Une ministre irlandaise préfère perdre son poste que de voter l’avortement

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Elle s’appelle Lucinda Creighton, elle a 33 ans, elle est irlandaise, elle est ministre et étoile montante de son parti, le Fine Gael. Ou plutôt, elle l’était. Car elle a préféré démissionner plutôt que de voter, comme l’y obligeait son statut de ministre aux Affaires européennnes, pour la loi sur l’avortement défendue par le gouvernement auquel elle participe.

Cela s’est passé jeudi soir : les membres du Dail en étaient à l’amendement 56 rendant l’avortement légal pour les femmes enceintes menaçant de se suicider en cas de poursuite de la grossesse.

Lucinda Creighton, membre du Fine Gael depuis ses 18 ans, savait exactement ce qu’elle avait à faire et et elle en avait mesuré les conséquences. En votant contre l’avortement soutenu par le gouvernement auquel elle participe, elle savait qu’elle serait automatiquement exclue et qu’elle n’aurait plus qu’à démissionner du poste ministériel qu’elle occupait depuis plus de deux ans?

Souriante et calme, elle s’est jointe au 23 autres élus qui ont osé voter contre (130 élus ont voté pour), après avoir expliqué longuement et posément qu’elle n’était pas une militante pro-vie, mais qu’elle était absolument opposée à l’adoption d’une loi que le parti s’était solennellement engagé à ne pas adopter au cours de sa campagne électorale.

A peine son vote émis, Lucinda Creighton est allée parler au Premier ministre Kenny, restant assise quelques minutes sur la marche à côté de son fauteuil. Ayant serré les mains de quelques-uns de ses anciens collègles, tout aussi calmement, elle a quitté les lieux, non sans être félicitée chaleureusement par certains.

« Je ne ressens ni rancœur ni amertume, ni rien de tel. Je suis très triste, mais je souhaite tout ce qu’il y a a de mieux à Enda Kenny et à tout le gouvernement. Je suis très triste. J’aime vraiment mon travail. J’ai eu le très grand privilège d’accomplir mes fonctions et mes devoirs de ministre aux Affaires européennes au cours de ces deux dernières années et même un peu davantage, et c’est triste pour moi que cela soit fini. Mais je savais les conséquences lorsque j’ai voté. »

Son avenir politique est désormais incertain, puisqu’elle est exclue également du Fine Gael.

Dans une déclaration à l’Irish Independent, elle a affirmé :

« C’est très décevant et j’aimerais bien ne pas en être là. Pour moi, il s’agit d’une loi très importante, une loi qui est contraire à un engagement que nous avons pris aux dernières élections : une promesse avait été faite, une promesse très fondamentale, sur l’avortement. J’ai simplement pensé que nous ne pouvions pas nous écarter de cette promesse. »

Et pourquoi n’avait-elle pas accepté de faire un compromis sur une affaire relevant des négociations au sein de la coalition de partis de gouvernement ? Réponse claire au journaliste : « Eh bien, je pense que le compromis est essentielle à n’importe quelle coalition. Je pense que nous avons su trouver des compromis sur des questions économiques, la politique sociale, etc. Mais quand il s’agit d’une affaire de vie et de mort – et en tout cas pour moi ça l’est – je pense qu’il n’est pas vraiment possible de chercher un compromis. »

Le courage de Mme Creighton est particulièrement remarquable dans la mesure où elle a été elle-même favorable à l’avortement alors qu’elle était plus jeune : elle a expliqué au Dail, avant le vote, qu’elle comprenait très bien la position de ceux qui sont pour parce qu’ils pensent que le fœtus n’est pas un être human : « J’ai moi-même pensé la même chose. »

Mais elle a expliqué que l’expérience de proches et de connaissances lui a fait comprendre que l’avortement est un « outil pour l’oppression des femmes » et que les termes de la loi permettent de « sacraliser la menace de suicide dans les livres de loi pour la première fois ».

Elle a également expliqué que sa prise de  position n’avait rien à voir avec des vues rétrogrades imposées par l’Eglise catholique, comme le disent les partisans de l’avortement.

Michael Cook rapporte ses propos dans BioEdge :

« Un consensus croît en Irlande selon lequel l’idée d’avoir un sens moral aurait quelque chose à voir avec l’Eglise catholique. On suppose automatiquement que si vous consultez votre conscience, vous êtes au fond en train de consulter Rome. Cela est profondément inquiétant. C’est une manière paresseuse de tenter de miner la valeur d’un argument sans aller jusqu’à s’attaquer à sa substance. Il ne s’agit pas ici d’un problème catholique, pas plus qu’il n’est protestant ou musulman. Il ne s’agit pas d’une question religieuse. Il s’agit d’un question de droits humains… Nous avons tous droit à l’objection de conscience. Elle est sacralisée par l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies. »

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 © leblogdejeannesmits

12 comments

  1. Sébastien

    Bravo au courage de cette jeune ministre. Comment mettre en doute qu’un foetus est un être humain tout autant qu’un bouton de fleur deviendra un jour une belle fleur sans que personne ne mette cela en doute un seul instant. Mais voilà, une fleur ne dérange personne, tandis qu’un enfant non désiré , c’est autre chose… Alors, on préfère nier l’évidence!

  2. gaudet

    Je salue la décision des cette dame, qui renonce à son poste de ministre volontairement , alors que celui ci lui apportait probablement des avantages matériels certains, ce qui n’est pas négligeable en nos temps de crise très difficiles .

    Car de fait il lui faudra retrouver un emploi dans le domaine privé, ce qui lui posera énormément de difficultés éventuelles;

    Je regrette cependant que sa décision, n’était pas à priori fondée sur une attitude de foi réelle et de fidélité envers notre sainte Eglise de Rome, mais sur des considérations morales purement personnelles et donc sujettes à caution, car nullement inspirées par une autorité spirituelle supérieure , comme une injonction d’un évêque légitime ou un ordre papal ferme.

    La démarche de cette femme était fondée sur uniquement des conceptions philosophiques personnelles , et non sur une morale imposée d’en haut , par un magistère religieux infaillible, que seul possède en ce monde le vicaire de notre Seigneur Jésus Christ .

    On peut penser tout ce qu’on veut des prises de position divers en matière de philosophie morale, mais les vrais catholiques ( et cette dame à priori n’en est pas une ! ) sont astreints à un devoir d’obéissance envers la doctrine de l’Eglise , qui impose la soumission envers la loi naturelle.

    En vertu de cette loi naturelle, la mort volontaire d’un être humain innocent constitue un crime abominable! et donc l’avortement se trouve être l’expression la plus dégoûtante de notre société abjecte, pervers, profondément ennemie de Dieu et de ses saintes volontés.

  3. Pingback: Un ministre perd son poste en raison de ses convictions | CatInfor.com

  4. abbé

    Cette question ne relève pas que du droit divin positif en effet, c’est-à-dire des dix commandements, mais elle relève aussi directement du droit naturel que DIEU a inscrit dans le coeur de tout homme, même de celui qui n’a pas eu la grâce de connaître la Révélation du Fils de DIEU.
    Droits humains est une expression ambigus, car si c’est pour référer aux droits de l’homme, ces mêmes droits lèsent le droit naturel !!!!

  5. Labarthe

    Bravo à cette jeune femme, Lucinda Creighton, je lui adresse toutes mes respectueuses salutations.

    Les hommes par confort sont aveugles.

    Le fait de sortir du ventre maternel, en quoi cela rend-il le foetus un être humain ?

    Il l’est déjà et depuis si longtemps !!!!

    Tout avortement fait couler du sang et ce sang crie vers le Ciel pour obtenir réparation, car c’est du sang d’homme qui coule !

    Mais beaucoup de femmes et encore plus d’hommes ne veulent pas l’admettre.

    Encore bravo pour ce sacrifice !

    Jean Christophe

  6. Gabriel

    Matière à reflexion: Cette loi va autoriser une coupable (pardon, responsable de la conception d’un foetus) (la mère) à assassiner un innocent (le foetus) afin d’empêcher la coupable qui pourtant en avait pris du plaisir, d’assumer l’acte qui est à l’origine de la conception!! Droit de l’homme? C’est étonnant de voir que dans les pays pro avortement, le droit du chat ou du cochon d’Inde (rat de laboratoire) est mieux défendu dans les médias et sur la rue. Nouvelle civilisation oblige!

  7. Gabriel

    Madame la Ministre démissionnaire a certainement du courage, de la personnalité. Elle s’émeut sur le sort de la femme en général, ce qui est déjà bien. Sans la juger (Seul Dieu le fera pour chacun de nous), mais une attitude meilleure aurait été de s’émouvoir plutôt sur le sort du petit foetus qui n’avait pas pris part, et encore moins du plaisir, aux ébats des adultes concernés par cette conception. Et pourquoi ne pas penser à ce foetus comme à un bébé en gestation. Avec le courage qu’elle a (la Ministre) d’examiner la situation, elle finira par comprendre.
    Courage.

  8. Nussbaum Raymond

    Bravo Madame la Ministre !

    je suis ému de votre décision et je vous félicite !

    Si d’autres personnalités de ce pauvre monde avaient le même genre d’attitude, tout irait mieux.

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