Nostra Aetate vu par le cardinal Brandmüller

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Le Pape Benoît XVI avec le cardinal Brandmüller

 

L’APIC comme l’AFP, puis les sites internet et la blogosphère catholique, ont répercuté les propos du cardinal Walter Brandmüller, ancien président du Comité pontifical des Sciences historiques, sur le caractère non contraignant de Nostra Aetate et de Dignatis Humanae de Vatican II. Selon l’AFP, le cardinal Brandmüller, qui présentait à Rome le livre collectif « Les clés de Benoît XVI pour interpréter le Concile » aurait déclaré que ces textes « avaient une valeur moins contraignante » que d’autres textes de Vatican II.

L’AFP feint de croire que cette déclaration « a aussitôt soulevé des inquiétudes, car Notra Aetate a toujours été considéré comme un document historique reconnaissant le judaïsme et le peuple juif avec tout le respect qu’ils méritent, après des siècles d’antisémitisme chrétient et la Shoah ».

À vrai dire, les propos du cardinal Brandmüller n’ont rien en soi d’une nouveauté et l’on ne voit pas pourquoi ils soulèveraient la moindre émotion. Si l’on ne peut nier la portée historique et symbolique de ce texte, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une simple « déclaration » conciliaire, laquelle n’a certainement pas la même portée qu’une constitution. Même remarque pour Dignatis Humanae, déclaration sur laquelle on peut dire beaucoup de choses, mais qui n’en reste pas moins une simple déclaration

Mais on peut effectivement se réjouir des propos du cardinal Brandmüller dans la mesure où ils réintroduisent un critère de discernement sur ce que sont les différents textes de Vatican II au regard de leur importance théologique et canonique. Rappelons que le Concile Vatican II contient quatre constitutions, neufs décrets et trois déclarations.

 

 

4 comments

  1. Dignitatis humæ n’est qu’une déclaration car ce qu’elle enseigne n’est pas du domaine de la foi, mais de la raison. Le texte ne fait que “déclarer” une vérité non révélée. Le fait que Dignitatis Humanæ n’est qu’une déclaration d’une vérité rationnelle est tiré d’un texte ou discours de Benoît XVI.

    En revanche, les accusations d’antisémitisme chrétien sont de la diffamation. Le catéchisme du concile de Trente (1564) contient déjà des considérations en faveur des juifs et contre la notion de décide appliquée aux juifs. Ces diffamations journalistiques sont odieuses.

  2. A Z

    Bonjour,

    I. Si ce n’est pas contraignant, est-ce pour autant facultatif ?

    1. En gros, il y a deux parties dans NA,

    – la première, consacrée aux diverses religions non chrétiennes, dont la religion musulmane,

    – la deuxième, consacrée à la religion juive.

    2. Je connais beaucoup mieux la première partie et ses suites pastorales postérieures au Concile, que la deuxième partie de NA, et je pourrais m’efforcer, comme je m’oblige à le faire, d’une manière générale, de ne parler que de la partie de NA que je connais et comprends, dans le plus grand nombre possible de ses aspects et enjeux.

    3. Mais ici, je suis tenté de m’exprimer en considérant NA dans son ensemble, compte tenu du fait suivant.

    4. Les Papes qui ont mis en oeuvre les orientations stratégiques les plus novatrices du Concile, et surtout Jean-Paul II, dans le cas de NA, orientation stratégique novatrice s’il en est, n’ont pas donné un caractère contraignant à la vocation des fidèles à adhérer à NA.

    5. Ils ont fait pire, ou plutôt, je pense ici à Jean-Paul II, il a fait pire : il a fait reposer la vocation des fidèles à adhérer à NA,

    – non avant tout sur une contrainte extérieure, “juridique”, autoritaire, disciplinaire, légaliste,

    – mais avant tout sur une exigence intérieure, “pneumatique”, évangélique, personnaliste.

    6. Or, le plus grand bien surnaturel et théologal de la personne humaine qui adhère à une religion non chrétienne n’est pas qu’elle continue à y adhérer, avec la compréhension et la coopération de l’Eglise catholique (et, depuis le Concile, avec la très grande bienveillance de l’Eglise, non seulement à l’égard des croyants non chrétiens, mais aussi à l’endroit des croyances non chrétiennes).

    7. Non, car le plus grand bien surnaturel et théologal de la personne humaine qui adhère à une religion non chrétienne est

    – qu’elle soit exhortée à commencer à se détourner de cette religion, qui n’est pas seulement non chrétienne, mais qui est aussi erronée,

    (De même qu’un “mal voyant” n’est pas quelqu’un qui voit différemment, mais est quelqu’un qui voit mal, de même, un “croyant non chrétien” n’est pas quelqu’un qui croit différemment en Dieu, c’est quelqu’un qui croit mal en Dieu, id est d’une manière, en quelque sorte, biaisée.)

    – qu’elle commence à se convertir, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ, seul Médiateur et seul Rédempteur,

    à partir du moment où elle a connaissance et la compréhension du fait que la religion chrétienne est LA religion révélée.

    8. Certes, de jure, Jean-Paul II n’a jamais élevé l’orientation stratégique novatrice, impulsée et incarnée par NA, au rang de dogme, mais, de facto, tout son pontificat est littéralement habité et traversé par d’innombrables références au contenu doctrinal et à la destinée pastorale de NA.

    9. La question n’est donc pas de savoir si le dialogue interreligieux, tel qu’il est encouragé et formalisé, dans NA et dans les textes innombrables de Jean-Paul II, a un caractère autoritairement et disciplinairement contraignant, qui s’imposerait, d’une manière juridique, aux fidèles, car ce n’est pas le cas : à ma connaissance, il n’existe pas, à proprement parler, de sanctions, en tout cas pas contre les fidèles non « dialoguistes ».

    10. Mais la question est plutôt de savoir si l’adhésion personnelle des fidèles, ne serait-ce que ponctuelle et en surface, à cette orientation stratégique novatrice, leur est présentée par l’Eglise comme une exigence spirituelle impérative ou facultative. Or, Paul VI, et surtout Jean-Paul II, se sont exprimés et se sont comportés comme si c’était une exigence spirituelle quasiment impérative, car à la fois préférentielle et prioritaire.

    11.

    – s’il était exprimé clairement que l’adhésion à cette orientation stratégique novatrice est FACULTATIVE,

    et

    – s’il était expliqué clairement pour quelles raisons d’ordre doctrinal et jusqu’à quel niveau d’ordre pastoral l’adhésion à cette orientation stratégique novatrice est FACULTATIVE,

    cela signifierait que l’on s’achemine, plus ou moins sans le dire, plus ou moins en le disant, à destination d’une adhésion au Concile “à la carte”, en fonction, peut-être, du contexte socio-culturel, socio-historique, ou de la sensibilité doctrinale, liturgique, ou pastorale, de tels ou tels individus ou communautés, ou encore, et c’est le plus probable, du contenu impératif ou facultatif, de telle ou telle composante du corpus textuel conciliaire.

    12. Je doute fort que CELA, une possibilité d’adhésion à une partie du Concile “à la carte”, ait été l’intention de Paul VI et de Jean-Paul II, mais je ne serais peut-être pas aussi affirmatif, ou plutôt dubitatif, en ce qui concerne Benoît XVI, sur un sujet tel que le dialogue interreligieux, notamment compte tenu de ce qui s’est passé à Assise 2011, où il y a eu une tentative de réduction de voilure d’une composante non négligeable du “dialoguisme”, composante correspondant, en un sens, à la première partie de NA.

    13. Cela dit, à quelques mois du cinquantième anniversaire du Concile et de l’ouverture de l’Année de la Foi, afficher clairement que les fidèles (et les évêques ?) sont, pour ainsi dire, autorisés à adhérer à NA d’une manière non contraignante, DONC non obligatoire ni systématique, notamment, je le suppose, parce que le contenu de NA n’est pas un article de la Foi catholique, serait proprement sensationnel, avant d’être…traditionnel.

    14. Mais cela entrerait également, par là même, en contradiction relative avec le fait que Jean-Paul II a recouru à la ligne de pensée initiée par NA d’une manière quasiment obsessionnelle, fréquemment ignorée ou méconnue par les fidèles, pendant le quart de siècle de son pontificat.

    ( à suivre…)

    A Z

  3. A Z

    Rebonjour,

    (suite et fin du message précédent)

    II. Si ce n’est pas contraignant, est-ce pour autant discutable ?

    1. Comme je l’ai déjà fait remarquer, à plusieurs reprises : pour UN document comme Dominus Iesus, document important, mais sous-utilisé, dans et par l’Eglise elle-même, combien de DIZAINES de documents pontificaux, surtout sous la plume de Jean-Paul II, exposant, d’une manière quasiment inconditionnelle et unilatérale, les bienfaits et les vertus du dialogue interreligieux ?

    2. Deuxièmement, à ma première question, « si ce n’est pas contraignant, est-ce pour autant facultatif ? », j’ajoute cette deuxième question : « si c’est facultatif, dans le cœur des individus, et en privé, est-ce pour autant discutable, à l’intérieur de l’institution, et en public ? »

    3. Voici exactement ce à quoi je pense : à mes yeux, discuter n’est pas nécessairement contester, critiquer, dénoncer ou déplorer, mais c’est plutôt analyser et apprécier, en l’occurrence, les principes doctrinaux, les structures ecclésiales, les pratiques pastorales qui véhiculent le dialogue interreligieux, les relations de l’Eglise catholique et des croyants catholiques, avec les religions non chrétiennes et avec les croyants non chrétiens.

    4. Or, existe-t-il un droit à l’analyse différenciée et à l’appréciation différenciée, à ciel ouvert, au sein même de l’Eglise catholique, sur les mérites et sur les limites de NA, de sa mise en forme, de sa mise en œuvre, dans et par l’Eglise catholique ?

    5. En d’autres termes, le droit au débat a-t-il droit de cité, dans les communautés, dans les diocèses, dans les médias catholiques, dans les mouvements catholiques, sans que les catholiques, traditionalistes ou non, qui sont réservés ou sceptiques, vis-à-vis de la conception dominante du dialogue interreligieux, aient à craindre de se faire traiter, au choix, d’archaïques, d’intégristes, d’intolérants, d’intransigeants, de nostalgiques, de passéistes, de réactionnaires ou de rétrogrades ?

    6. Pour ma part, je ne suis pas certain du tout que « ce droit de cité pour le droit au débat » existe bel et bien dans l’Eglise : bien au contraire, je suis convaincu que nous sommes en présence d’un marqueur presque indélébile, d’un identifiant impératif, qui a pris une importance démesurée, et qui requiert, dans l’esprit de nombreux évêques, l’adhésion effective, bien audible et bien visible, ou la réserve discrète, silencieuse et souterraine, mais pas du tout, voire surtout pas, la prise de parole publique, réservée ou sceptique, de la part des fidèles catholiques non “dialoguistes.”

    7. Ce que je suis tenté de souhaiter ou de suggérer, c’est ceci :

    – je ne souhaite pas que le dialogue interreligieux devienne « un point négociable » : au demeurant, qui négocierait quoi avec qui, sur quelles bases et dans quel cadre ? Ce serait l’anarchie régulée, parfois pire que l’anarchie spontanée, laquelle a fréquemment le grand “mérite” d’être trop incontrôlable et insupportable pour s’inscrire, pour s’installer, dans la longue durée ;

    MAIS

    – je souhaite que le dialogue interreligieux devienne un point discutable, pour la raison suivante.

    8. La conception dominante du dialogue interreligieux est en effet à peu près la suivante :

    – on y accorde la plus grande place possible au dialogue interreligieux, sans annonce fréquente de la religion chrétienne, en tant que seule vraie religion,

    ou, si vous préférez,

    – on y attribue la plus petite place possible pour l’annonce de la religion chrétienne, en tant que seule vraie religion, à l’intérieur du dialogue interreligieux.

    9. Or, cette conception dominante, quasiment hégémonique, depuis 1965, ne va absolument pas de soi,

    – ni sur le plan philosophique, car elle découle d’une conception phénoménologique des religions, à la fois anthropologisante et sociologisante, et non d’une conception « axiologique » ou « ontologique » ouverte sur le caractère surnaturel et théologal de la seule religion chrétienne ;

    – ni sur le plan théologique, car on en cherche en vain des fondements, qui seraient non isolés, mais répétés, dans l’Ecriture et dans la Tradition, à des expressions (« rayons de vérité » ou « semences du verbe ») singulièrement ou tendancieusement sollicitées ;

    – ni au croisement du doctrinal et du pastoral : le double ennui,

    a) – c’est, d’une part, que l’esprit d’Assise, tel un mythe devenu réalité, existe vraiment : altéronomie, antagophobie, dialoguomanie, irénolâtrie, sont les principaux fondements de cette recherche du “bien” interreligieux située par delà le vrai et le faux en matière religieuse ;

    b) – c’est, d’autre part, que cet esprit d’Assise est aux antipodes du «je suis la voie, la vérité et la vie» et du «nul ne va au Père que par moi», prononcés par Jésus-Christ lui-même, alors qu’il s’agit de propos à caractère fondamental et à destination universelle.

    10. Je souhaite donc que cette conception dominante soit mise en discussion, d’autant plus qu’elle est en contradiction relative, notamment, avec la deuxième partie du document Dialogue et Annonce (1991), partie centrale qui constitue, en puissance, un point d’appui propice à un salutaire rééquilibrage magistériel et relationnel.

    11. En définitive, le caractère contraignant de NA, telle qu’on « convoque », évoque, invoque, explique et applique, ce document, n’est pas avant tout d’ordre légal et textuel, ni avant tout d’ordre moral et spirituel, mais est avant tout d’ordre mental et culturel.

    12. C’est sur ce noyautage et sur ce verrouillage mental et culturel, sur cette ambiance ecclésiale, incontestablement plus bienveillante sur les mérites que vigilante sur les limites de la conception dominante, iréniste, du dialogue interreligieux, que je souhaite et suggère « un droit de cité pour le droit au débat public », argumenté et documenté, dans l’espoir que la création d’un espace de discussion honnête et loyale aboutira

    – à la redécouverte du dialogue interreligieux, mais seulement en tant que modalité pastorale, et non, quasiment, en tant que “fin en soi”,

    – à la réhabilitation de l’explication de la Foi et de l’exhortation à la Foi, en Jésus-Christ en tant que finalité de la pastorale,

    – à l’articulation entre le dialogue et l’annonce, et à la subordination du dialogue à l’annonce.

    Bonne journée, et merci beaucoup à toute personne qui voudra bien rendre possible la lecture de ces quelques éléments.

    A Z

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