La souveraineté est-elle un point d’attention pour la construction européenne ?

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Mgr Jean-Pierre Grallet, Archevêque de Strasbourg, représentant des évêques de France à la COMECE (Commission des Épiscopats de la Communauté Européenne) invite à voter le 25 mai aux élections européennes. Il donne 10 points d’attention pour la construction européenne :

  1. L’attention au bien commun : Sans projet commun, il n’y a pas d’Europe. Chaque citoyen, chaque communauté et chaque nation doit être capable de subordonner ses intérêts particuliers au profit du bien commun.
  2. Le souci de la solidarité : L’Europe ne peut se construire que sur une logique de solidarité à tous les niveaux, entre nations, entre régions et entre groupes sociaux. Pour bien s’exercer, la solidarité entre nous doit s’accompagner d’une révision de nos façons de consommer. Sans tempérance et sans partage, il ne peut y avoir de vraie solidarité entre les uns et les autres.
  3. La dignité de toute personne : L’UE doit veiller au respect de toute personne humaine quels que soient sa race, son sexe, sa culture, sa religion, son statut social. La vie humaine doit être protégée de sa conception à sa mort naturelle. La famille, composante de base de notre société, doit bénéficier de la même protection.
  4. Le soin de chaque génération : Dans les prochaines années, la démographie au sein de l’UE changera fortement. Nous plaidons pour les personnes âgées afin qu’elles aient accès aux soins auxquels elles ont droit et nous plaidons aussi pour les jeunes générations afin qu’elles bénéficient de politiques favorables à leur insertion dans la vie sociale.
  5. La promotion de la justice sociale : La crise économique et bancaire a provoqué, depuis 2008, beaucoup de dégâts en Europe, entraînant une augmentation du nombre de personnes pauvres et vulnérables. Nous devons entendre le cri des pauvres, nous rappelle le Pape François, et nous attaquer aux causes structurelles de la disparité sociale qui est la racine des maux de notre société (EG 202).
  6. L’intégration des migrants : Les migrations internes à l’Europe ou en provenance de l’extérieur, influent sur la vie des personnes et de la société. L’UE a une frontière extérieure commune. La responsabilité de l’accueil et de l’intégration des migrants doit être partagée proportionnellement entre les états membres. Les migrants doivent être traités avec humanité et respect. Tous les organismes, publics, associatifs, religieux doivent s’unir pour une intégration réussie des personnes migrantes.
  7. Le respect de l’environnement : La terre est à tous et nous devons la protéger pour aujourd’hui et pour demain. Conscients des risques que nous courons, soucieux de durabilité, nous devons veiller « non seulement à la terre, l’eau et l’air comme dons de la Création appartenant à tous, mais aussi et surtout, protéger l’homme de sa propre destruction » avertissait Benoît XVI (CIV. 51) « une sorte d’écologie de l’homme, comprise de manière juste est nécessaire ».
  8. Le respect de nos rythmes de travail et de repos :Toute personne doit pouvoir travailler et se reposer, produire et disposer de ses produits, ne pas être enchaînée à la seule logique du travail matériel mais goûter aussi aux joies de la vie spirituelle, de la rencontre, de la prière et du repos. Le repos régulier est une nécessité et un droit. L’UE doit protéger le jour de repos commun hebdomadaire qu’est le dimanche.
  9. La pratique du principe de subsidiarité : L’UE s’est construite sur ce principe de la subsidiarité qui veille à ce que l’unité de l’ensemble ne se fasse jamais au détriment de la légitime responsabilité des états membres, ni de leurs traditions respectives. Veillons à l’application de ce principe.
  10. L’exercice de la liberté religieuse : La liberté religieuse est un droit fondamental comprenant celui d’exprimer sa foi en public. Nous nous réjouissons de l’adoption des lignes directrices de l’UE sur la promotion et la protection de la liberté de religion ou de conviction.

Le point 9 est quand même très étonnant : l’Union européenne se construit contre le respect du principe de subsidiairté. La souveraineté, terme absent de ce texte, est grignotée par l’Union européenne, dont le fonctionnement n’est pas vraiment démocratique. En effet, les députés élus au Parlement européen n’ont pas, comme en France, le pouvoir de déposer des propositions (mais uniquement des rapports). C’est la Commission européenne, composée de membres non élus mais nommés par les chefs de gouvernement, qui a le pouvoir d’initier un texte règlementaire. Et elle ne s’en prive pas.

Quant aux racines chrétiennes, elles ont été oubliées par Mgr Grallet.

9 comments

  1. Jean-Pierre Delmau

    Toutes ces propositions ne sont que des vœux pieux si la liberté réelle de choix, donc la démocratie effective, n’est pas respectée. Or les conditions institutionnelles de l’Union Européenne ne le permet pas, puisqu’elles ne sont pas démocratiques, et que la subsidiarité n’est justement pas appliquée.
    La subsidiarité consiste à laisser le niveau inférieur libre de ses choix, jusqu’au point où il se déclare incapable de les assumer, et les transfère alors au niveau immédiatement supérieur. L’UE fonctionne à l’envers : toutes les décisions sont prises au sommet, sauf si celui-ci s’en désintéresse et les laisse à un niveau inférieur de son choix.
    D’autre part la démocratie n’y est pas respectée, puisque les décisionnaires sont des fonctionnaires non élus, et que même les membres des gouvernements de l’Union ne peuvent les contrôler de façon effective : chaque ministre ne peut pas savoir le détail de ce qui se concocte dans les bureaux des 25.000 fonctionnaires de Bruxelles.
    D’ailleurs, Jacques Delors l’a lui-même déclaré le 7 décembre 1999 lors d’une conférence à Strasbourg : la construction européenne ne se fait pas démocratiquement, mais par un processus de “despotisme éclairé” (ce qu’on peut vérifier sur internet). Son confrère italien Tommaso Padoa-Schioppa s’est exprimé également dans les mêmes termes. Un despote, même “éclairé”, n’est pas vraiment un démocrate… On ne peut donc pas dire qu’on n’ait pas été avertis.
    Un régime dans lequel les décideurs ne sont pas élus, et dictent sans contrôle leurs décisions, s’appelle justement une “dictature”. On peut s’étonner qu’un évêque traite avec une telle désinvolture le point essentiel et le plus important que le Christ nous ait légué en premier : la liberté de choix, la liberté de le suivre ou non, qui est partie intrinsèque de la Foi.

  2. Athanase

    Mgr Grallet renouvelle ici, à propos des élections Européennes, la même déviation, de haute gravité dans ses conséquences, que celle que l’on avait pu observer de la part de la Conférence des Évêques de France (CEF) à l’occasion des élections présidentielles de 2012 en France , exerçant ainsi alors une influence objective en faveur de l’élection de François Hollande qui annonçait pourtant dans son programme la loi sur le mariage avec sa conséquence sur la filiation. On peut lire à ce sujet le blog « L’évangile c’est sérieux »accessible par Google, et notamment dans ce blog le texte en date du 29 Mai 2012 sur ce sujet.
    La déviation en cause consiste à ignorer la notion de principes non négociables pourtant mise en avant avec une parfaite clarté par Benoit XVI et qui consiste à reconnaitre la nécessité d’une hiérarchisation radicale entre les enjeux à prendre en compte par les catholiques dans leurs prises de position dans le débat public et dans leurs choix politiques en faveur du bien commun, une priorité toute particulière devant être reconnue au respect des lois naturelles essentielles touchant la vie et touchant la famille comme fondée sur l’union entre un homme et une femme.
    Cette nécessité est ignorée cette fois encore par Mgr Grallet qui ne voit dans cet enjeu rien de plus qu’un « point d’attention » (la CEF avait, elle, tout à fait dans le même esprit, parlé de points de « discernement ») immergé au milieu d’un ensemble de dix points, sans le moindrement introduire des orientations dans l’ordre d’une hiérarchisation…A l’époque, la CEF avait même été jusqu’à spécifier expressément, rassurant ainsi d’avance les consciences, que c’était à chacun de choisir ses priorités… Ainsi, RIEN N’EMPÊCHE DE LAISSER TOMBER le respect de la définition de la famille comme fondée sur l’union indissoluble entre un homme et une femme et d’abandonner des enfants à une loi qui permettra de les priver délibérément de père ou de mère , SI C’EST LE PRIX À PAYER POUR OBTENIR l’élection d’un candidat dont on partage les idées par exemple quant à l’appréciation sur les meilleures options de politique économique et sociale(sujet au demeurant compliqué, beaucoup plus que celui de savoir s’il est bon ou non de pouvoir priver délibérément un enfant de père ou de mère, et qui comporte d’ailleurs une part de technicité sur laquelle le catholique comme tel, et donc l’Eglise, n’a aucune compétence particulière, ce qui n’empêche évidemment pas tout citoyen y compris catholique d’avoir ses idées sur tout sujet) ou encore sur l’écologie…
    Ainsi la CEF a-t-elle objectivement contribué à l’élection de François Hollande en 2012 et dans la foulée à la promulgation de la loi sur le mariage, car si le poids des catholiques dans une élection ne doit pas être surestimé, il ne doit pas non plus être sous-estimé. D’autant que si les candidats observent une très forte résistance de la part d’une partie de leur électorat potentiel sur un sujet, ils peuvent être incités à ajuster leur programme, à être plus flous dans leurs annonces sur ce qui fâche. Ici, si l’annonce de la loi avait été plus incertaine, le Président n’aurait pas eu le même entêtement, car il n’aurait pas eu la même légitimité, face à plus d’un million et demi de personnes dans la rue. Et voilà que Mgr Grallet recommence aujourd’hui, contribuant de manière incontestable objectivement à l’élection de députés européens qui pourront œuvrer, une fois élus, en faveur de directives européennes qui s’imposeront à la France pour conduire par exemple à la PMA ou à la GPA.
    De plus, on observe que, si la formulation adoptée par Mgr Grallet, assez claire à propos de l’enjeu sur le respect de la vie, est floue sur le reste. En effet, il parle de dignité de la personne humaine. Or le pouvoir politique actuel soutient lui aussi à fond cette idée de dignité, mais avec une conception anthropologique radicalement différente (au sortir de son audience avec le pape, François Hollande s’est empressé de mettre en avant cette notion de dignité comme signe d’une soi-disant convergence). Il parle aussi de protection de la famille. Or le pouvoir en parle aussi avec une manière qui est de lui permettre de couvrir toutes les sortes de conceptions de la famille, y compris désormais fondée sur l’union entre personnes de même sexe.
    Ainsi non seulement Mgr Grallet fait du sujet de la famille un point à égalité parmi d’autres, mais finalement ne spécifie absolument rien sur le sujet, les formulations employées fonctionnant pour toutes options politiquement correctes possibles. Benoit XVI, à propos des principes non négociables, parlait explicitement, évidemment, de la famille comme fondée sur l’union entre l’homme et la femme, il parlait aussi de la reconnaissance de la primauté de la responsabilité des parents pour l’éducation des enfants.
    Comme la doctrine sociale de l’Église est décrédibilisée par une vision des choses qui ignore à ce point ce qui est absolument essentiel ! Comment peut-on prétendre travailler pour la promotion du bien commun en ignorant cette évidence qu’une société qui transgresse les lois naturelles sur l’homme, qui détruit sa base même car une société ne peut avoir d’autre but que de servir l’homme, ne peut rien construire de solide ?

    • Guillermo

      C’est clair, habitant le diocèse de Strasbourg, je ne peux que déplorer son inaction et son immobilisme dans notre diocèse. Je me suis déjà plaint auprès de lui concernant quelques les problèmes liturgiques d’un prêtre en particulier. Après mon explication, il a souri et il est parti …
      Si même l’évêque ne veut pas entendre les problèmes dans son diocèse, comment peut-il être probant sur la question européenne ?
      Il prend vraiment des vessies pour des lanternes …

  3. Melmiesse

    C’est un programme qui va plaire à tous les partis politique Mgr Grallet a peur de la contradiction c’est l’Europe dans la continuation

  4. alain protte

    Si l’Europe était maîtresse de son destin, si elle avait un centre de gravité bien défini, si elle avait une unité de pensée et de religion, etc… et etc…
    Mais il n’y arien de tout cela. Il n’y a qu’un vaste “patch work” sans âme et sans autre consistance que le seul bien-être, le profit et l’appétit de l’argent.
    Aucune des conditions évoquées par Mgr.Gallet n’a de chances des’imposer sans un tel paysage.
    Son plaidoyer pour une Euope idéale est séduisant, mais.c’est un exercice de style, un morceau de littérature sans la moindre chance de se réaliser dans les conditions présentes.
    Faudrait-il que l’actuelle association européenne soit “libre” et ne soit .pas soumse pieds et poings liés à ceux qui l’ont “libéré” en 1945.
    Les Europes de Charlemagne et des Habsbourg étaient fédèrées par un christianisme unificateur, pacificateur et constructeur.
    Celle d’aujourd’hui est animée par une mentalité totalement matérialiste destructice des âmes . Elle est soumise à un pouvoir dans lequel il est impossiible de déceler la mondre tracc de spiritualité.
    Faut-il adhérer à ce monde paën pour essayer de le changer, ou attendre avec patience qu’il se délite, ou essayer de convertir la commission de Bruxelles à la doctine sociale de l’Eglise?

  5. Gérard

    Une fois de plus il nous est recommandé d’accueillir favorablement les immigrés..
    Quand va t-on intégrer que l’immigration est la ruine de l’Europe ? … et de notre civilisation ? … et de notre culture … et de notre religion ???
    Ce discour est d’ailleurs rempli de contradictions

  6. hermeneias

    Un peu de courage messieurs les évêques devant les puissants du monde .

    Contrairement à Athanase je pense que l’Eglise au vue de sa Tradition authentique , qui a été remisée au placard , et de la “philosophia perennis” , bien négligée aussi au profit d’un relativisme plus accommodant sous prétexte “d’ouverture au monde” à ce qu’il faut pour poser les bases d’une économie et d’une politique conforme à la dignité et donc à la responsabilité humaine .
    Donc l’Eglise Une Sainte Catholique et Apostolique , a tout ce qu’il faut pour dénoncer ce qui est contraire à la sagesse humaine et à la Sagesse incréée et révélée …..

    Mais depuis plusieurs décennies , depuis les ralliements et déclarations d’amour inconditionnel au “monde , elle a renoncé dans une large mesure à dénoncer le nouveau totalitarisme au masque souriant et ses médias

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