Martinique : l’Église est partie prenante, sans complexe ni prétention, dans la vie sociale et culturelle

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Mgr David Macaire, archevêque de Fort-de-France (Martinique) depuis 2015, ancien dominicain de la Province de Toulouse, est interrogé dans le mensuel La Nef de juin 2018. En voici quelques extraits :

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué depuis que vous êtes évêque et conservez-vous des liens avec la vie dominicaine qui était la vôtre ?

Le plus important, c’est le ministère épiscopal de communion : présider à la charité malgré les clans, les tendances, les personnalités, les spiritualités, c’est compliqué. Il faut le faire sans se réfugier dans le plus petit dénominateur commun consensuel qui ne fâche personne, mais qui anesthésie la mission. Heureusement, le pape François montre l’exemple de l’audace évangélique d’une pastorale prophétique. Sur ce point, la vie dominicaine a été pour moi un véritable laboratoire du « vivre-et-évangéliser-ensemble » malgré les différences, voire les oppositions. L’unité de l’Église se réalise lorsque l’évêque, en chaque affaire, engage la communauté dans le service commun de la Vérité évangélique ! Malgré les Conseils qui l’entourent, contrairement au prieur dominicain avec son Chapitre, il doit « montrer Jésus », Chemin, Vérité et Vie, dans une certaine solitude spirituelle. Successeur des apôtres, il est le garant de l’action ecclésiale ; responsable, aussi, des dysfonctionnements… Ce n’est pas évident quand on réside dans de grands évêchés qui se vident à la nuit tombante et le week-end. Pour le religieux conventuel que je suis, ce dernier aspect est glaçant, mais, heureusement, mes frères me visitent, m’encouragent et me soutiennent. Et puis ici, je suis bien entouré. Le séminaire, qui loge dans l’évêché, met un peu de vie : offices, répétitions de chants, repas ou batailles d’eau… (ma « dignité » ne me permet malheureusement pas de participer à ce dernier exercice !).

Quelle est la particularité d’un diocèse d’outre-mer comme le vôtre par rapport à ceux de la métropole, ses points forts et ses points faibles ? En termes de sécularisation, de pratique, de piété… la situation est-elle la même qu’en métropole ?

Ici, l’Église est partie prenante, sans complexe ni prétention, dans la vie sociale et culturelle. 56 % des enfants sont catéchisés et l’évêque confère la confirmation à près de 3000 jeunes par an. Nous pratiquons une saine laïcité, où les autorités sont soucieuses de la collaboration de l’Église. La pratique dominicale est supérieure à la métropole, même si, pour moi, elle est insuffisante : 15 à 25 % seulement des baptisés sont messalisants. Il faut espérer 100 % des baptisés, et même 100 % de la population. Après tout, c’est ce que Dieu veut ! Que sa Volonté soit faite ! Par contre, si la ferveur est au rendez-vous, le point faible de notre Église est la famille. Je ne vais pas dresser la liste de toutes les causes qui, de l’esclavage au libertinage occidental, ont empêché la famille antillaise d’éclore vraiment. Le résultat, c’est la prédominance du matriarcat, le multipartenariat masculin, les avortements, la dénatalité, l’exode et l’avilissement de la jeunesse… Malgré l’effort de mes prédécesseurs, l’Église n’a pas réussi à évangéliser en profondeur la vie familiale et sexuelle, y compris chez les catholiques. C’est une pastorale prioritaire.

Vous avez engagé une réforme de la catéchèse dans votre diocèse : pourquoi et pourriez-vous nous en exposer les grandes lignes ?

L’aggiornamento repose sur le droit et le devoir naturels des parents (cf. Amoris laetitia n. 85) d’éduquer leurs enfants. Il ne faut plus organiser l’exclusion systématique des parents du catéchisme et faire en sorte que la famille soit le premier lieu de l’instruction religieuse. Nous encourageons le partage familial autour de la Parole de Dieu (en suivant l’année liturgique), préparé par des rencontres entre les parents et les catéchistes, avec des séances de caté en quartier pour les enfants, « chez l’habitant », avec des adultes. La préparation et la célébration de la première communion se font aussi avec les familles, en comité restreint, pour favoriser le recueillement… Gros chantier !

Vous avez aussi rétabli les vêpres le dimanche dans votre cathédrale : quelles étaient vos motivations ? Et quelle analyse faites-vous de la situation liturgique actuelle ?

Tout d’abord, un besoin de clôturer le Jour du Seigneur en beauté, mais aussi de permettre au pasteur de célébrer et d’enseigner toutes les semaines dans sa cathédrale (avec la catéchèse du mercredi soir, ce sont les deux rendez-vous qui permettent à tout fidèle de rencontrer l’évêque régulièrement). Enfin, l’intention principale est de prier pour les vocations en présence des séminaristes et des petits séminaristes. C’est une liturgie populaire, inculturée et solennelle, avec prédication et salut du Très-Saint-Sacrement que les fidèles apprécient parce qu’elle est contemplative. C’est l’occasion d’exploiter les trésors de la liturgie, de célébrer au mieux le mystère par les signes, les gestes, les ornements et les chants issus du génie traditionnel du peuple catholique, à l’opposé des tentatives d’inventions liturgiques cérébrales, dé-théologisées et bavardes qui, malgré de bonnes intentions, ont jeté les gens dans le pentecôtisme ou dans des recherches mystiques superstitieuses. La liturgie est avant tout un acte mystique et spirituel. C’est seulement ainsi qu’elle est éminemment pastorale au service de la communion. Je rends grâce à Dieu que le pape François ait demandé au cardinal Robert Sarah de poursuivre son travail, commencé sous Benoît XVI, dans l’optique d’un enrichissement de la liturgie par tous les trésors de la culture et de la tradition.

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