ils soutiennent, en effet, que l’unité de foi et de gouvernement, caractéristique de la véritable et unique Eglise du Christ, n’a presque jamais existé jusqu’à présent et n’existe pas aujourd’hui ; que cette unité peut, certes, être souhaitée et qu’elle sera peut-être un jour établie par une entente commune des volontés, mais qu’il faut entre-temps la tenir pour une sorte de rêve. Ils ajoutent que l’Eglise, en elle-même, de sa nature, est divisée en parties, c’est-à-dire constituée de très nombreuses églises ou communautés particulières, encore séparées, qui, malgré quelques principes communs de doctrine, diffèrent pour tout le reste ; que chaque église jouit de droits parfaitement identiques ; que l’Eglise ne fut une et unique que tout au plus depuis l’âge apostolique jusqu’aux premiers conciles oecuméniques.

Il faut donc, disent-ils, négliger et écarter les controverses même les plus anciennes et les divergences de doctrine qui déchirent encore aujourd’hui le nom chrétien, et, au moyen des autres vérités doctrinales, constituer et proposer une certaine règle de foi commune : dans la profession de cette foi, tous sentiront qu’ils sont frères plus qu’ils ne le sauront; seulement, une fois réunies en une fédération universelle, les multiples églises ou communautés pourront s’opposer avec force et succès aux progrès de l’impiété.

C’est là, vénérables frères, leur opinion commune. Il en est, toutefois, qui affirment et concèdent que le protestantisme a rejeté trop inconsidérément certains dogmes de foi et plusieurs pratiques du culte extérieur, agréables et utiles sans aucun doute, que l’Eglise Romaine, au contraire, conserve encore. Ils se hâtent, d’ailleurs, d’ajouter que cette Eglise Romaine, elle aussi, s’est égarée, qu’elle a corrompu la religion primitive en lui ajoutant certaines doctrines moins étrangères que contraires à l’Evangile et en obligeant à y croire ; parmi ces doctrines, ils citent en premier lieu celle de la primauté de juridiction attribuée à Pierre et à ses successeurs sur le siège romain. Dans ce nombre, il en est, assez peu, il est vrai, qui concèdent au Pontife Romain soit une primauté honorifique, soit une certaine juridiction ou pouvoir, qui, estiment-ils toutefois, découle non du droit divin mais, d’une certaine façon, du consentement des fidèles ; d’autres vont jusqu’à désirer que leurs fameux congrès, qu’on pourrait qualifier de bariolés, soient présidés par le Pontife lui-même. Pourtant, si on peut trouver des non-catholiques, d’ailleurs nombreux, qui prêchent à pleine voix une communion fraternelle dans le Christ Jésus, on n’en trouverait pas à qui vienne la pensée de se soumettre et d’obéir au Vicaire de Jésus-Christ quand il enseigne et quand il commande. Entre-temps, ils affirment qu’ils traiteront volontiers avec l’Eglise Romaine, mais à droits égaux, c’est-à-dire en égaux avec un égal ; mais s’ils pouvaient traiter, il ne semble pas douteux qu’ils le feraient avec la pensée de ne pas être tenus, par le pacte éventuellement conclu, à renoncer aux opinions en raison desquelles, encore maintenant, ils restent dans leurs errements et dans leurs erreurs hors de l’unique bercail du Christ.

Dans ces conditions, il va de soi que le Siège Apostolique ne peut, d’aucune manière, participer à leurs congrès et que, d’aucune manière, les catholiques ne peuvent apporter leurs suffrages à de telles entreprises ou y collaborer ; s’ils le faisaient, ils accorderaient une autorité à une fausse religion chrétienne, entièrement étrangère à l’unique Eglise du Christ.

Pouvons-nous souffrir – ce serait le comble de l’iniquité – que soit mise en accommodements la vérité, et la vérité divinement révélée? Car, en la circonstance, il s’agit de respecter la vérité révélée. Puisque c’est pour instruire de la foi évangélique tous les peuples que le Christ Jésus envoya ses Apôtres dans le monde entier et que, pour les garder de toute erreur, il voulut qu’ils fussent auparavant instruits de toute vérité par l’Esprit-Saint (Joan. XVI, 13), est-il vrai que, dans l’Eglise que Dieu lui-même assiste comme chef et gardien, cette doctrine des Apôtres a complètement disparu ou a été jamais falsifiée? Si notre Rédempteur a déclaré explicitement que son Evangile est destiné non seulement aux temps apostoliques, mais aussi aux âges futurs, l’objet de la foi a-t-il pu, avec le temps, devenir si obscur et si incertain qu’il faille aujourd’hui tolérer même les opinions contradictoires?

Si cela était vrai, il faudrait également dire que tant la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres que la présence perpétuelle de ce même Esprit dans l’Eglise et la prédication elle-même de Jésus-Christ ont perdu, depuis plusieurs siècles, toute leur efficacité et tout leur utilité : affirmation évidemment blasphématoire.

De plus, quand le Fils unique de Dieu a commandé à ses envoyés d’enseigner toutes les nations, il a en même temps imposé à tous les hommes le devoir d’ajouter foi à ce qui leur serait annoncé par les « témoins préordonnés par Dieu » (Act. X, 41), et il a sanctionné cet ordre par ces mots : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc. XVI, 16). Or, l’un et l’autre de ces deux commandements, qui ne peuvent pas ne pas être observés, celui d’enseigner et celui de croire pour obtenir la vie éternelle, ces deux commandements ne peuvent même pas se comprendre si l’Eglise n’expose pas intégralement et visiblement la doctrine évangélique et si, dans cet exposé, elle n’est à l’abri de tout danger d’erreur. Aussi, ils s’égarent également, ceux qui pensent que le dépôt de la vérité existe quelque part sur terre, mais que sa recherche exige de si durs labeurs, des études et des discussions si prolongées que, pour le découvrir et entrer en sa possession, à peine la vie de l’homme y suffirait ; comme si le Dieu très bon avait parlé par les prophètes et par son Fils unique à cette fin que seulement un petit nombre d’hommes enfin mûris par l’âge pût apprendre les vérités révélées par eux, et nullement pour donner une doctrine de foi et de morale qui dirigerait l’homme pendant tout le cours de sa vie mortelle.

Il est vrai, ces panchrétiens qui cherchent à fédérer les églises, semblent poursuivre le très noble dessein de promouvoir la charité entre tous les chrétiens ; mais comment la charité pourrait-elle tourner au détriment de la foi? Personne sans doute n’ignore que saint Jean lui-même, l’Apôtre de la charité, que l’on a vu dans son Evangile, dévoiler les secrets du Coeur Sacré de Jésus et qui ne cessait d’inculquer dans l’esprit de ses fidèles le précepte nouveau : « Aimez-vous les uns les autres », interdisait de façon absolue tout rapport avec ceux qui ne professaient pas la doctrine du Christ, entière et pure : « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez même pas » (Joan. II, 10). C’est pourquoi, puisque la charité a pour fondement une foi intègre et sincère, c’est l’unité de foi qui doit être le lien principal unissant les disciples du Christ.

Comment, dès lors, concevoir la légitimité d’une sorte de pacte chrétien, dont les adhérents, même dans les questions de foi, garderaient chacun leur manière particulière de penser et de juger, alors même qu’elle serait en contradiction avec celles des autres? Et par quelle formule, Nous le demandons, pourraient-ils constituer une seule et même société de fidèles, des hommes qui divergent en opinions contradictoires? Par exemple, au sujet de la sainte Tradition, ceux qui affirment qu’elle est une source authentique de la Révélation et ceux qui le nient? De même, pour la hiérarchie ecclésiastique, composée d’évêques, de prêtres et de ministres, ceux qui pensent qu’elle est d’institution divine et ceux qui déclarent qu’elle a été introduite peu à peu selon les temps et les circonstances? Egalement au sujet de la très sainte Eucharistie, ceux qui adorent le Christ véritablement présent en elle grâce à cette merveilleuse transformation du pain et du vin appelée transsubstantiation, et ceux qui affirment que le corps du Christ ne s’y trouve présent que par la foi ou par un signe et la vertu du Sacrement ; ceux qui reconnaissent à la même Eucharistie à la fois la nature de sacrifice et celle de sacrement, et ceux qui n’y voient rien d’autre que le souvenir et la commémoraison de la Cène du Seigneur? Et aussi, quant aux Saints régnant avec le Christ et spécialement Marie Mère de Dieu, ceux qui croient qu’il est bon et utile de les invoquer par des supplications et de vénérer leurs images, et ceux qui prétendent que ce culte ne peut être rendu, parce qu’opposé à l’honneur de Jésus-Christ « seul médiateur entre Dieu et les hommes » (I Tim. II, 5)?

En vérité, nous ne savons pas comment, à travers une si grande divergence d’opinions, la voie vers l’unité de l’Eglise pourrait être ouverte, quand cette unité ne peut naître que d’un magistère unique, d’une règle unique de foi et d’une même croyance des chrétiens. En revanche, nous savons très bien que, par là, une étape est facilement franchie vers la négligence de la religion ou indifférentisme et vers ce qu’on nomme le modernisme, dont les malheureuses victimes soutiennent que la vérité des dogmes n’est pas absolue, mais relative, c’est-à-dire qu’elle s’adapte aux besoins changeants des époques et des lieux et aux diverses tendances des esprits, puisqu’elle n’est pas contenue dans une révélation immuable, mais qu’elle est de nature à s’accommoder à la vie des hommes.

De plus, quant aux vérités à croire, il est absolument illicite d’user de la distinction qu’il leur plaît d’introduire dans les dogmes de foi, entre ceux qui seraient fondamentaux et ceux qui seraient non fondamentaux, comme si les premiers devaient être reçus par tous tandis que les seconds pourraient être laissés comme matières libres à l’assentiment des fidèles: la vertu surnaturelle de foi a en effet, pour objet formel l’autorité de Dieu révélant, autorité qui ne souffre aucune distinction de ce genre. C’est pourquoi tous les vrais disciples du Christ accordent au dogme de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu la même foi que, par exemple, au mystère de l’Auguste Trinité, et de même ils ne croient pas à l’Incarnation de Notre-Seigneur autrement qu’au magistère infaillible du Pontife Romain dans le sens, bien entendu, qu’il a été défini par le Concile oecuménique du Vatican. Car, de la diversité et même du caractère récent des époques où, par un décret solennel, l’Eglise a sanctionné et défini ces vérités, il ne s’ensuit pas qu’elles n’ont pas la même certitude, qu’elles ne sont pas avec la même force imposées à notre foi: n’est-ce pas Dieu qui les a toutes révélées?

En effet, le magistère de l’Eglise – lequel, suivant le plan divin, a été établi ici-bas pour que les vérités révélées subsistent perpétuellement intactes et qu’elles soient transmises facilement et sûrement à la connaissance des hommes – s’exerce chaque jour par le Pontife Romain et par les évêques en communion avec lui ; mais en outre, toutes les fois qu’il s’impose de résister plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou d’imprimer dans l’esprit des fidèles des vérités expliquées avec plus de clarté et de précision, ce magistère comporte le devoir de procéder opportunément à des définitions en formes et termes solennels.

Certes, cet usage extraordinaire du magistère n’introduit aucune nouveauté à la somme des vérités qui sont contenues, au moins implicitement, dans le dépôt de la Révélation confié par Dieu à l’Eglise; mais ou bien il rend manifeste ce qui jusque là pouvait peut-être paraître obscur à plusieurs, ou bien il prescrit de regarder comme de foi ce que, auparavant, certains mettaient en discussion.

On comprend donc, Vénérables Frères, pourquoi ce Siège Apostolique n’a jamais autorisé ses fidèles à prendre part aux congrès des non-catholiques : il n’est pas permis, en effet, de procurer la réunion des chrétiens autrement qu’en poussant au retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ, puisqu’ils ont eu jadis le malheur de s’en séparer.

Le retour à l’unique véritable Eglise, disons-Nous, bien visible à tous les regards, et qui, par la volonté de son Fondateur, doit rester perpétuellement telle qu’il l’a instituée lui-même pour le salut de tous. Car jamais au cours des siècles, l’Epouse mystique du Christ n’a été souillée, et elle ne pourra jamais l’être, au témoignage de saint Cyprien : « L’Epouse du Christ ne peut commettre un adultère: elle est intacte et pure. Elle ne connaît qu’une seule demeure; par sa chaste pudeur, elle garde l’inviolabilité d’un seul foyer » (De cath. Ecclesiae unitate, VI). Et le saint martyr s’étonnait vivement, et à bon droit, qu’on pût croire « que cette unité provenant de la stabilité divine, consolidée par les sacrements célestes, pouvait être déchirée dans l’Église et brisée par le heurt des volontés discordantes » (ibid.). Le corps mystique du Christ, c’est-à-dire l’Eglise, étant un (I Cor. XII, 12), formé de parties liées et coordonnées (Eph. IV, 16) à l’instar d’un corps physique, il est absurde et ridicule de dire qu’il peut se composer de membres épars et disjoints; par suite, quiconque ne lui est pas uni n’est pas un de ses membres et n’est pas attaché à sa tête qui est le Christ (Eph. V, 30 ; 1, 22).

Or, dans cette unique Eglise du Christ, personne ne se trouve, personne ne demeure, si, par son obéissance, il ne reconnaît et n’accepte l’autorité et le pouvoir de Pierre et de ses légitimes successeurs. N’ont-ils pas obéi à l’Evêque de Rome, Pasteur suprême des âmes, les ancêtres de ceux qui, aujourd’hui, sont enfoncés dans les erreurs de Photius et des novateurs? Des fils ont, hélas! déserté la maison paternelle, laquelle ne s’est point pour cela effondrée et n’a pas péri, soutenue qu’elle était par l’assistance perpétuelle de Dieu. Qu’ils reviennent donc au Père commun, qui oubliera les insultes proférées jadis contre le Siège Apostolique et les recevra avec la plus grande affection. Si, comme ils le répètent, ils désirent se joindre à nous et aux nôtres, pourquoi ne se hâteraient-ils pas d’aller vers l’Eglise, « mère et maîtresse de tous les fidèles du Christ » (Conc. Latran IV, c. 5).

Qu’ils écoutent Lactance s’écriant : « Seule… l’Eglise catholique est celle qui garde le vrai culte. Elle est la source de vérité, la demeure de la foi, le temple de Dieu ; qui n’y entre pas ou qui en sort, se prive de tout espoir de vie et de salut. Que personne ne se flatte d’une lutte obstinée. Car c’est une question de vie et de salut ; si l’on n’y veille avec précaution et diligence, c’est la perte et la mort » (Divin. Instit. IV. 30, 11-12).

Que les fils dissidents reviennent donc au Siège Apostolique, établi en cette ville que les princes des Apôtres, Pierre et Paul, ont consacrée de leur sang, au Siège « racine et mère de l’Eglise catholique » (S. Cypr. Ep. 48 ad Cornelium, 3).

Qu’ils y reviennent, non certes avec l’idée et l’espoir que « l’Eglise du Dieu vivant, colonne et fondement de la vérité » (I Tim. II, 15) renoncera à l’intégrité de la foi et tolérera leurs erreurs, mais, au contraire, pour se confier à son magistère et à son gouvernement. Plaise à Dieu que cet heureux évènement, que tant de nos prédécesseurs n’ont pas connu, Nous ayons le bonheur de le voir, que nous puissions embrasser avec un coeur de père les fils dont nous déplorons la funeste séparation ; plaise à Dieu notre Sauveur, « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tim. II,4), d’entendre Notre ardente supplication pour qu’il daigne appeler tous les égarés à l’unité de l’Eglise. En cette affaire certainement très importante, Nous faisons appel et Nous voulons que l’on recoure à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de la divine grâce, victorieuse de toutes les hérésies et Secours des chrétiens, afin qu’elle Nous obtienne au plus tôt la venue de ce jour tant désiré où tous les hommes écouteront la voix de son divin Fils « en gardant l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix » (Eph. IV, 3).

Vous comprenez, Vénérables Frères, combien nous souhaitons cette union. Nous désirons que Nos fils le sachent aussi, non seulement ceux qui appartiennent à l’univers catholique, mais aussi tous ceux qui sont séparés de nous. Si, par une humble prière, ces derniers implorent les lumières célestes, il n’est pas douteux qu’ils ne reconnaissent la seule vraie Église de Jésus-Christ et qu’ils n’y entrent enfin, unis à Nous par une charité parfaite. Dans cette attente, comme gage des bienfaits divins et en témoignage de Notre bienveillance paternelle, Nous vous accordons de tout coeur, Vénérables Frères, ainsi qu’à votre clergé et à votre peuple, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 6 janvier, en la fête de l’Epiphanie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l’an 1928, le sixième de Notre Pontificat.

 armoiries-du-pape-pie-xi1 encyclique dans Vexilla Regis

Le blogue du Mesnil-Marie

L’attaque sanglante contre une église de Yobe au Nigéria, est bien imputable au Boko Haram
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Cela est désormais confirmé par un témoin de cette abomination. Ce sont bien les islamistes du Boko Haram qui ont tué six chrétiens la nuit de Noël à Yobe. On en sait un peu plus sur l’attaque de l’église de … Continue reading →

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L’observatoire de la Christianophobie

Le Forum Catholique a bien été piraté
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Dans mon précédent post je signalais cette information avec un point d’interrogation. Un courriel reçu du webmaître du Forum Catholique, voici une demie heure, ôte toute interrogation. « Le Forum Catholique a fait l’objet d’un piratage informatique », nous informe-t-il. D.H.

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L’observatoire de la Christianophobie

Le principe de subsidiarité : le bien commun est l’affaire de tous
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Article de Vivien Hoch, sur le numéro papier de Nouvelles de France (Juillet – Août 2012) L’idéologie socialiste parle beaucoup de justice, et la décline sous toutes ses formes – justice sociale, justice équitable, justice réelle. Elle se trouve être le fer de lance d’une égalité obligatoire et d’une ingérence étatiste dans la vie des individus, Mais […]
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Notez bien notre important rendez-vous à Paris
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Observatoire de la christianophobie

Piss Christ : les poursuites sont bien « annulées »
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Contrairement à ce que certains médias ont cru pouvoir écrire, ce qui a provoqué quelques commentaires sur ce blogue et sur d’autres blogues qui ont relayé notre dépêche d’hier, les poursuites contre les prévenus dans l’affaire de l’immonde Piss Christ ont bien été annulées, me confirme ce matin un des avocats des prévenus. Les avocats […]
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Attentat contre une église chrétienne de Bauchi : c’était bien le Boko Haram
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Les terroristes islamistes de la secte du Boko Haram ont officiellement “revendiqué” dans un courriel de leur porte parole Abu Qaqa, l’attentat de dimanche dernier contre une église de Yelwa (État de Bauchi, Nigéria), qui a fait quinze morts. « Nous remercions Dieu de nous accorder la victoire. Nous avons réussi à commettre un attentat […]
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Le Boko Haram serait bien l’exécuteur des attentats contre des chrétiens au Nigéria le 29 avril
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  Le double attentat à la bombe et à l’arme automatique, contre des chrétiens qui assistaient à des cultes (un catholique et un protestant) sur le campus de l’Université Bayero de Kano (Nigéria) le dimanche 29 avril dernier (voir ici, ici et là ), et qui fit au moins vingt tués, serait bien l’œuvre du […]
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Du « vivre-ensemble » au « Bien commun »
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   L’exacerbation presque quotidienne du « vivre-ensemble » ne doit pas faire oublier qu’il s’agit avant tout de « bien vivre-ensemble ». L’horizontal « vivre-ensemble » gagnerait peut-être à s’articuler avec le « bien-commun ». L’un est usé par un trop-plein d’utilisations, l’autre est inusité, rendu caduque aujourd’hui par le libéralisme ambiant, selon lequel chacun peut choisir « son » bien.  Qu’est-ce que pourrait apporter la réapparition dans le débat public de la notion de bien commun ?

Le bien oublié 

    Le fait marquant de la modernité politique, c’est que le juste s’est substitué au bien. Il n’y a plus de bien, il n’y a que des biens. Le politique n’a plus le droit de trancher pour les individus de leur propre bien. Il n’est là que pour organiser la poursuite de chacun vers son propre bien, selon sa propre culture. Ne plus faire en sorte que les gens vivent bien, mais que les gens peuvent vivre selon leur bien. Donc pour organiser le multiculturalisme et le vivre-ensemble. John Rawls, grand penseur de la politique contemporaine, le prend comme un fait, et son œuvre marquante ne consiste qu’à « savoir comment une société juste et libre est possible dans des conditions de conflits doctrinaux profonds sans espoir de solution ».

Les biens en conflit

   De « conflit », évidemment. Lorsque chacun poursuit son propre bien, il y a conflit : comme si chacun nageait dans le sens qu’il voulait à la piscine, ou ne suivait pas la file dans les couloirs étroits du métro. Un conflit d’interprétation quand au « bien-vivre ». Chez les grecs, tout se réglait sur l’Agora. Aujourd’hui, tout se règle au palais de justice, en douce (n’est-ce pas MRAP, Licra, SOS racisme, etc. ?).

  C’est pourquoi le « vivre-ensemble » est une notion négative : elle est utilisée pour lutter contre les discriminations ou l’inégalité. « Ceci n’est pas une mesure qui favorise le vivre ensemble ». « Ceci contrevient au vivre ensemble ». Etc. Aussi ronge-t-elle finalement la liberté publique, et empêche le peuple de poursuivre un projet de vie en commun. Car tout ce qui ne correspondrait pas à ce projet commun, pourrait brandir le « vivre-ensemble » comme arme. Voilà pourquoi, aussi, le « vivre-ensemble » est extrêmement politisé et communautarisé ; c’est une arme utilisée à contre-emploi, parce qu’elle détruit ce qu’elle prétend défendre : au lieu d’organiser une même finalité pour tous (un bien-vivre – que les anciens appelaient vertu – et une même dynamique), elle organise la diversification des fins, donc le conflit dans la société.

    Nous ne nous sommes pas constitués en communauté pour simplement « vivre-ensemble » (conflit inéluctable), mais pour « bien vivre ensemble ». Candidat, partis, programmes, thinks thanks, n’oubliez pas cette fin commune, n’oubliez pas notre bien, le bien.

Trois types de biens, trois types de société

  Alors quid ? ou plutôt comment ? Si j’avais la recette miracle de l’art politique, je ne serais pas là. Mais je peux donner des éléments critiques, hérités des plus grandes pensées philosophiques, pour discrner ce qu’il en va . Les « aristotéliciens », et parmi eux, le plus prestigieux, saint Thomas d’Aquin, distinguaient  trois types de biens qui, rapportés à une visée globale, peuvent constituer chacun un projet de société spécifique :

            – Les biens utiles (bonum utile). Est utile un bien qui n’est pas voulu, aimé ou recherché pour lui-même. Il sert. Une société axée sur l’utile cherche à tout rationnaliser, l’éducation, la santé, les transports à partir d’un schème industriel et technique, tel une certaine forme de communisme. Les individus ne sont que des pions ou des numéros : on fait venir des travailleurs immigrés pour peser sur les salaires, on délocalise pour baisser les coûts. Le mot d’ordre est « rentabilité », « efficacité ». La politique se « technocratise », la culture se « technologise », le spirituel… n’est plus très utile dans cette perspective.

            – Les biens agréables (bonum delectabile). Est dit agréable un bien qui est recherché pour le plaisir ou l’agrément qu’il procure. C’est le propre d’une société consumériste que d’être fondée sur la recherche du plaisir et de l’agréable – en bref, elle promeut le divertissement et la consommation de masse. Mais encore une fois, cela ne peut constituer une fin commune, puisque chacun a ses goûts, ses petits plaisirs, ses divertissements (même si la production culturelle de masse consiste à uniformiser ces choix) ; laissez les gens se délecter,

            – les biens honnêtes (bonum honestum). Est dit honnête un bien qui est recherché, voulu et aimé pour lui-même ; l’homme y trouve sa perfection, et un motif de sublimation. Les hommes y trouve un terrain d’entente dans la volonté d’y parvenir. L’avantage, pour la société, c’est que ce type de bien n’a pas à se partager (il n’est pas quantitatif, mais qualitatif). Du coup, il ne tombe ni sous la loi économique, parce qu’il ne se découpe pas, ni sous les vélleités communautaires, parce qu’il est d’emblée commun. Pas d’emprunt pour le prévoir, pas de divisions pour l’adopter, pas de difficultés pour l’appliquer. Le rêve du politique.

    Évidemment, pour saint Thomas, le Bien honnête ultime, voulu pour lui même, c’est Dieu… (ce qui n’induit pas forcément chez lui un système théocratique). Mais il y a d’ « autres dieux », plus communs, plus visables par tous. L’amour en constitue l’exemple le plus éminent. Tous peuvent aimer, tous aiment être aimés. L’amour est voulu pour lui-même. Et l’amour est un nom de Dieu… « θεὸς ἀγάπη ἐστίν » (1 Jean 4, 8)

 © Vivien Hoch, pour Itinerarium 

Voir :

Vivien Hoch, Introduction au bien chez saint Thomas d’Aquin (Université thomiste)

Vivien Hoch, Le pluralisme et la justice chez John Rawls (Université thomiste)

Michel Nodé-Langlois, L’idée de bien commun, (Philopsis)


Itinerarium

Le gouvernement pakistanais l’admet enfin : ce sont bien des musulmans qui ont assassiné Shahbaz Batti
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Que n’avait-on entendu venant de sources “officielles” ou “officieuses” du gouvernement pakistanais : l’assassinat du ministre catholique des minorités du Pakistan, Shahbaz Batti n’était pas l’œuvre de musulmans, mais la malheureuse conséquence d’une divergence entre le ministre et on ne sait trop qui sur des affaires financières… Ce rideau de fumée est désormais dissipé et le […]
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