Emmanuel Macron face à l’Eglise

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Dans Famille chrétienne, Samuel Pruvot a interrogé l’essayiste Édouard Tétreau, qui serait un proche du Président Macron et relais informel entre l’exécutif et le monde catholique. Mais il faut se méfier des fausses confidences de Tétreau, qui n’est absolument pas un proche de Macron : il l’a simplement croisé plusieurs fois comme ministre des Finances. Voici un extrait de cet entretien :

La prochaine installation, le 6 janvier, de Mgr Michel Aupetit à Paris est-elle une bonne nouvelle pour les relations entre l’exécutif français et l’Église catholique ?

C’est une très bonne nouvelle. Je reconnais bien là le choix du Pape François pour le diocèse de Paris, pour l’Église de France, et pour la relation que vous soulignez. Une personnalité du Vatican me disait l’été dernier : « Paris, c’est un diocèse à aimer ; pas une machine bureaucratique à faire tourner. » Sans l’archidiocèse de Paris, pas d’homélie de Benoist de Sinety aux obsèques de Johnny Hallyday, ou de Matthieu Rougé à celles de Jean d’Ormesson. Pas de service des plus pauvres, des migrants de la porte de la Chapelle aux prostituées (Tamaris, Aux captifs la Libération). Les prêtres, religieux et laïcs du diocèse de Paris ont beaucoup donné ces dernières années. Il leur fallait un chef pour les incarner, les aimer, et les aider à continuer leur ministère. Mgr Aupetit, médecin ordonné prêtre à 44 ans, né dans une famille sans tradition catholique, d’un père cheminot, est d’abord le choix de cette incarnation. Pas un magistère cérébral, détaché ou administratif, mais humain, très humain.

Mais en ce qui concerne les relations avec le pouvoir, que peut apporter Mgr Aupetit ?

L’autre bonne nouvelle de cette nomination, c’est que l’Église de France se dote d’une personnalité à la parole forte et audible, dans un moment où cette parole est recherchée. Traditionnellement, trois institutions exercent au plan national ce magistère de la parole : le primat des Gaules, la conférence des Évêques de France, et l’archevêque de Paris. Le cardinal Barbarin est empêché par la séquence judiciaire que l’on sait.

La conférence des évêques de France, sans doute du fait de sa structure collégiale et de sa recherche systématique du consensus, est hélas devenue difficilement audible ces dernières années. Sa prudence et sa retenue contrastent avec la vigueur et le dynamisme de la nouvelle génération de prêtres en France, témoins et acteurs d’un vrai renouveau de la pratique chrétienne (pèlerinages, hausse spectaculaire des vocations dans certaines communautés comme Saint Martin, vitalité du « Padreblog », etc.). Une génération qui aimerait bien que ses évêques seniors se mettent eux aussi « en marche » ! Il ne reste donc plus que l’archevêché de Paris pour porter à nouveau cette parole dans un moment clé.

Pourquoi est-ce un moment clé ?

Parce que, pour la première fois depuis très longtemps, peut-être depuis le général de Gaulle, nous avons un président français qui prend au sérieux le fait religieux, et les racines chrétiennes de l’identité française. J’en veux pour preuve, s’il en fallait, son discours à Saint-Étienne du Rouvray en juillet 2017 ; son discours sur l’identité française à Reims pendant la campagne présidentielle, avec la mention explicite du baptême de Clovis ; la réunion du 21 décembre prochain avec les responsables religieux.

Ce nouveau président est en attente d’un véritable interlocuteur pour le monde catholique, avec qui engager le dialogue sur des sujets aussi décisifs pour l’avenir et la concorde de notre pays que les futures lois bioéthiques. Je crois et espère que Mgr Aupetit sera cet interlocuteur-là. […]”