Lettre pastorale de Mgr d’Ornellas

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Ce 8 avril à la cathédrale Saint-Pierre, Mgr Pierre d’Ornellas a remis aux catholiques du diocèse de Rennes une Lettre pastorale. Fruit d’une année de Démarche synodale, elle donne 32 orientations au diocèse pour les 10 années à venir. « Afin que vous débordiez d’espérance » : ce titre – emprunté à l’épître de Saint Paul aux Romains (15,18) – donne le ton que Mgr Pierre d’Ornellas a souhaité pour ce guide pastoral. Ces 32 orientations pastorales sont réparties en 7 thématiques :

  1. Apprendre à dire merci
  2. Oser porter témoignage
  3. Rayonner grâce à la vie fraternelle
  4. Choisir la beauté dans nos célébrations
  5. Accueillir et accompagner avec miséricorde
  6. Les jeunes : une génération qui nous est confiée
  7. Grandir dans la foi

Cette lettre de 84 pages peut être lue ici.

Voici des extraits de l’introduction :

Comme pour vous, la lumière de la foi m’a été transmise. Elle a brillé en moi dès mon enfance, grâce à mes parents. Elle a rebondi à certains moments grâce à des rencontres, en particulier avec deux personnes handicapées mentales, jusqu’à ce que je découvre que Dieu m’appelait à Lui consacrer ma vie. Puis, j’ai compris que Jésus m’invitait à Le suivre comme prêtre. Je le suis devenu le 15 août 1984, en la fête de l’Assomption.

Fin octobre 2006, le pape Benoît XVI m’a envoyé servir ici comme votre « pasteur » en étant votre évêque. Mais je suis avec vous « chrétien », comme un « frère » cherchant à mieux vivre l’Évan- gile de Dieu grâce à Jésus et à sa miséricorde. Comme le répète l’évêque saint Augustin : « Avec vous, je suis chrétien ; pour vous, je suis pasteur. » Chaque prêtre peut reprendre à son compte cette phrase d’Augustin.

Depuis mon ordination épiscopale, le 10 octobre 1997, ma mission la plus « importante » est « l’annonce de l’Évangile du Christ 1 ». C’est pourquoi j’ai essayé de vous nourrir de l’Évangile, en particulier chaque année à Notre-Dame de La Peinière. Pour chaque catéchèse, j’ai lu et commenté pour vous l’Écriture Sainte qui contient une lumière inépuisable.

Maintenant, après onze années passées parmi vous, je vous adresse cette Lettre pastorale « a n que vous débordiez d’es- pérance » (Rm15,13). Je voudrais vous conduire sur le chemin de la joie des « disciples-missionnaires », selon la belle formule du pape François. Je vous écris en communion avec lui : comme successeur de l’Apôtre Pierre, il nous « a ermit » dans la foi et la mission (cf. Luc22,32).

La « famille de Dieu », unie dans la foi

En premier, prenons conscience que nous formons ensemble la « famille de Dieu » en Ille-et-Vilaine, selon l’expression de saint Paul (Éphésiens2,19) que mettent en valeur les évêques d’Afrique. Oui, nous sommes l’Église en Ille-et-Vilaine, en communion avec l’Église catholique dispersée sur toute la surface de la terre.

Ce « Peuple de Dieu » est habité par la foi. Elle vient des Apôtres. Elle est un don de Dieu. Chaque année, les catéchumènes – ado- lescents et adultes – témoignent à leur manière de cette vérité évidente : Dieu est amour et nous fait le don gratuit de sa lumière. Elle est, comme l’écrit saint Paul, « la foi qui agit par l’amour » (Galates5,6). Elle est un « fruit de l’Esprit » (Galates 5,22)

En raison de notre Baptême et de notre foi, nous sommes frères et sœurs dans le Christ. Grâce à la foi, nous vivons en « communion » les uns avec les autres. Les rassemblements au stade à Rennes pour les fêtes de Pentecôte 2007 et 2012 en furent chaque fois le signe joyeux.

Comme pour moi, la lumière de la foi vous éclaire. Certes, elle n’est pas sans questions ni sans inquiétudes, mais elle est là.

À certains moments, vous avez perçu que Dieu vous accompagnait. Vos itinéraires sont divers, peut-être tortueux, mais c’est toujours le même Seigneur qui marche à vos côtés, vous guide et vous parle. Aujourd’hui, nous voilà tous ensemble formant l’Église du Christ en Ille-et-Vilaine, « Peuple de Dieu » choisi pour aimer chaque personne et pour annoncer l’Évangile. J’en rends grâce !

Une famille qui rend grâce pour ses aînés

Ce don de la foi en Ille-et-Vilaine ne date pas d’aujourd’hui. Au début du VIe siècle, saint Melaine, moine-évêque – avec saint Malo et saint Samson – fonda notre Église diocésaine. Ce Peuple des croyants a traversé les siècles. Il a fait briller la lumière du Christ en évangélisant et en aimant. Les calvaires qui parsèment nos routes le montrent.

Plus près de nous, je me souviens d’une religieuse âgée et dépendante à la Maison-Mère des Sœurs de l’Immaculée de Saint-Méen. Elle dormait dans son fauteuil roulant. Elle se réveille. Nous nous saluons. Je l’entends me dire : « Quand j’étais petite, à la ferme, j’entendais mon père qui disait : “Les enfants, c’est l’heure, il faut l’adorer le Créateur !” Alors, mon père se mettait à genoux dans la cuisine, les coudes sur la table et la tête dans les mains. Et nous, nous nous mettions à genoux… » Quelle foi admirable chez ce papa ! Elle a été reçue et transmise dans sa famille. Combien de religieuses et de religieux vivent dèlement jusqu’au bout leur consécration dans le témoignage, la prière, l’amour et l’o rande !

Je garde aussi le souvenir de prêtres. Impossible de les nommer tous ! Une fois, l’un d’eux, me con ant ses maux de santé, a posé sa main sur son Nouveau Testament en me disant : « Là, c’est le paradis ! » Un autre, très faible, ferma les yeux dans une profonde intériorité lorsqu’il entendit chanter la prière du Bienheureux Antoine Chevrier : « Ô Verbe, ô Christ… » Et le père Jean Callo, frère aîné du Bienheureux Marcel Callo : mort subitement tôt le matin, il vécut l’homélie qu’il avait préparée pour la messe qu’il devait célébrer : « Qu’est-ce que la vie éternelle ? La vie éternelle, c’est la vie évangélique, c’est la vie du disciple de Jésus, une vie d’amour filial, d’amour de celui qui vit dans la droiture, la vie éternelle déjà commencée dans l’amour qui s’épanouit près de Dieu pour toujours. »

Je rends grâce pour les deux derniers évêques de notre diocèse. Mgr Jacques Jullien († le 10 décembre 2012) m’a tant appris par son silence progressif devenu complet. Je garde en mémoire son regard si profond. « Trop petit pour ta grâce » reste un de ses mots qui nous conforte dans l’espérance. Mgr François Saint-Macary († le 26 mars 2007) m’a accueilli en murmurant à mon oreille : « Je n’en peux plus ! » J’ai découvert son courage. Emporté par la maladie, il a porté dans la prière notre « beau diocèse », comme il aimait dire avec son sourire. Il en fut le serviteur jusqu’au bout.

Comment ne pas évoquer tant et tant de chrétiens rayonnant l’Évangile ! Un soir au cours d’une Visite pastorale, j’ai rencontré un groupe accompagnant les familles en deuil. J’ai entendu un monsieur d’un certain âge partageant avec simplicité et humilité sa sou rance vis-à-vis d’une personne malade et isolée dans sa commune. Il nous con ait qu’il allait la visiter chaque jour. Puis, pris par l’émotion, il continua : « Il y a tellement de personnes qui souffrent ! Alors, le soir, avec ma femme, nous nous mettons à genoux et nous prions. » Que la charité si simple est belle ! Recevoir son témoignage nous a tous encouragés.

Visites Pastorales et Démarche synodale : une grande écoute

J’ai été si heureux de vous rencontrer pendant les « Visites pastorales » que j’ai accomplies du printemps 2010 à l’hiver 2016 ! En visitant vos paroisses, je suis allé dans les EHPAD et les éta- blissements scolaires, j’ai partagé avec des mouvements ou avec des aumôneries, j’ai découvert des exploitations agricoles ou des entreprises, et j’ai dialogué avec des maires. Je vous ai écoutés.

J’ai vu la foi à l’œuvre dans vos regards, vos partages et vos désirs de servir, de témoigner, d’accueillir, d’aimer. J’ai vu la foi en acte dans la charité auprès de personnes fragilisées. J’ai vu la foi vécue dans l’espérance pour accompagner les couples, les pa- rents, les jeunes, les enfants, etc. J’ai aussi vu votre sincérité dans vos questions et vos doutes : Y aura-t-il de la relève ? Comment mieux accueillir nos contemporains, rejoindre les jeunes, etc. ? Devant tout ce que j’ai vu et entendu au cours de ces Visites, je suis souvent rentré à Rennes en rendant grâce à Dieu !

Je vous ai ensuite engagés dans une « Démarche synodale » du 4 février 2017 au 4 février 2018. Une seule certitude m’a habité : grâce aux « fraternités synodales » et à l’Esprit Saint, des propo- sitions germeraient pour l’évangélisation.

Vous avez constitué au moins 582 « fraternités synodales ». Vous vous êtes écoutés. Vous vous êtes mis à l’écoute de la Parole de Dieu. Vous avez prié l’Esprit Saint. Vous avez cherché comment mieux témoigner de l’amour de Dieu pour nos contemporains. Et vous avez fait connaissance avec des personnes différentes afin d’« éviter l’entre-soi », comme le pense une fraternité. Vous m’avez adressé 4 472 propositions. Elles viennent d’adultes, mais aussi de jeunes et d’enfants. Vingt-quatre chrétiens m’ont aidé à les lire. Là aussi, je vous ai écoutés.

J’ai alors compris à quel point était vraie la parole de Jésus pour nous, « famille de Dieu » en Ille-et-Vilaine : « Sois sans crainte, pe- tit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. »(Luc12,32) D’ailleurs, une fraternité m’écrit : « Se mettre avec humilité en attitude d’accueil pour observer les signes du Royaume de Dieu à l’œuvre dans notre monde. Le Royaume est déjà là ! »

Dans le monde d’aujourd’hui : une vive espérance

Certains se désolent d’être aujourd’hui un « petit troupeau », en comparaison du nombre qu’ils ont connu quand ils étaient jeunes. Cela est bien compréhensible. Je devine les questionnements qui habitent plusieurs parmi nous, en particulier les plus anciens : qu’avons-nous donc mal fait ? Permettez-moi trois brèves indications.

Premièrement, nous sommes devant de profonds et rapides changements dans notre société. Ils provoquent une perte de repères qui engendre une indi érence généralisée. En notre XXIe siècle, beaucoup de nos contemporains sont pris dans ces boulever- sements. Ils vivent à la surface d’eux-mêmes, sans en avoir conscience. Ils n’entendent plus la petite voix qui leur parle d’un amour in ni et dèle, la voix de Dieu. Cependant, une grande soif de spirituel se manifeste. Voilà notre espérance !

Deuxièmement, au milieu de ces changements, l’Église demeure avec l’espérance du Christ et de son Évangile. Elle a la mission de discerner les « nouvelles naissances » que l’Esprit Saint fait surgir, alors que nous assistons à un certain « e ondrement » et que nous sommes « en pleine transition », pour reprendre des propos de prêtres du diocèse. Si nous discernons ces nouveautés qui viennent de l’Esprit Saint, nous serons dans l’espérance.

Troisièmement, l’épreuve et la joie appartiennent ensemble à l’annonce de l’Évangile. Il en a toujours été ainsi : la foi en Dieu et l’amour pour Lui sont tout à la fois sources de joie devant l’ac- cueil de son Amour et occasions de sou rance devant des cœurs fermés ou super ciels. Par notre Baptême, nous sommes les « disciples » de Jésus ! Or, n’invite-t-Il pas « celui qui veut être son disciple » à « prendre sa croix et à le suivre » (Marc8,34) ?

Suivons donc Jésus. Il a rencontré des oppositions (Marc3,6), échoué devant le jeune homme qui « avait de grands biens » (Marc10,22) et constaté « l’endurcissement des cœurs » (Marc16,14). En même temps, il loue la foi de la « femme péche- resse » (Matthieu7,50), du « centurion » (Matthieu 8,10) et de la « Cananéenne » (Matthieu15,28), il admire le « beau geste » de la femme avec « le acon d’albâtre contenant un parfum de grand prix » (Matthieu26,10) et la « pauvre veuve » mettant « deux piécettes » dans le tronc du Temple (Luc21,3). Jésus voit le « Royaume » toucher les cœurs et se répandre. Son regard est rempli de la pure espérance !

Nous aussi, baptisés et sans doute con rmés, grâce à l’Esprit Saint, nous avons à discerner le « Royaume » en ce monde, à en voir les multiples signes, à nous en émerveiller et à le proclamer. Pour cela, nous avons besoin d’une conversion intérieure. À chaque fois que nous rencontrons Jésus, personnellement ou commu- nautairement, il nous dit : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » (Matthieu4,17) Nous n’avons jamais ni de nous convertir !

Or, vos propositions nous orientent vers cette conversion. En e et, vous ne vous focalisez pas sur le nombre de chrétiens ni sur hier, mais sur la qualité de notre vie chrétienne aujourd’hui. J’en suis heureux ! Qu’il est consolant de vous voir attentifs au « Royaume » qui rayonne par l’amour, la joie, la fraternité, l’hu- milité, la simplicité, la beauté, la con ance en Dieu. Vos propo- sitions témoignent avec « lucidité » d’une belle espérance. Dieu en soit béni ! Elles nous font entendre ce que l’Esprit dit à notre Église diocésaine : convertissez-vous pour rayonner l’Évangile.

Pour nous convertir à l’Évangile, pour mieux en vivre et le rayonner de façon plus transparente, je vous propose 32 Orien- tations. Elles indiquent des processus à mettre en œuvre, dans la con ance en Dieu. Elles nous mettent en mouvement pour que tous ensemble, chacun selon son talent, son âge, son engagement et sa vocation, avec ses richesses et ses pauvretés, nous avancions dans l’espérance sur la voie des « disciples-missionnaires » en Ille-et-Vilaine au XXIe siècle.

Ma Lettre pastorale est tout à la fois un merci pour chacun et chacune – enfant, jeune et adulte – qui témoignez de l’amour de Dieu, un acte de con ance en l’Esprit Saint qui est l’âme de notre « famille de Dieu », et une invitation à la conversion personnelle et communautaire a n que nous soyons toujours plus une Église de la miséricorde, heureuse d’annoncer le cœur et la beauté de l’Évangile de Jésus : Dieu est Amour et veut que tous les hommes soient sauvés !

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