Le retour de la liberté d’expression dans l’Eglise en France

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Les scandaleuses représentations théâtrales ont au moins ceci de positif, c’est d’avoir libéré la parole de certains prélats, qui ne dédaignent plus donner une note discordante à la curieuse mélodie soufflée par la Conférence épiscopale. Sur l’affaire Castellucci, nous avions vu que Mgr Centène avait courageusement soutenu les manifestants parisiens tandis que Mgr d’Ornellas s’extasiait devant les excréments répandus.

Pour la pièce Golgota Picnic, la division épiscopale s’affirme, avec un léger recul toutefois de la branche de gauche, forcée de constater que, là au moins, il y a véritablement insulte. Ainsi, Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse a publiquement déclaré :

Est-il légitime de salir la foi de nombreux fidèles, de les heurter de front dans leur attachement au Christ ? Je ne le pense pas.

Mais l’archevêque n’indique pas ensuite comment il faut répondre à cette injure et fustige les catholiques qui osent s’indigner publiquement :

nous désapprouvons vivement les manifestations prévues à Toulouse du 16 au 20 novembre contre la pièce de R. Garcia. Nous tenons à préciser que ceux qui se présentent comme Étudiants catholiques de Toulouse et qui distribuent des tracts à la sortie des églises n’ont aucun mandat de notre part ; ils n’ont aucun lien avec la Pastorale étudiante de Toulouse.

Encore une fois, où se trouve le bureau des mandats de l’archevêché ? Mgr Le Gall, sans honte, poursuit :

Nous souhaitons mettre en garde contre toutes les manipulations politiques et intégristes qui sous-tendent ces manifestations. La prière ne peut en aucun cas être utilisée par des chrétiens comme instrument de pression, sinon elle est en contradiction avec ce qui la nourrit : une relation d’amour avec Dieu et avec son prochain. […] Nous comprenons le désarroi causé chez des chrétiens de bonne volonté par ce spectacle et nous le partageons : nous sommes sensibles avec eux à tout ce qui outrage notre foi. Mais les groupes qui utilisent quelque forme de violence que ce soit en se réclamant du christianisme nous blessent également et défigurent l’Église. Jésus n’a jamais demandé qu’on venge l’outrage qui lui serait fait. Il ne répond pas à la violence par la violence, mais par le pardon.

C’est quand même un peu fort de café que d’assimiler la prière publique, dans la rue, au son des Ave Maria, avec de la violence vengeresse ! De son côté, Mgr Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, a dénoncé les scandales, tout en accusant les manifestations publiques de fomenter la « division » qui est la marque du diable. Et dans Présent, Jeanne Smits répond :

Mais qui a créé la « division » ? Ceux de nos pasteurs qui ont dénoncé ces jeunes catholiques, qui les ont décrits comme « violents » ; qui n’ont pas su dire qu’il existe plusieurs demeures dans la maison du Père et plusieurs façons d’exprimer sa foi et sa douleur devant les salissures jetées à la Face du Christ.

L’excellent Michel de Jaeghere déclare :

Le président de la conférence épiscopale, le cardinal Vingt-Trois, s’est au contraire distingué par la violence de sa condamnation… des chrétiens protestataires. Je ne crois pas que ce soit forcément le rôle des évêques, d’aller eux-mêmes dans la rue (sans doute y seraient-ils bienvenus, mais bien d’autres mode d’action leur sont ouverts). Ce n’est pas non plus leur rôle de témoigner plus d’hostilité à ceux qui manifestent qu’aux auteurs du sacrilège. […] on doit veiller aussi à ne pas accepter l’inacceptable parce qu’on a peur de la marginalisation, qu’on tient plus que tout à sa réputation d’ouverture d’esprit, de sens du dialogue, d’intelligence, ou qu’on attend d’avoir trouvé la martingale, la réaction “idéale” avant de s’autoriser à faire connaître son dissentiment. « Là où il y a homme, il y a hommerie » : il est donc illusoire d’imaginer qu’il existe, en la matière, une réponse qui soit à la fois parfaitement évangélique et absolument efficace, qui retournera nos adversaires et attirera sur nous une sympathie unanime. Il me semble que la récitation publique et pacifique du chapelet devant (et parfois dans) la salle de spectacle a été un beau témoignage, qui a vivifié, chez ceux qui y ont participé, la conscience du fait qu’être chrétien, dans le monde contemporain, vous condamnait à être à part et à subir cette « petite voie » de la persécution que représentent l’insulte, la diffamation, les poursuites judiciaires. Qu’elle a pu constituer, pour les organisateurs du spectacle, une gêne susceptible de les engager à y regarder à deux fois avant de rééditer l’expérience.

Un autre évêque, Mgr Rey, a soutenu l’action judiciaire de L’Agrif :

Vous avez bien voulu me solliciter à propos de l’action en justice de l’association AGRIF, que vous présidez, demandant l’interdiction du spectacle de Rodrigo Garcia intitulé Golgota Picnic et programmé du 16 au 20 novembre 2011 au Théâtre de la Garonne à Toulouse et du 8 au 17 décembre au Théâtre du Rond Point à Paris. Les éléments rassemblés dans l’assignation préparée par votre avocat correspondent aux informations circulant dans les médias depuis plusieurs semaines, en provenance d’Espagne notamment, à propos tant du spectacle lui-même que des déclarations de son auteur, M. Garcia.
[…] L’identité de tout fidèle catholique est en effet constituée par la personne même du Christ, et par son sacrifice sur la Croix, au Golgotha, où Il nous a rachetés de nos péchés et ouvert, dans son sang, la voie de la réconciliation avec Dieu. Porter atteinte à la personne du Christ en Croix, c’est tout à la fois porter atteinte à la religion chrétienne dans son ensemble, mais c’est aussi insulter gravement et au plus intime de sa conscience et de son cœur chaque fidèle.
Dans le cas présent, traiter le Christ en Croix de « fou », de « chien de pyromane » et « messie du sida », de « putain de diable », en faire l’égal d’un terroriste, équivaloir la multiplication des pains qui annonce le don renouvelé de Lui-même dans son Eucharistie, à chaque Messe et à chaque communion, et la Crucifixion par laquelle Il nous sauve, à des représentations enfermant les hommes dans la cruauté, tout cela dépasse de très loin la mesure de ce qu’un chrétien peut entendre sans éprouver le sentiment d’une agression très vive dans ce qu’il a de plus cher et de plus intime. […]
Un tel spectacle ne peut que blesser violemment les consciences chrétiennes comme celles de tous les hommes de bonne volonté attachés au respect mutuel des uns par les autres. J’espère vivement que le succès de vos actions permettra à tous ceux qui ont déjà exprimé leur dégoût et leur révolte, de comprendre que la société dans laquelle nous vivons les protège dans leur identité, leur conscience, et leur volonté de dialoguer dans la paix, sans offense et sans violence, avec ceux qui ne partagent pas leur foi ou qui se posent légitimement des questions sur le Christ et sur l’Église.