Le cardinal Poupard apporte une relique de Jean-Paul II à Lisieux

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Homélie du cardinal Poupard, président émérite du Conseil pontifical de la culture et du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, à Lisieux le 22 octobre, à l’occasion du XXe anniversaire de la proclamation de Thérèse comme docteur de l’Église. Le Cardinal Poupard a apporté une relique de saint Jean-Paul II et a porté pour la messe la chasuble que St Jean-Paul II portait à Lisieux le 2 juin 1980 :

“Le 19 octobre 1997, sur la place Saint-Pierre, débordante de ferveur dans cette douce lumière d’automne et ce ciel limpide dont Rome a le secret, j’avais la joie, avec le cardinal Joseph Ratzinger au premier rang des cardinaux, d’entourer le saint pape Jean-Paul II proclamant docteur de l’Église universelle sainte Thérèse de la Sainte-Face, une femme, une jeune, une religieuse contemplative. Un nouveau docteur de l’Église, le plus jeune depuis deux millénaires, un docteur qui projette une lumière nouvelle sur les mystères de la foi, une compréhension plus profonde du mystère du Christ, toujours plus grand que nos pensées. Thérèse nous propose, avec sa désarmante simplicité, la petite voie qui, en revenant à l’essentiel, conduit tout droit au secret de notre existence, l’amour divin qui enveloppe et pénètre toute l’aventure humaine. C’est le chemin de la confiance et de la remise totale de nous-mêmes à la grâce du Seigneur. « Ce n’est pas une voie moins exigeante – précise Jean-Paul II –, elle est en réalité exigeante comme l’est toujours l’Évangile. Mais c’est une voie où on est pénétré du sens de l’abandon confiant à la miséricorde divine, qui rend léger même l’engagement spirituel le plus rigoureux. Par cette voie où elle reçoit tout comme grâce, par le fait qu’elle met au centre de tout son rapport au Christ et son choix de l’amour, par la place qu’elle donne aussi aux élans du cœur dans son itinéraire spirituel, Thérèse est une sainte qui reste jeune, malgré les années qui passent, et un modèle éminent et un guide sur la route des chrétiens pour notre temps ».

Que nous dit-elle aujourd’hui, à chacune et chacun d’entre nous, elle qui professait avec élan : « Ah, malgré ma petitesse, je voudrais éclairer les âmes comme les prophètes, les docteurs, j’ai la vocation d’être apôtre ». Méditons ses confidences, qui sont pour nous autant de lumières sur notre chemin de foi : « Au cœur de l’Église, je serai l’amour… Vivre d’amour, c’est tout donner et se donner soi-même… Vivre d’amour, c’est naviguer sans cesse, semant la paix, la joie dans tous les cœurs… La sainteté, c’est une disposition du cœur qui nous rend humbles et petits entre les bras de Dieu, conscients de notre faiblesse et confiants jusqu’à l’audace en la bonté du Père… Je me réjouis d’être petite puisque les enfants seuls, et ceux qui leur ressemblent seront admis au banquet céleste… Oui, ô mon Jésus, je l’aime, j’aime l’Église, ma mère… Jésus et l’Église sont inséparables, je suis l’enfant de l’Église ». Une sœur demandait à Thérèse : « Que dites-vous à Jésus ? ». Elle répondait avec une désarmante simplicité : « Je ne lui dis rien, je l’aime ». Paul VI prolongeait cet aveu de notre jeune docteur lorsqu’il disait : « L’Église c’est le Christ, et le Christ, c’est l’amour ».

À vingt ans de distance, en notre monde divisé, ensanglanté, saturé de violence, englué dans le doute et comme emmuré dans ses carapaces égoïstes, notre jeune docteur nous invite avec élan à redécouvrir la jeunesse permanente de l’Église, à rajeunir l’intelligence de la foi, à accueillir la réponse inédite des nouvelles générations à l’appel de la Bonne Nouvelle pour préparer le prochain Synode des évêques pour les jeunes, à donner le témoignage de l’amour, bâtisseur d’une civilisation réconciliée, fondée sur l’amour fraternel, puisée dans l’amour de Jésus nourri dans la méditation et dilaté dans la prière.

Julien Green, un quart de siècle avant la proclamation faite par Jean-Paul II, écrivait dans son Journal, le 30 avril 1973 : « Sainte Thérèse de Lisieux, grand docteur, nous dit qu’il vaut mieux parler à Dieu que parler de Dieu ». « Je crois bien – confiait-elle – que je n’ai jamais été trois minutes sans penser au Bon Dieu. »

Dans sa belle Lettre apostolique du 19 octobre 1997, Divini Amoris scientia, « La science de l’amour divin que répand le Père de toute miséricorde par Jésus-Christ en l’Esprit Saint », le saint Pape Jean-Paul II rappelle combien ses prédécesseurs ont mis en lumière la sagesse et la doctrine de Thérèse, « la plus grande sainte des temps modernes », pour Pie X ; pour Benoît XV, « elle eut tant de science par elle-même qu’elle sut indiquer aux autres la vraie voie du Salut ». Proclamée patronne des missions par Pie XI, « la petite Thérèse s’est faite elle aussi Parole de Dieu, vraie fleur d’amour venue du Ciel sur la terre pour émerveiller le ciel et la terre. Quant au catéchisme, elle l’a appris si bien qu’on l’appelait “le petit docteur”. Le bon Dieu nous dit bien des choses par elle qui fut sa parole vivante ».

« Elle a, disait Pie XII, une mission, une doctrine. Mais sa doctrine, comme toute sa personne, est humble et simple. Elle tient en ces deux mots : enfance spirituelle, ou en ces deux autres équivalents : petite voie, telle qu’elle l’a conçue sous l’inspiration de l’Esprit Saint ». Saint Jean XXIII, il m’en souvient – j’étais alors son jeune collaborateur à la secrétairerie d’État – m’avait fait venir un soir pour l’assister à enregistrer son radio message adressé à Lisieux. Il y citait en exemple l’amour fervent de Thérèse pour la Vierge Marie : « Elle est plus mère que reine ». Et son successeur le bienheureux Paul VI, qui était né, je le rappelle, au moment même de son entrée dans la vie, soulignait la simplicité de sa prière et il nous partageait sa fervente conviction qu’elle venait au berceau des petits-enfants baptisés.

Saint Jean-Paul II, dont nous installerons tout à l’heure une relique dans la basilique, souligne le fait que Thérèse a reçu du divin Maître la science de l’amour, qu’elle a montrée dans ses écrits, avec une réelle originalité. La source principale de son expérience spirituelle et de son enseignement, souligne le saint pape, est la Parole de Dieu, particulièrement éclairée sur la force éminente de la charité, qui est comme le cœur même de l’Église, où elle a trouvé sa vocation de contemplative et de missionnaire. Tous ces motifs montrent clairement l’actualité de la doctrine de la sainte de Lisieux et l’influence particulière de son message sur les hommes et les femmes de notre siècle. Thérèse est une femme qui, en abordant l’Évangile, a su déceler des richesses cachées, avec un sens du concret, une profondeur d’assimilation dans la vie, et une sagesse qui sont propres au génie féminin. Thérèse est aussi contemplative. Sa vie est une vie cachée qui possède une mystérieuse fécondité pour la diffusion de l’Évangile et qui remplit l’Église et le monde de la bonne odeur du Christ. Thérèse enfin est jeune : comme telle, elle se montre Maîtresse de vie évangélique, particulièrement efficace pour éclairer les chemins des jeunes à qui il revient d’être des disciples actifs et d’être des témoins de l’Évangile pour les nouvelles générations assoiffées de paroles vivantes et essentielles.

 
Une relique du pape Jean-Paul II rejoint la basilique de Lisieux