Quand Projet traque les “mauvais” catholiques

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Intéressant texte de l’abbé Guitton, du diocèse de Fréjus, sur les excommunications politiques, alors que les éditions Bayard diffusent une note  contre le Front National dans leur revue Projet, avec force publicité de La Croix. On se souvient que le diocèse de Fréjus est celui qui avait osé inviter Marion Maréchal Le Pen à débattre au sein de son université d’été.

Dans le sillage du Concile Vatican II et de son aggiornamento, on sait que les condamnations et anathèmes ne sont plus guère de mise dans l’enseignement de l’Eglise et particulièrement de son Magistère. On a vu combien le pape François par exemple s’attache à discerner dans la situation des personnes tout ce qu’il peut y avoir de positif : dans la plus éloignée apparemment on trouve toujours matière à espérer.

Alors que le clergé est l’objet de tous ses rappels paternels pour que ne soit plus utilisé ce ton comminatoire, il semblerait que se développe ce que l’on pourrait appeler un nouveau cléricalisme, … qui touche des laïcs, spécialement à propos des questions politiques.

Si on a pu saluer, à juste titre, un certain retour des catholiques en politique, encouragé par les évêques, on assiste à de nouvelles joutes, à coup de citations pontificales et à grand renfort d’encycliques, qui se terminent souvent par des excommunications mutuelles. L’Eglise ne désigne pas, aujourd’hui pas plus qu’hier, les candidats qui pourraient recueillir de manière préférentielle les suffrages des catholiques. Elle rappelle en revanche à temps et à contre temps les principes évangéliques, qui sont aussi des principes d’humanité, en vue de servir le bien commun et de faciliter la vie en société.

Certains ont entrepris de traquer les mauvais, voire les faux catholiques. L’étiquette catholique ne doit certes jamais être l’otage d’une stratégie électorale, mais les procès en infidélité au Magistère ne sont sans doute pas les combats les plus urgents.

Critiques, polémiques, injures… Les catholiques gagneront à ne pas utiliser leur engagement politique comme prétexte à de nouvelles divisions. « Le parti le plus sage, entre chrétiens, est de ne pas se haïr pour des questions controversables. » (Bienheureux Ozanam) L’unité attendue n’est pas d’ordre politique : elle est liée à la nature de l’Eglise. L’urgence se fait sentir de lieux et d’initiatives plus profondes, où les chrétiens puissent se retrouver autour de celui qui fait d’eux une même famille : Jésus-Christ.

J’appelle de mes vœux et j’encourage le développement de ces fraternités politiques, qui naissent et sont susceptibles de permettre un engagement plus équilibré et moins passionnel. Je ne peux continuer à regarder uniquement comme un adversaire le frère avec lequel j’ai pu prier. Etre capable de se rencontrer pour se mettre à genoux ensemble devant Dieu empêche généralement de se haïr.

Il ne suffit pas de battre le pavé pour être un défenseur de la famille comme il serait illusoire de penser que l’accueil du migrant se fait en signant des pétitions. Mais si l’on attend d’un responsable politique qu’il soit présent sur tous les fronts à la fois, on risque de demeurer dans une conception artificielle et stérile de la politique, décourageant par avance toute forme d’engagement. Il faut accepter une fois pour toutes que la politique ne soit pas un absolu, au risque d’en faire une idole.

On a beaucoup parlé dans ce domaine des principes non-négociables ; on pourrait aussi avec le pape François citer les péchés qui crient vengeance vers le ciel. Ainsi, celui qui est sensible au « meurtre de l’innocent » n’est pas automatiquement indifférent aux « injustices subies par l’ouvrier » ; celui qui privilégie « le service de la veuve et de l’orphelin, de même que l’accueil de l’étranger » n’oublie pas la gravité des « péchés contre nature ».

Le crédit de la bienveillance, qui s’oppose à la culture du mépris et au dénigrement des personnes, gagnera à rester la règle des échanges politiques entre chrétiens. Il s’applique à l’accueil des textes épiscopaux, par exemple, de même qu’au jugement sur les positions ou stratégies que nous estimons, en conscience, ne pas pouvoir soutenir.

L’oubli de cette règle risque d’alimenter un jugement déjà bien enraciné sur notre identité : le Français serait prétentieux, arrogant et donneur de leçons…